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abdoumenfloyd
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ALGERIE ;JE T'AIME... “TRAVAILLONS TOUTES ET TOUS ENSEMBLE A L’INSTAURATION DE LA 2e REPUBLIQUE"
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17.01.2008
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19.08.2008
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SCENE INTERNATIONALE

France : Les documents « guerre d’Algérie » bientôt inaccessibles ?

Posté le 01.05.2008 par abdoumenfloyd

Une nouvelle loi sur les archives est à l’examen de l’Assemblée nationale française depuis le 29 avril. Ce texte, amendé par le Sénat en janvier dernier, va, s’il était adopté avec l’ensemble des modifications introduites par les sénateurs, durcir considérablement l’accès aux archives publiques nationales, notamment aux dossiers de l’administration et de la police, si nécessaires aux travaux des historiens en particulier.

Le projet de loi, qui a provoqué un tollé unanime chez les chercheurs et historiens, introduit une nouvelle catégorie d'archives dites "incommunicables". Ainsi, les documents classés, au nom de la "sécurité nationale" ou de la "sécurité des personnes", dans cette catégorie ne devraient plus être accessibles au public. Le projet de loi prévoit également l'allongement à 75 ans de l'ouverture (ou réouverture) de certaines archives, un allongement fondé sur une extension de la notion de protection de la vie privée. Le législateur inclut dans cette notion, le fait de «faire apparaître le comportement d'une personne dans des conditions susceptibles de lui porter préjudice». Or, pratiquement tous les dossiers d'archives publiques, tels les rapports de préfets, les rapports et archives de police, contiennent des jugements de ce type.

Fixer la barre à 75 ans, conduirait de plus à refermer de nombreux dossiers ouverts depuis 15 ans. Verra-t-on se refermer pour quelques années les études sur le Front populaire, la 2e Guerre mondiale et Vichy, ou encore les dossiers liés à la décolonisation de l’Algérie.

Benjamin Stora, historien, spécialiste de l’Algérie, considère que les dispositions du nouveau texte vont restreindre considérablement le champ de la recherche. Pour lui, il ne fait pas de doute : les sénateurs ont cherché à « protéger les territoires brûlants de l’histoire contemporaine ». Si le texte passe tel, la loi empêcherait l’accès aux documents pour des périodes aussi sensibles que le régime de Vichy ou la guerre d’Algérie. Sans accès aux archives de l’Etat et de l’armée, dit-il, « le récit historique se trouve mutilé ».



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Sondage: Sarkozy s'enfonce encore

Posté le 01.05.2008 par abdoumenfloyd

La cote de confiance du chef de l'Etat a perdu cinq points en mai par rapport au mois précédent, atteignant seulement 32% dans le baromètre TNS/Sofres-Le Figaro magazine.
Reuters

La cote de confiance de Nicolas Sarkozy chute encore en mai de cinq points par rapport au mois précédent, atteignant seulement 32% dans le baromètre TNS/Sofres-Le Figaro magazine.
Les Français sont désormais 66% à ne pas faire confiance au chef de l'Etat, contre 60% en avril. Au mois de septembre dernier, il était à 64% d'opinions favorables.

Le Premier ministre François Fillon repasse dans le rouge, avec 50% de personnes interrogées qui déclarent ne pas lui faire confiance, en hausse de trois points, contre 46% qui disent le contraire.

Elles sont 92% à juger que l'action du gouvernement en matière de lutte contre la hausse des prix n'est pas efficace. De plus, 70% des sondés jugent inefficace la lutte contre le chômage, dont la tendance est pourtant à la baisse depuis quelques mois.

Les Français, à en croire cette enquête, sont d'humeur pessimiste. Ils estiment à 81% (+7 pts) que les choses "ont tendance à aller plus mal" concernant la manière "dont évolue la France".

Ils sont 65% (+10 pts) à penser que le rôle de la France dans le monde s'affaiblit, 55% (+8 pts) à estimer que les problèmes risquent d'entraîner "le recours aux affrontements et à la violence". Ils sont aussi 73% (+11 pts) à pronostiquer "beaucoup de conflits sociaux dans les deux ou trois mois à venir".

Le sondage a été réalisé les 23 et 24 avril, avant la dernière intervention télévisée du président, auprès d'un échantillon national de 1.000 personnes.

Reuters

Sarkozy-Ben Ali, une amitié particulière

Posté le 30.04.2008 par abdoumenfloyd

La vente de 15 Airbus, d’une centrale thermique, de l’énergie nucléaire à des fins civiles, ce projet qui tient tant à cœur à Nicolas Sarkozy, un accord sur l’immigration choisie, le premier du genre signé avec un Etat du sud, le projet d’Union pour la Méditerraée, méritaient sans doute une entorse aux droits de l’Homme. Car le président français n’est pas allé avec le dos de la cuillère sur le terrain controversé des droits de l’Homme. Non seulement, il n'a pas tari d’éloges sur les succès économiques de la Tunisie mais il a assuré qu’il a été reçu en ami dans un pays ami et qu’il s’interdisait par conséquent de « s’ériger en donneurs de leçons ». Quant à sa secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme, Rama Yade, elle a certes fini par rencontrer Mokhtar Trifi, le président de la Ligue des droits de l’Homme, mais elle avait pris soin d’annuler plusieurs rendez-vous, notamment avec Khedija Chérif de l’Association des femmes démocrates, et avec l’avocate Radhia Nasraoui. A ses yeux, la Tunisie n’est sans doute pas le Tibet. Qui plus est, le lendemain de son discours louant les progrès de la Tunisie sur le terrain très controversé des droits de l’Homme, Nicolas Sarkozy a jugé bien « sévère » les critiques portées au régime de son ami Ben Ali. « Qu’il y ait des progrès à faire, j’en suis convaincu » a-t-il assuré, avant d’affirmer qu’il préfère les régimes actuels maghrébins à l’instauration de régimes « taliban ». Autrement dit, comme Ben Ali, il a brandi la menace islamiste, pour justifier son appui au pouvoir tunisien. Le président tunisien, qui postule pour un cinquième mandat et qui a émis le vœu que Tunis abrite le siège du secrétariat général du l’ Union pour la Méditerranée, n’en attendait pas moins de la part de son ami Sarkozy.
D’ailleurs le premier jour de sa visite, derrière les acclamations d’une foule triée sur le volet venue accueillir le président français et son épouse, avenue Bourguiba, à quelques dizaines de mètres de là, au siège de l’hebdomadaire El Mawqif, deux responsables du journal étaient en grève de la faim depuis samedi dernier, et ce, en signe de protestation contre la saisie à quatre reprises de l’hebdomadaire. De plus, ce journal, dernier espace d’expression libre en Tunisie, a été condamné en diffamation à une amende de 370 000 euros !
Pour le militant de gauche et époux de Radhia Nasraoui, Hama Hammami, rencontré à Tunis, le discours de Sarkozy constitue « un encouragement à la politique de fermeture de Ben Ali qui postule pour un cinquième mandat ». Effectivement, ce dernier, qui postule pour un cinquième mandat à la tête de l’Etat tunisien et qui a émis le vœu que Tunis abrite le siège de l’Union pour la Méditerranée, n’en attendait sûrement pas moins de la part du chef d’Etat français. D’autant que sur le plan intérieur, en dépit du climat répressif régnant, sa politique commence à être contestée. La Tunisie connaît un début de mouvements sociaux. Le bassin minier de Gafsa est le théâtre d’une contestation depuis le 5 janvier dernier. Et malgré la répression, elle se poursuit encore. Raison de cette colère, un taux de chômage important, notamment parmi les jeunes diplômés, et surtout les Tunisiens revendiquent une plus juste répartition des fruits de la croissance. Car l’économie tunisienne connaît une forte croissance qui ne profite pas à tous et le revenu par habitant, du moins pour ceux qui travaillent, est en augmentation. Et comme l’Algérie, elle a aussi ses « haragas ».
La société civile, qui menait une lutte dans un isolement presque total, s’affirme de plus en plus. « Les tunisiens n’ont plus peur. Ils parlent. Ils protestent. Ils aspirent au changement. Ils sont de plus en plus conscient que le progrès économique va de pair avec le développement des libertés » estime un militant tunisien. Même au sein du parti au pouvoir le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), assurent des militants tunisiens, des voix se font entendre prônant une ouverture politique. « Car pour l’heure, cette fermeture profite aux salafistes. Faute d’ouverture, de perspectives d’emplois, plus généralement de libertés, le salafisme est devenue une idéologie refuge pour de nombreux jeunes, et ce, même s’il n’a pas encore pris la même importance qu’en Algérie ou au Maroc » ajoute Hama Hamami. Et en effet, l’ex-GSPC, devenu Qaïda du Maghreb, a déjà recruté de nombreux jeunes tunisiens, et ce, bien qu’il n’ait pas encore réussi à implanter des cellules en Tunisie. Fin décembre 2006 et début janvier 2007, l’attaque perpétrée par un groupe dijahadiste au sud de Tunis au cours de laquelle 12 islamistes avaient été tués, n’avait-il pas sonné comme un sérieux avertissement !

Hassane Zerrouky

Union pour la Méditerranée : A Tunis, Sarkozy sacrifie les droits de l'Homme aux droits des affaires

Posté le 30.04.2008 par abdoumenfloyd

Au deuxième jour de sa visite en Tunisie, et après avoir au préalable décerné à Ben Ali un certificat de bonne conduite, au grand dam des militants des droits de l’homme qui espéraient son intervention pour modérer la répression du régime, Nicolas Sarkozy a enfourché son dada préféré : l’Union pour la Méditerranée, sujet sur lequel il est intarissable, et qui est au cœur de sa mission tunisienne. Objectif ? vendre aux Tunisiens son projet et leur faire signer un maximum de contrats qui profiteront essentiellement aux entreprises française.

Bien que déçus par le président de l’autoproclamée « patrie des droits de l’Homme », les militants tunisiens n’ont pas été dupes de la stratégie et des intentions du président français. "Il ne s'agit pas de donner des leçons mais de reconnaître la réalité. Je vois que le président Sarkozy ne s'intéresse pas à la réalité de ce pays", a déclaré à l'AFP Khadija Cherif, présidente d'une ONG féministe. "Sa priorité c'est le commerce, mais il devrait savoir que le développement ne peut pas être qu'économique", a-t-elle ajouté. Pour désamorcer les critiques, M. Sarkozy qui a amené dans ses bagages sa secrétaire d'Etat alibi, Rama Yade, préposée aux droits de l'Homme a chargé celle-ci de recevoir les militants tunisiens bouleversés par tant de cynisme.

Pendant ce temps, s'exprimant devant un auditoire composé de 500 patrons français et tunisiens, M. Sarkozy a défendu son projet de nouveau partenariat entre les deux rives de la Méditerranée, qui doit être officiellement lancé le 13 juillet. Le plaidoyer a déroulé de manière éclatante toutes les ambitions assignés au projet. Le dessein est à la mesure de la mégalomanie du locataire de l’Elysée. Qu’on en juge: l’Union pour la Méditerranée est appelée a devenir un "pôle gagnant-gagnant qui concurrencera l'Asie". Mieux, prédit M Sarkozy, "nous pouvons créer un modèle qui triomphera dans le monde entier". Le problème admettra-t-il est que "En Asie, ils ont su entre les pays riverains s'intégrer et se compléter. Et le drame de la Méditerranée, il est dans un chemin inverse où l'on s'oppose et on s'exclut". Alors, propose-t-il sous un tonnerre d’ applaudissements, il ne reste qu’à unir nos moyens : "Vous avez une main d'oeuvre qui ne demande qu'à être formée, nous avons beaucoup d'intelligence et beaucoup de formation (...), ce n'est pas les uns contre les autres, c'est les uns avec les autres. C'est ça le partenariat". A titre d'exemple, il cite… le contrat fraîchement signé par Airbus avec la compagnie nationale Tunisair qui prévoit, outre la livraison de 19 avions (10 A320, 3 A330 et 3 A350, ainsi que 2 A320 et 1 A350 en options), l'installation en Tunisie d'une usine aéronautique qui emploiera à terme, selon lui, "près de 2.000 personnes".

Cet accord, a-t-il concédé, est "quand même une bonne nouvelle", sans préciser pour qui. Puis, craignant d’être confondu avec un VRP des entreprises françaises, il s’est empressé de démentir les mauvais esprits: "Je ne suis pas venu pour faire une petite tournée, vendre le maximum de choses", a-t-il assuré. Avant de se mettre à vanter comme un camelot les avantages de l’énergie énergie − "L'énergie nucléaire, c'est l'énergie du futur (...) −, et de la technologie française − "la France vous dit que sa technologie, qui est une des plus sûres du monde, une des meilleures du monde, elle est décidée à la mettre au service du développement de vos économies (...) −, représenter par le groupe public Areva, promis à la privatisation et dont l’ami Bouygues pourrait être l’heureux bénéficiaire. Mais de cela, le président français n’en a dit mot. Non, M. Sarkozy a seulement rejeté "des polémiques qui m'importent bien peu", salué l’accord de coopération nucléaire civile signé lundi avec les Tunisiens, le quatrième du genre après ceux conclus avec le Maroc, l'Algérie et la Libye, et rassuré ses partenaires que " l'Europe ne connaîtra pas la stabilité si vous ne connaissez pas le développement "

Comme ceux qui l’ont précédés, cet accord nucléaire fait lui aussi l’objet de vives critiques de la part des écologistes et de plusieurs partenaires européens de la France, unanime à dire qu'il augmente les risques de prolifération militaire.

Abla Adam

Sondage: Sarkozy bat un record d'opinions défavorables

Posté le 29.04.2008 par abdoumenfloyd

Le baromètre BVA a enregistré le nombre le plus élevé d'opinions défavorables pour un Président en exercice depuis sa création en 1981. (Reuters)
Selon un sondage BVA réalisé avant son passage télévisé, le Président a réuni en avril 64% de mauvaises opinions (+ 9%). C'est le taux «le plus élevé jamais enregistré» par l'institut depuis la création de son baromètre de l'exécutif en 1981.

Libération (avec AFP)

Zimbabwe : l'opposition, confortée dans les urnes, demande le départ de Robert Mugabe

Posté le 29.04.2008 par abdoumenfloyd

Après que sa victoire aux élections législatives a été confortée par un recompte partiel, le leader du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), Morgan Tsvangirai, a demandé, lundi 28 avril, au président Mugabe de reconnaître sa défaite et de se retirer. L'issue de l'élection présidentielle reste inconnue, plus d'un mois après le scrutin, la commission électorale refusant toujours de publier les données au motif que certains résultats n'ont pas été vérifiés.

Prononçant un discours aux côtés d'Arthur Mutambara, leader d'une faction dissidente du MDC qui a promis de travailler "ensemble au Parlement" avec le principal parti de l'opposition, M. Tsvangirai a appelé à "trouver une sortie honorable" au "vieil homme", au pouvoir au Zimbabwe depuis 1980. Il "devrait reconnaître qu'il ne peut être président sans contrôler le Parlement", a-t-il poursuivi, faisant valoir que "dans une démocratie parlementaire, la majorité gouverne".

Les résultats définitifs des législatives donnent 99 sièges de députés au MDC et 10 à sa faction dissidente et néanmoins alliée, contre 101 pour le ZANU-PF de Robert Mugabe, qui perd une majorité détenue depuis 28 ans.

LE MDC DEMANDE UN "ENVOYÉ SPÉCIAL" DE L'ONU

Un nouveau dépouillement partiel des bulletins de l'élection présidentielle dans cinq circonscriptions avait également lieu lundi, et la vérification des résultats par les candidats pourra débuter mardi, selon un porte-parole de la commission. Ces nouvelles opérations pourraient prendre jusqu'à une semaine.

Morgan Tsvangirai, qui doit se rendre lundi soir en Tanzanie, a également demandé aux Nations unies de nommer un "envoyé spécial" au Zimbabwe pour enquêter sur les violences et participer à la résolution de la crise. Selon le MDC, quinze personnes ont été tuées à la suite d'une campagne de violences orchestrée par le pouvoir. Deux cents partisans de l'opposition, arrêtés vendredi par la police, sont toujours emprisonnés à Harare sans avoir été formellement inculpés. Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir, mardi, pour évoquer le cas du Zimbabwe.

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters

Y aura-t-il un État palestinien ? Le face-à-face Leïla Shahid, Régis Debray

Posté le 29.04.2008 par abdoumenfloyd
Dans L’Humanité des débats du samedi 26 avril, face-à-face Leïla Shahid, déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union européenne et Régis Debray, écrivain, médiologue.

Soumises à la pression militaire permanente d’Israël, les bases physiques, économiques et humaines d’un État palestinien sont en voie de disparition. Y a-t-il encore une place en Palestine pour un État palestinien ? C’est sur cette question paradoxale que se penchent nos deux invités, Leïla Shahid, représentante de l’Autorité palestinienne à Bruxelles, et Régis Debray, écrivain et médiologue (1). Il n’a pas oublié qu’il fut philosophe et a intitulé son dernier livre Un candide en Terre sainte (2).

Il le dédie à la fois à son vieil ami François Maspero, qui lui a donné l’idée de ce reportage « sur les pas de Jésus », et à Jacques Chirac, qui lui avait confié la mission délicate d’étudier « les coexistences ethnico-religieuses » au Proche-Orient. Régis Debray, en quête des Évangiles et de la Palestine, n’en a retrouvé que des évocations. Les uns estompés par le temps, l’autre fracassée par l’occupation et la colonisation. Il a fait le constat de l’effacement progressif, inexorable, du territoire de ce qui devrait être un jour la Palestine. Alors que cette année doit être, si l’on en croit M. Bush, celle de la création de l’État palestinien promis par l’ONU en 1947.

Alors que le mouvement sioniste, lui, a concrétisé sa promesse et fêtera en mai les soixante ans d’Israël. Le printemps pour Israël, l’hiver de la « Nakba » pour les Palestiniens.

Régis Debray, quand on referme Un candide en Terre sainte, on n’est pas loin du désespoir absolu en ce qui concerne l’avenir de la Palestine. De votre voyage d’étude sur les lieux - effectué en 2006 à la demande de Jacques Chirac -, vous rapportez un constat implacable : « Les bases physiques, économiques et humaines d’un État palestinien sont en voie de disparition. » Vous dites aussi que dès 1938 « l’administration britannique avait constaté l’impossibilité de créer en Palestine deux États, un juif, un arabe ». Alors, toutes ces luttes, ces plans de paix, tout ça pour rien ? Et est-ce que Leila Shahid, qui représente la Palestine à Bruxelles, est d’accord avec ce diagnostic ?

Régis Debray. Dans la Fêlure, Scott Fitzgerald dit : « On devrait pouvoir comprendre que les choses sont sans espoir et cependant être décidé à les changer. » C’est vrai, en cet endroit que je redécouvrais après quelques années avec l’analyse des cartes précises dues au travail remarquable des géographes des Nations unies, l’OCHAA, j’ai constaté l’application d’un programme qui s’exécute, sans fanfare ni journalistes, et qui consiste simplement à aller jusqu’à la frontière qui est pour le moment celle de l’État d’Israël : le Jourdain. Ainsi se développe, non de façon machiavélique, mais de façon à la fois vitale, spontanée, inexorable, une colonisation doublée de travaux d’infrastructures, de captation d’eau, d’occupation des hauteurs, de raccordements d’une colonie à l’autre, une colonie sauvage qui est très vite officialisée… bref, un processus qui est un rouleau compresseur et qui ne correspond pas du tout à l’image qu’on a à l’extérieur.

Face à cette réalité, je me trouve devant cette difficulté : faut-il laisser le ronron diplomatico-médiatique nous dire que « d’ici un an nous aurons deux États », que « la Conférence d’Annapolis relance l’espoir de paix », que « nous, la France, appelons au gel des colonies »… Faut-il laisser cet écran de fumée, ou dire la réalité telle qu’elle est ?

À mon sens, ce qui serait désespérant, c’est d’entériner cet écran de fumée. Ce serait entériner le double jeu d’un gouvernement qui s’efforce d’être consensuel à l’extérieur mais qui est implacable à l’intérieur. Et le double jeu de l’Occident qui consiste à laisser faire le plus fort en le protégeant par une série de déclarations lénifiantes. Faut-il déchirer cet écran au risque de décourager, de démoraliser nos amis palestiniens ? C’est un dilemme. Personnellement, j’écris pour mon opinion publique, pour les Français, pour les Européens et je ne veux pas qu’ils s’endorment sur de fausses certitudes.

Leïla Shahid. Je reviens d’un mois en Palestine après quatre ans d’absence, et j’ai été absolument catastrophée, effondrée, de voir combien les choses ont régressé. J’ai l’impression qu’en quatre ans, c’est devenu quasiment irréversible. À commencer par Jérusalem. Jérusalem aujourd’hui n’a plus d’existence en tant que ville arabe à l’Est, israélienne à l’Ouest. L’endroit où le mur est le plus répulsif, le plus difficile à vivre, c’est Jérusalem. Parce que, là, il est tout en béton. Ailleurs, sur ses 700 kilomètres de parcours, c’est parfois un grillage avec des barbelés. Mais à Jérusalem, la Jérusalem métropolitaine qui est soixante fois plus grande qu’en 1967, il est entièrement en béton et il fait 9 mètres de haut.

Deuxièmement, c’est à Jérusalem-Est que l’agrandissement de colonies a été le plus important - toutes les informations le prouvent, en particulier celles de La paix maintenant, qui a fait un remarquable travail de « monitoring » des colonies. C’est dans la tradition sioniste classique de créer des faits accomplis. Celui-là déchargera Israël de la nécessité de négocier le statut de Jérusalem. Car si cela continue, il n’y aura plus rien à négocier.

La troisième chose qui m’a beaucoup choquée, c’est l’étendue des embranchements de routes pour relier ce qu’on appelle le « ring road », le périphérique de Jérusalem, qui va pratiquement annexer toute la ville sur le plan du transport public et de l’espace. Ces embranchements ne desservent que les colonies. Il n’y a pas une seule bretelle qui aille à Beit Hanina ou dans n’importe quelle banlieue de Jérusalem-Est. L’isolement de Jérusalem de la Cisjordanie et des territoires occupés est un fait accompli : on ne peut déjà plus parler de Jérusalem-Est comme capitale de l’État de Palestine. Finalement, et ceci concerne particulièrement les Français, à cause des entreprises impliquées (Veolia et Alstom), le tramway reliera les colonies à l’est de Jérusalem à Israël, en violant toutes les règles du droit international.

Dans le reste de la Cisjordanie, l’extension des colonies autour d’Ariel, celle de Maale Adumin pratiquement jusqu’à la mer Morte, l’extension du bloc du Gush Etzion font qu’il ne reste plus que trois entités complètement séparées : le bantoustan du Nord, celui du centre et celui du Sud, qui ne sont pas viables comme territoire d’un État.

Lorsque vous dites cela aux responsables israéliens, le plus sérieusement du monde, ils vous répondent qu’ils vont faire des tunnels sous les colonies et des ponts par-dessus, pour respecter la lettre de ce qui est inscrit dans les accords : la continuité territoriale. C’est littéralement kafkaïen, mais ils le disent sérieusement !

Les premiers à constater cet état de fait, ce sont les habitants de la Palestine, qui ne reconnaissent plus visuellement le paysage dans lequel ils habitent. Tous les jours il y a soit une nouvelle colonie, une « sauvage » qui devient officielle, une autre qui obtient le statut de ville, comme Ariel ou Modiin. Ce constat, vous le trouvez dans la bouche de la plupart des citoyens, je ne dis pas des responsables de l’Autorité palestinienne. Car si les responsables devaient admettre qu’il n’y a plus les fondements territoriaux d’un État, ils devraient arrêter de négocier. Ou alors adopter une autre stratégie.

Dans votre rapport, vous prévoyez une annexion, d’ici à trente ans, de l’ensemble des territoires occupés. Sarih Nusseibeh, recteur de l’université Al Qods, rappelle dans son dernier livre (1) qu’il a un jour publié une lettre ouverte demandant à Israël d’annexer les territoires palestiniens, ce qui aboutirait à terme, disait-il, à ce que les Palestiniens aient les mêmes droits civiques que les Israéliens. Et réglerait le problème, d’autant que la croissance démographique palestinienne est élevée. Est-ce cette solution que vous envisagez ?

Régis Debray. Je n’envisage pas de solution car je ne suis ni un homme politique, ni un diplomate, encore moins futurologue - ils se trompent tout le temps ! Ce que je dis, c’est que nous assistons à ce qu’on appelle ailleurs un nettoyage ethnique plus ou moins soft, mais parfait, parce que c’est la chose sans le mot. Il est à la fois continu et invisible. Mon problème n’est pas de concevoir des plans sur la comète, mais de partir, comme dit Leila, de l’état des lieux. Les Nations unies l’ont à leur disposition à travers des relevés de terrain parfaitement objectifs, méticuleux, quasiment quotidiens. La question que je me pose, c’est celle de l’avenir des Palestiniens et de l’Autorité palestinienne. La proposition de Nusseibeh est au fond celle d’un État binational, dont les Israéliens ne veulent pas. On peut les comprendre. Ils ont créé cet État pour avoir un lieu où ils sont majoritaires et sortir d’une condition de minorité qui remonte à Titus. On peut comprendre qu’ils n’aient pas envie, à terme, d’être à nouveau minoritaires. La logique même du projet sioniste exclut la binationalité. Ou alors, le sionisme n’avait pas de sens.

Ce qui me frappe, c’est cette espèce de silence qu’observe l’Autorité palestinienne qui, devant cet état de fait, aurait deux attitudes possibles : un, je me dissous, je vous rends les clefs et on applique la convention de Genève nº4 : celui qui occupe un pays doit le gérer, c’est-à-dire payer les fonctionnaires, les hôpitaux, les routes, les écoles. Cela aurait au moins le mérite de la clarté, en mettant toutes les parties au pied du mur. L’autre solution, c’est d’envoyer les cartes de la région à M. Bush, à M. Sarkozy, M. Blair et de leur dire : « On cesse de jouer. On n’a pas les moyens de s’opposer à cela, mais au moins nous sommes debout et lucides. Nous n’acceptons pas votre attitude de Tartuffe. Vous parlez de perspectives qui n’ont plus de réalité. Vous exhortez les Israéliens à prendre des mesures, ils disent "oui" de la tête et font exactement le contraire. Vous n’en prenez jamais acte. Nous considérons que vous êtes coresponsables d’une violation quotidienne de la loi internationale. Nous ne vous considérons pas comme une instance de supervision neutre. Vous avez pris le parti d’un État qui, pour des raisons qui lui sont propres et peuvent d’ailleurs s’expliquer, s’estime au-dessus des lois. »

Ce que je trouve embarrassant quand on est un ami de la cause nationale palestinienne - comme j’aurais été un ami de la cause israélienne en 1946 -, c’est d’avaliser non seulement un déni de justice, mais encore un mensonge perpétuel et un endormissement général de l’opinion. À trop faire comme si on ne se rendait compte de rien, comme s’il y avait des négociations entre deux parties égales et de bonne foi, on devient un organe de collaboration. Voilà les questions que beaucoup de Palestiniens, et pas seulement du côté du Hamas, et que beaucoup de gens informés, comme notre ambassadeur Stéphane Hessel, commencent à se poser.

Qu’en pense Leila Shahid ?

Leïla Shahid. Je suis d’accord avec la non-crédibilité du processus de négociation aujourd’hui. Il a été crédible entre 1993 et 2000. Je précise tout de même qu’il n’y a plus eu de négociations depuis l’été 2000 jusqu’à Annapolis, soit pratiquement sept ans. Elles n’ont repris, officiellement, que depuis Annapolis. Mais sans aucune avancée. La réalité, elle, a beaucoup régressé. C’est vrai qu’il y a deux possibilités : ou bien l’Autorité en charge des négociations, c’est-à-dire Mahmoud Abbas, dit : « C’est une mascarade qui me discrédite et décrédibilise tout le processus, donc, je rentre chez moi », en confiant le dossier à une communauté internationale qui s’est montrée inexistante. Ou bien il constate : « La négociation n’a pas marché, il faut une nouvelle stratégie, militaire, politique, de soulèvement populaire, mais autre chose. » C’est-à-dire mettre le point final à la stratégie d’Oslo dont il a été, personnellement, le négociateur principal.

Pourquoi ne fait-il ni l’un ni l’autre ? Je ne pense pas que ce soit par manque de courage ni parce qu’il ne fait pas le même constat que nous. Il le fait. Mais le jour où il le dira publiquement, il n’y aura plus de négociations. Et il devra confier le dossier à une tierce partie. Mais qui ? Les Nations unies ont prouvé leur incapacité à assumer leur rôle et la communauté internationale est, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, totalement complice de l’occupation. Elle a été incapable de traiter Israël comme un État redevable du droit. C’est la première fois au monde qu’un État va aussi loin dans la violation des lois et qu’aucune forme de pression ni indirecte, ni directe, ni économique ni politique ne lui est appliquée.

Je crois que la raison directe de ce qui apparaît presque comme de la « collaboration » - c’est Régis Debray qui emploie ce mot, pas moi - est en partie la responsabilité d’une communauté internationale qui n’a pas laissé d’autre possibilité à la direction palestinienne. Il y a chez les Palestiniens un sentiment profond d’être dans le tête-à-tête total avec Israël, livré à Israël. Une conscience aiguë que la communauté internationale ne fonctionne pas en ce qui concerne le problème palestinien. Elle ne demande pas l’application de ses propres résolutions, à commencer par la 242 qui refuse l’acquisition de territoires par la force. Elle fonctionne quand il s’agit des Balkans, du Timor Oriental, du Kosovo, de tous les autres lieux du monde, mais pas quand il s’agit d’Israël. C’est parce qu’Israël, à cause de sa relation historique avec l’Europe, peut échapper à tous les devoirs.

C’est cela qui crée l’illusion - et je dis bien que c’est une illusion - qu’il n’y pas de salut hors du dialogue direct avec les Israéliens, dans un rapport de forces tellement inégal qu’il est utilisé non seulement pour changer la réalité, mais, ce qui est plus grave, pour discréditer ceux qui ont choisi, comme moi, la coexistence. Pour moi, Yasser Arafat est un homme historique pour les Palestiniens. Il l’est aussi pour les Israéliens. Pas parce qu’Oslo était bien négocié - il ne l’était pas -, mais parce qu’il a fait adopter par son peuple l’idée de coexistence. Ce qui veut dire, accepter la légitimité d’Israël et la faire accepter par tous les Arabes. Aujourd’hui, le discrédit qui touche le processus de paix discrédite aussi le concept même de coexistence. Car face à l’aveuglement total des Israéliens, les options dont dispose la direction palestinienne ne sont pas très nombreuses.

L’autre option est de fermer la négociation ouverte en 1993, faute de résultat. Mahmoud Abbas dit qu’il le fera si, d’ici à la fin de l’année, il n’y a pas de changement.

Y a-t-il une autre stratégie, une autre forme de lutte politique ou même militaire ? Je crois que la difficulté est le défi que représente le Hamas qui, dès le début, a refusé la voie de la négociation. Dire qu’on y renonce, c’est reconnaître leur succès. Ce n’est pas facile. Dissoudre l’Autorité serait une irresponsabilité totale - car à qui confierait-on la population palestinienne, aux israéliens ?

Pour ces deux raisons, l’Autorité palestinienne continue dans un chemin qui peut être mal interprété et qui suscite dans la population, mais aussi chez les amis de la Palestine, un questionnement immense. Il y a une réflexion dans la société palestinienne sur la redéfinition d’une stratégie. Comme si nous avions achevé un cycle. Israël devra assumer sa responsabilité dans la fin de ce cycle commencé en 1993 et qui lui offrait, pour la première fois en quarante-cinq ans, une légitimité. S’il n’y a plus d’espoir d’un État palestinien, nous perdons tous ces acquis. S’ouvrira un nouveau cycle dont personne ne peut dépeindre les contours.

Est-ce que l’idée de Régis Debray d’installer l’ONU à Jérusalem pourrait changer quelque chose ?

Régis Debray. C’est saugrenu en apparence, mais imparable au plan juridique. La Charte des Nations unies ne fixe pas d’adresse pour son siège. Si une majorité de l’Assemblée générale le décidait, le Conseil de sécurité ne pourrait pas s’y opposer. L’idée remonte à Massignon, lorsqu’il sentait, en 1937, que la SDN était comme l’ONU aujourd’hui - un machin selon de Gaulle - qui n’était pas à la hauteur de sa tâche. Il s’est dit qu’on pourrait la revigorer en l’installant à Jérusalem. Il sentait que c’était un lieu conflictuel. Mais les Américains n’y ont pas intérêt. Ils contrôlent l’ONU par divers moyens, dont le premier est l’osmose, le système d’écoute, les diverses pressions sur les États pauvres. Les Israéliens ne le souhaitent pas. C’est un pays ultrasouverainiste qui ne veut pas que la communauté internationale se mêle de ses affaires.

Avoir l’ONU chez soi, c’est embêtant quand on refuse d’appliquer ses résolutions. Mais sur le long terme, il y aurait un intérêt physique pour toutes les nations du monde qu’il y ait la paix là où est le siège de l’ONU. Ce serait une garantie de sécurité à long terme pour Israël. En outre, ce serait un point d’équilibre qui assurerait la neutralité : il n’est pas sain que l’organisme chargé du droit soit au lieu de la force. La coïncidence entre la capitale d’un empire et celle du droit international est vicieuse dans son principe.

Leïla Shahid. Moi, j’ai trouvé cette idée géniale ; je n’avais jamais pensé à cela. Mais si on ne peut pas déménager l’ONU, on peut essayer de l’impliquer davantage. On n’a pas tiré le bilan de ses échecs. On a trop tendance à attribuer l’échec aux Palestiniens, surtout en ce moment. Si on n’a pas été capables de défier Israël, sous prétexte qu’on ne peut pas s’en prendre à sa souveraineté alors qu’on le fait pour d’autres, c’est là qu’est le problème de deux poids, deux mesures. L’ONU, un machin, dit-on ? Mais on n’a pas trouvé quelque chose pour la remplacer. Si Israël veut annexer tous les territoires, il va se retrouver avec cinq millions de Palestiniens et devra gérer cela sur tous les plans, y compris la sécurité. Peut-être qu’un jour il aura besoin des Nations unies pour se sortir du « merdier » dans lequel il se sera mis.

Régis Debray. Il y a en effet quelque chose de suicidaire dans l’attitude des Israéliens. Certains en sont conscients. J’ai vu Abraham Burg (2) il y a peu, il est de ceux qui voient loin. Une des raisons d’espérer est la présence d’esprits libres en Israël, de gens qui allient une grande culture à un grand courage, et qui se rendent compte que la politique de force est non seulement illégitime mais contre-productive pour elle-même et cause, à la fin, de faiblesse.

Il y a un mot capital qu’on n’a pas prononcé, c’est celui de Shoah. Israël est un État auquel beaucoup de choses illégales sont permises. Pourquoi ? Parce que c’est pour tout l’Occident un remords et une faute. Nous avons le sentiment d’une dette, peut-être pas éternelle, mais qui n’a pas fini d’être payé et qui s’appelle l’Holocauste. Elle donne à Israël un statut ontologique de victime. Exercer une pression sur ce pays, c’est se montrer en quelque sorte complice a posteriori d’un crime contre l’humanité.

L’Europe est paralysée parce qu’elle porte cette immense culpabilité. Il est significatif que ce soit les pays où il n’y a pas eu de déportation ni d’étoile jaune qui sont les plus objectifs, les plus courageux. Je suis très frappé de l’attitude de l’Église anglicane par rapport aux autres Églises chrétiennes. Les pays nordiques aussi, l’Espagne, tous les pays qui n’ont pas cette tache ignoble dans leur passé et qui nous est chaque jour rappelée - pas un jour sans que la radio, la télévision, le journal, ne nous ramène au Vel d’Hiv et à Vichy. Cela donne à Israël une immunité que personne n’ose entamer. Cela pour l’Europe.

Quant à l’Amérique, c’est une colonie spirituelle du peuple hébreu. C’est écrit dans les gènes de l’Amérique, dans la genèse historique des États-Unis. Vous avez donc en Europe une impossibilité psychologique d’intervenir et en Amérique une impossibilité théologique. Les deux ensemble, ça fait la communauté internationale. Quand vous avez dit cela, vous n’avez pas grand-chose à attendre de l’extérieur. Sauf si un Palestinien se lève face à la communauté internationale et commence à lui parler vrai, à dire « oui, il y a eu la Shoah, oui c’est un crime inexpiable, mais est-ce à nous de l’expier, nous qui ne l’avons pas commis ? Et est-ce qu’un crime contre l’humanité excuse des crimes de guerre perpétuels ? Je crois qu’il faut secouer l’opinion internationale. Le travail qu’Arafat a fait vis-à-vis de son peuple et du monde arabe, il faut qu’un Palestinien le fasse vis-à-vis de la conscience internationale. Qu’il la mette face à sa rhétorique. Prenez-la au mot : « Vous êtes la loi ou non ? Si on ne respecte pas ce que vous dites, cessez de faire des résolutions. Dissolvez-vous. » Il faut être un peu radical pour être réaliste. C’est-à-dire aller à la racine des choses. Je trouve que les Palestiniens ne sont pas assez radicaux. Je ne parle pas de violence mais de radicalité théorique et pratique.


Leïla Shahid. C’est vrai que les Palestiniens, comme le monde entier, ont été pris au piège de la diplomatie bien-pensante. Ils ont cru à un nouvel ordre mondial où chacun aurait sa place. Je suis d’accord sur l’analyse de ce qui a paralysé la communauté internationale. C’est pourquoi je dis aux instances européennes : « Israël n’est pas seulement notre problème, c’est aussi le vôtre. Israël fait partie de votre histoire. Il fait partie de notre présent et de notre avenir, pas de notre passé. Et vous ne pourrez pas régler vos comptes avec votre passé en vous contentant de nous envoyer une aide humanitaire. »

Je pense que la proposition de coexistence faite par Yasser Arafat était basée sur ce constat : même si nous n’avons pas été historiquement responsables du génocide, nous assumons le fait que c’est un crime contre l’humanité, qu’il a eu lieu. Ayant assimilé cela, nous avons accepté de reconnaître Israël et son désir de fonder un État national là où il n’y a jamais eu d’État juif. C’est pourquoi nous nous sentons, sur le plan de la maturité politique, de notre position éthique, en avance sur bien des conflits nationaux : nous avons intégré celui qui a été notre ennemi historique dans la vision de notre propre avenir. On ne reconnaît pas assez ce mérite aux Palestiniens.

La tragédie, c’est qu’à cause de l’entêtement israélien, à cause de la culpabilité que le monde a à l’égard d’Israël, on voit se développer, pour la première fois dans l’histoire, une montée de l’antisémitisme dans un monde arabe qui ne comprend pas que la seule réponse d’Israël soit davantage d’expulsions, de colonies, de murs. Mais il y a en Israël des justes à qui je veux rendre hommage, des militants anticolonialistes qui voient plus loin que les hommes politiques.

Quand on a l’impression que tout est bouché, comme maintenant, certaines choses peuvent déclencher une situation nouvelle. Il y a dans la société israélienne, sur le plan de ce qui s’écrit, des questionnements fondamentaux. Par exemple le dernier livre d’Abraham Burg, qui ose nommer les choses par leur nom, décrire l’état de sa propre société, quitte à se faire lyncher. Par exemple Schlomo Zand, qui vient de publier en hébreu un livre où il se demande si on peut parler d’un peuple juif. Il y a dans la pensée juive sioniste une réflexion qui peut remettre en cause beaucoup de choses.

Ce qui me désespère en revanche, c’est l’Europe. Je travaille depuis deux ans dans les instances européennes, l’un des groupements régionaux qui comptent le plus dans le monde. Cette Europe se montre incapable d’exister politiquement, mais elle se lance dans des projets nouveaux, comme l’Union pour la Méditerranée.

Comment peut-on parler d’une telle union avec un conflit aussi important en son coeur alors qu’on n’a pas été capable de trouver une solution en treize ans de processus de Barcelone ? C’est encore faire l’autruche. Et je m’inquiète parce que je vois qu’il y a d’autres forces politiques dans cette région qui sont en train de gagner sur nos échecs, celui des laïcs, celui des partisans de la coexistence. Ceux qui ont une autre vision sont en train de gagner du terrain tous les jours. Pas seulement en Palestine. Cela va de la Mauritanie jusqu’à l’Irak.

Honnêtement, je suis plus désespérée par l’attitude de l’Europe qu’en regardant nos deux sociétés, israélienne et palestinienne, qui, je le crois, trouveront les ressources pour s’en sortir, malgré les échecs dans lesquels nous sommes tous.

Entretien réalisé par Françoise Germain-Robin paru dans l’Humanité des débats du 26 avril 2008.

(1) Méthode d’analyse des processus de transmission culturelle, qui étudie les relations entre les objets symboliques, les formes d’organisations collectives et les médiations techniques (NDLR).

(2) Un candide en Terre sainte, Gallimard, 2008, 450 pages, 22,50 euros.

(3) Sarih Nusseibeh vient de publier chez Lattès Il était un pays, la Palestine.

(4) Ancien président de la Knesset, Abraham Burg vient de publier Vaincre Hitler.

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Bouteflika à l’étranger depuis 10 jours !

Posté le 28.04.2008 par abdoumenfloyd

Le président Abdelaziz Bouteflika a eu lundi matin à Abou-Dhabi un entretien en tête-à-tête avec Cheikh Khalifa Ibn Zayed Al Nahyane, président de l'Etat des Emirats Arabes Unis. L'entretien a porté sur les relations bilatérales, les questions concernant le monde arabe et les sujets internationaux d'intérêt commun. Au terme de cet entretien, le président Abdelaziz Bouteflika a été l'hôte d'un déjeûner officiel offert en son honneur par Cheikh Khalifa Ibn Zayed Al Nahyane en présence des hauts responsables de l'Etat des Emirats Arabes Unis.

A noter que le président Abdelaziz Bouteflika a quitté l’Algérie le 19 avril pour une visite officielle au Koweït.

Union pour la Méditerranée : Paris distribue les rôles et évince Alger du casting

Posté le 24.04.2008 par abdoumenfloyd

Le voyage de Sarkozy à Alger en décembre dernier n’a pas eu les suites attendues sur les relations algéro-françaises : Paris et Alger se font la tête et cela se sent. Non seulement cette visite n’a pas apporté les changements escomptés dans les relations entre les deux pays mais celles-ci semblent même s’être passablement refroidies. Tous ceux qui fondaient de grands espoirs sur la visite du président français et de sa suite constituée de 150 chefs de grandes entreprises et de PME et rêvaient les yeux ouverts aux perspectives radieuses qu’elle allait ouvrir en matière d’échanges et de projets économiques sont restés sur leur faim. Sarkozy est venu, a fait des discours aux accents néocolonialistes puis est reparti, emportant dans sa besace une moisson de contrats d’un montant de 5 milliards d’euros, dont Total, EDF, GDF, Alstom furent les heureux bénéficiaires.

Côté Algérien, mis à part les couacs provoqués par les déclarations intempestives à propos de questions mémorielles et historiques, les accords économiques avaient suscités de grandes espérances. Persuadés qu’aucun pays de la région ne pouvait offrir autant que le leur, ils attendaient d’être payé en retour. Après tout, pensent-ils, du gaz pour GDF, du pétrole pour Total, et l’uranium pour Areva, un métro pour Alstom et la RATP, des aéroports à gérer pour ADP et j’en passe, cela mérite bien une place d’honneur dans la future Union pour la Méditerranée, à défaut de voir cette liberté de circulation accordée aux capitaux et aux biens entre les deux pays s’étendre aux hommes. Anciennement Union Méditerranéenne, le projet avait été revu et corrigé par son concepteur élyséen sur injonctions de ses partenaires européens, en particulier allemand. En fait, ce sont tous les responsables européens réunis à Bruxelles le 13 et 14 mars qui ont mis la main à la pâte et exigé que la proposition française s’intègre dans « le processus de Barcelone ». La nouvelle mouture − pâle copie du projet initial dont on connaît plus ou moins les contours mais non le contenu − retenue par le sommet s’appellera désormais «processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée. »

En vertu des droits qui lui confère la paternité de l’idée première, Paris a gardé la main haute sur l’initiative et suit sa mise en route point par point. Dans une première étape, l’Elysée s’est attaché à distribuer les rôles à chacun de futurs partenaires. Il apparaît aujourd’hui que le casting réalisé par Paris ignore ostensiblement Alger… et fait la part belle à ses voisins. D’abord au « frère ennemi » éternel rival, le Maroc – un allié particulièrement conciliant, aligné depuis le règne sans partage de Hassan II sur Paris et Washington − puis à l’Egypte – un partenaire en paix avec Israël, entretenant des relations économiques et commerciales avec lui, qui devrait faciliter l’intégration de l’Etat hébreu dans le futur ensemble méditerranéen, – et enfin à la petite Tunisie sans grands atouts certes mais si « stable » et si bien tenue en main par la poigne de fer de Ben Ali.
L’opération s’est menée sans grand bruit et avec diligence.Tout le monde y a mis la main, y compris Matignon. Il est revenu à François Fillon la tâche d’annoncer à Rabat où il effectuait une visite de travail que « le secrétariat de l’Union doit être situé sur la rive sud. » Pour nombre d’observateur, ce souhait signifiait clairement que la fonction venait d’être attribuée. Une semaine plus tard, Moubarek était reçu par Sarkozy et le communiqué de l’Elysée diffusé à l’issue de l’entretien annonçait que « les deux hommes ont parlé (…) du projet d'Union pour la Méditerranée, que l'Égypte a toujours soutenu et dans lequel elle aura un rôle décisif à jouer ».

Ce rôle décisif sera celui joué par la présidence de l’Union, attribué à l’Egypte, dont le futur siège sera installé à Tunis et le secrétariat général au Maroc. Trop imprévisible au goût des Français, c’est-à-dire pas assez complaisante, l’Algérie s’est vue ainsi disqualifiée d’un projet dans lequel tout le monde s’accorde à dire qu’elle est incontournable − qu’est-ce en effet qu’une Union pour la Méditerranée sans elle ?

Alors Alger marginalisé par son plus gros partenaire commerciale ? Sans doute. Même si les positions des industriels français régressent au profit de leurs concurrents chinois et américains, avec une part de marché de près de 20 %, la France est encore le premier fournisseur de l'Algérie. Quand à cette dernière, avec 8 milliards d'euros de ventes, elle reste le premier partenaire commercial de la France sur le continent africain, devant le Maroc et la Tunisie.

Meriem Benmehdi

Le Danemark ferme ses ambassades à Alger et Kaboul

Posté le 23.04.2008 par abdoumenfloyd

Danemark a décidé de fermer provisoirement ses ambassades à Alger et Kaboul par crainte d'attentats à la suite de la reproduction des caricatures de Mahomet en février dans la presse danoise, a rapporté mardi soir le site du quotidien danois Politiken.

Le ministère danois des Affaires étrangères a déplacé son personnel en Algérie et en Afghanistan dans des bâtiments plus sûrs et dans des lieux gardés secrets.
Certains diplomates ont été également déplacés de leurs résidences vers des lieux plus sécurisés dans ces deux pays, selon Politiken.
L'ambassade à Alger a été évacuée il y a quelques jours, et celle de Kaboul le sera mercredi.
"Nous devons assurer la sécurité de notre personnel en raison de menaces qui dans ces deux pays ces dernières semaines", a déclaré à Politiken Erik Laursen, un responsable du service administratif de ce ministère.

Les employés continueront de travailler à partir de leurs nouvelles adresses secrètes et peuvent être contactés par téléphone et courriel, a-t-il précisé.

M. Laursen ne sait pas quand les ambassades seront rouvertes.

"Tout dépendra de l'évolution de la situation", a-t-il souligné, ajoutant que le ministère danois a envoyé une équipe d'experts en sécurité à Alger afin d'évaluer les aptitudes de l'ambassade à résister à une attaque terroriste.

Les services du renseignement danois (PET) ont estimé, dans un rapport publié le 10 avril, que les menaces terroristes contre les intérêts danois au Danemark et à l'étranger s'étaient encore accrues après la reproduction des caricatures de Mahomet.

Le ministère des Affaires étrangères avait alors recommandé à ses ressortissants d'éviter tout voyage non nécessaire vers Alger et de ne pas se rendre dans le reste du pays.

Au moins dix-sept journaux danois avaient publié de nouveau le 13 février une caricature représentant la tête du prophète coiffée d'un turban en forme de bombe à la mèche allumée, déclenchant la colère de nombreux pays musulmans.

Cette nouvelle publication était destinée à soutenir l'auteur de cette caricature qui faisait l'objet, selon le PET, d'un projet d'assassinat.

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