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abdoumenfloyd
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ALGERIE ;JE T'AIME... “TRAVAILLONS TOUTES ET TOUS ENSEMBLE A L’INSTAURATION DE LA 2e REPUBLIQUE"
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Date de création :
17.01.2008
Dernière mise à jour :
21.07.2008
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19.07.2008
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CULTURE

Une clôture en apothéose à Tizi-Ouzou...

Posté le 21.07.2008 par abdoumenfloyd

La chaleur torride, qui a caractérisé mercredi passé la ville de Tizi-Ouzou, n’a pas empêché les citoyens d’être en parfaite symbiose avec les troupes folkloriques de la wilaya d’Illizi à l’occasion de la clôture de la Semaine culturelle d’Illizi à Tizi-Ouzou, qui s’est déroulée à la Maison de la culture Mouloud-Mammeri.

Il y avait en effet une ambiance impeccable lors de cette cérémonie qui a vu la présence du wali de Tizi-Ouzou, des directeurs de la culture de Tizi-Ouzou et Illizi, du directeur des affaires religieuse, du P/APC de Timizart, du fils de l’icône de la chanson terguie Athmane Bali en plus de la foule très nombreuse que la salle des spectacles de la Maison de la culture n’a pas pu contenir. L’animation musicale de la troupe des artistes du Tassili et le groupe targui a été une cerise sur le gâteau pour un Festival qui a connu un succès éclatant, ce qui n’est pas évident par ces temps caniculaires. “Ce succès n’est pas le fruit d’un travail en solo, il est l’aboutissement des efforts des organisateurs avec la précieuse collaboration du mouvement associatif et des APC” dira Ould Ali El Hadi dans une brève allocution de clôture. Le Festival des arts et cultures populaire, qui reste ouvert, s’est caractérisé cette année par une décentralisation des activités, un penchant vers la proximité pour “ toucher le maximum de citoyens dans les régions éloignées du chef-lieu de wilaya” indiquera M. Cherfaoui, le commissaire du Festival, en marge de la cérémonie de clôture. Les deux wilaya, Tizi et Illizi ont échangé des cadeaux, le P/APC de Timizart, offrira, pour sa part, un cadeau symbolique au commissaire du Festival d’Illizi. Rappelons enfin que plusieurs manifestations ont été programmées, dans le cadre de ce Festival, au niveau de la Maison de la culture de Tizi-Ouzou, les communes de DBK, Timizart et Larbaâ Nath Irathen.

A.Z



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Retour sur Che, de Steven Soderbergh : Un film mensonger

Posté le 18.06.2008 par abdoumenfloyd

La principale raison, c’est que c’est un faux film, comme on dirait un faux en écriture. Tout le travail de Soderbergh est une dangereuse tromperie sur le sujet. Soderbergh a rayé tout ce qui est le véritable Che Guevara et ce qui a fait sa gloire et sa légende.

Il a centré sur l’individu en oubliant son côté héroïque. D’abord insister lourdement sur la maladie, le handicap de Che Guevara qui était asthmatique, comme tout le monde le sait, était-ce un élément fondamental pour expliquer la personnalité du Che ? C’est comme si on évoquait Camus uniquement à travers sa tuberculose ou Sartre pour son œil droit de travers... Le vrai Che Guevara n’est pas dans ce film, car rien de son engagement politique, son dévouement pour son pays d’adoption et pour le reste du monde où la révolution était en cours n’y est relaté. Si on n’inscrit pas Che Guevara dans cette réalité internationale historique, économique, sociale, on ne peut rien comprendre à son personnage. Et l’Américain Soderbergh n’a rien compris. Le parti pris de Soderbergh est de réduire Che Guevara à un homme ordinaire, à n’importe qui, alors que justement le Che n’était pas n’importe qui. Sinon, il ne serait pas une légende du XXe siècle ! Dans la forme aussi, le film de Soderbergh est tellement pesant, mal fichu que le spectateur lambda (on pense ici au public américain) risque fort de s’ennuyer souverainement et de déserter la salle. Un autre parti pris injuste de Soderbergh, c’est la longue et effroyable séquence de la mort de Che Guevara, filmé comme un chien qu’on abat. On a les larmes aux yeux, quand on voit de quelle cruelle manière le réalisateur assassine le Che une seconde fois. Celui dont Jean-Paul Sartre disait en 1960 : « Che Guevara est l’être humain le plus complet de notre époque », est dans ce film réduit à rien. A travers un regard un peu plus bienveillant, Richard Fleischer en 1969, avec Omar Sharif dans le rôle du Che et Richard Dindo en 1994 dans un documentaire sur Le Journal de Bolivie, ont évoqué la vie du Che de manière différente, plus honnête. Pas un Soderbergh qui a tenté de faire oublier que l’illustre « Commandanté » de la Sierra Maestra a dirigé la réforme agraire à Cuba, a présidé la Banque nationale (les billets portaient sa signature), occupé le poste de ministre de l’Industrie, en même temps, Che Guevara s’employait à faire sauter les verrous, à desserrer l’étau impérialiste autour de Cuba, en créant la Tricontinentale et en lançant son fameux appel pour faire « deux, trois Vietnam ! » Dans le film de Soderbergh il n’y a aucune trace de tout cela. Ni de ses voyages en Chine, au Japon, en Afrique, en Algérie à plusieurs reprises où il y a prononcé son dernier discours public le 24 février 1965. Si on enlève tout cela à Che Guevara, personne ne peut comprendre la suite, ni pourquoi il a décidé de tout plaquer à la Havane pour partir en Bolivie aux côtés des révolutionnaires qui voulaient renverser le régime pourri de Barrientos. En 2006, le jour même où il a été élu à la tête de la République de Bolivie, le président Morales a mis un grand portrait d’Ernesto Che Guevara dans la suite présidentielle du palais de La Paz. Preuve que l’héroïsme, le sacrifice, la bravoure du « Commandanté » demeurent comme un point d’ancrage très fort pour toute l’Amérique latine. Mais allez demander au pauvre Soderbergh de comprendre tout cela !

Azzedine Mabrouki

Des négationnistes dans le pouvoir algérien

Posté le 02.05.2008 par abdoumenfloyd

Le Dr Amine Zaoui et le Dr Abdelmadjid Chikhi sont deux membres éminents de l’intelligentsia algérienne, l’élite des élites. Universitaires au plus haut degré, grands commis de l’Etat, écrivains et poètes, ils assument les plus hautes responsabilités dans la préservation de la mémoire collective de la Nation. Amine Zaoui est le directeur général de la Bibliothèque Nationale, Conservateur du patrimoine culturel, gardien des trésors littéraires, manuscrits, et livres anciens. Abdelmadjid Chikhi est le directeur général des Archives Nationales, Conservateur de l’Histoire, gardien du temple de la mémoire.

Leurs compétences et leurs fonctions les ont hissés au rang de formateurs des élites. Parfaits bilingues, ils interviennent souvent sur les ondes de la radio et la télé dans des émissions littéraires et historiques. Ces deux érudits ont l’habitude d’organiser des rencontres publiques pour transmettre le Savoir aux universitaires et aux jeunes générations. C’est justement ce qu’ils envisageaient de faire dans un colloque pour commémorer le cinquantenaire de la conférence de Tanger… avant de se voir signifier un ordre de l’annuler.

C’est Abdelhamid Mehri, un des rares acteurs vivants de notre glorieuse Révolution présent à la conférence de Tanger en 1958, qui nous l’apprend dans sa lettre de protestation adressée au président Bouteflika: «J’ai participé, depuis deux mois ou plus, avec le frère, directeur général du Centre national des archives et le Docteur Amine Zaoui, directeur de la Bibliothèque nationale, à la préparation d’un colloque historique à caractère scientifique se rapportant au cinquantenaire de la conférence de Tanger qui a regroupé, en avril 1958, les partis qui ont conduit la bataille des indépendances en Tunisie et au Maroc, et le Front de libération nationale. J’ai été informé hier, 14 avril, que des instructions fermes, dont je ne connaissais pas la source, ont été signifiées aux deux institutions afin d’interrompre l’ensemble des dispositions et préparatifs de ce colloque et à renoncer définitivement à sa tenue», écrit l’ex-secrétaire général du FLN dans cette lettre datée du 15 avril.

Abdelhamid Mehri ignore les motifs et l’origine de cette annulation. «Je ne sais toujours pas se qui s’est produit. Abdelmadjid Chikhi et Amine Zaoui m’ont juste confirmé qu’ils avaient reçu des instructions pour tout arrêter. Mais ils ne m’ont pas donné la source qui a donné ces instructions». Il ajoute: «Je pense, Monsieur le président, que vous imaginez bien l’ampleur de la surprise, du choc et de l’embarras provoqués par cette décision et la gravité des interrogations qu’elle suscite. Il n’est guère besoin d’un surcroît d’explications, vous êtes, par votre passé et par votre position, suffisamment instruit pour percevoir toutes les dimensions de ces questions.» On imagine aisément le tollé qu’une telle infamie aurait provoqué dans des pays qui se respectent.

Mehri, qui n’a pas été «autorisé» à se rendre à Tanger, confirme ainsi indirectement les pressions qu’a subi le FLN pour boycotter la rencontre. Des informations ont même été publiées dans ce sens, avant de «préciser» que Belkhadem n’allait pas à Tanger en tant que chef du gouvernement. Ce témoignage de Mehri, ajouté au mauvais traitement médiatique des retrouvailles de Tanger, prouve que l’Etat algérien est infesté de négationnistes au plus haut niveau qui veulent interdire le devoir de mémoire, l’évocation de l’Histoire et donnent des instructions en ce sens à des institutions et à la presse qu’ils contrôlent.

Ce nouveau scandale ne doit pas en rester là. Il prouve à ceux qui font encore semblant de l’ignorer que le sabotage des fondements historiques et révolutionnaires de l’Etat est très profond. Ceux qui viennent ainsi piétiner notre mémoire en bafouant la noble mission de Zaoui et Chikhi sont les mêmes qui ordonnent aux magistrats de condamner des innocents «au nom du peuple». Ce sont eux qui, dans l’ombre qu’ils affectionnent, ordonnent aux banquiers de délivrer ou bloquer des crédits, ordonnent aux ministres de délivrer ou bloquer des agréments, etc…. Imbus de leur pouvoir occulte et dans leur sentiment d’impunité, ils s’imaginent que les hauts serviteurs de l’Etat et du peuple ne sont qu’à leur service… et ne se rebellent jamais.

Il ne s’agit même plus d’un combat politique, mais de dignité. On a empêché Amine Zaoui et Abdelmadjid Chikhi d’exercer leur métier, l’essence même de leur raison d’être. A travers eux, c’est toute l’élite algérienne qui subit une fois de plus l’humiliation, une grave insulte à son intelligence et à son honneur. De quel droit des renégats de l’Histoire, tapis dans l’ombre du pouvoir, ont-ils osé porter une telle atteinte à la probité intellectuelle. Et de quel droit ne doivent-ils pas être dénoncés. Doit-on espérer que les martyrs ressuscitent de leur tombe pour laver cet affront fait à la Révolution? Ces négationnistes, traîtres de la Nation, doivent être montrés du doigt, lâchés à la vindicte populaire et bannis des fonctions qu’ils occupent.

Lorsqu’il n’y a plus d’arbitre pour faire respecter les règles, lorsque l’entourage devient indifférent et impuissant, lorsqu’on porte atteinte à leur honneur, à leur réputation et aux fruits de toute une vie de labeur, il ne reste qu’une seule chose à faire à Amine Zaoui et Abdelmadjid Chikhi, ainsi qu’à toutes les élites. Imiter le plus célèbre des algériens, Zinedine Zidane, qui a lavé un simple affront verbal d’un coup de boule devant un milliard de téléspectateurs. Il a préféré défendre son honneur que soulever le trophée de la Coupe du monde. Son trophée, c’est d’abord sa dignité. Il en est sorti encore plus grand et son aura a dépassé les frontières du football.

Cette grave insulte à l’intelligence et à notre glorieuse Révolution peut-il enfin être compris comme un dernier signal d’alerte, un appel ultime à la révolte contre un pouvoir primitif, inculte, anti-révolutionnaire et anti-populaire qui dicte leur conduite aux intellectuels et aux grands commis de l’Etat assermentés. Les élites doivent enlever leurs lunettes, poser les stylos, dédaigner les privilèges, se relever et se battrent. «Arfaâ rassek ya ba !»

Par Saâd Lounès

Aimé Césaire : Le poète de la Négritude enterré parmi les siens

Posté le 20.04.2008 par abdoumenfloyd

AIMÉ Césaire vient d’achever sa riche traversée d’une longue vie tout entière dédiée à la poésie et à la promotion de la conscience noire, la Négritude, concept culturel, humaniste et politique, exposée à l’âge de 25 ans, dans son “Cahier d’un retour au pays natal”. Le poète de la Négritude, dramaturge et homme politique martiniquais est mort, jeudi 17 avril, à l'hôpital de Fort-de-France où il était hospitalisé depuis le 9 avril pour des problèmes cardiaques. Il avait 94 ans. Il a été enterré aujourd'hui dans son île natale.

Né le 26 juin 1913 au sein d'une famille nombreuse de Basse-Pointe, une commune du Nord-Est de la Martinique, bordée par l'océan Atlantique dont la «lèche hystérique» viendra plus tard rythmer ses poèmes, au pied de la Montagne Pelée dont les rares fureurs sont redoutables, « Papa Aimé » comme l’appelaient les Martiniquais tenait de son volcan une écriture poétique qu’il s’amusait à qualifier de péléenne. Mais, à la différence de son volcan, jamais au cours de sa longue vie, le poète ne s’est endormi. Sans cesse, il bousculera les désordres établis et les remettra fondamentalement en cause. Avec succès le plus souvent, sa rébellion ébranlera tous les conformismes.
Étudiant dans une France majoritairement acquise à l’idée des bienfaits de la colonisation et de la supériorité raciale du Blanc, il promeut le concept de « Négritude » englobant ainsi en un seul mot toutes les luttes des opprimés d’Afrique et d’Amérique.

Elève brillant du Lycée Schœlcher de Fort-de-France, Aimé Césaire poursuit ses études secondaires en tant que boursier du gouvernement français au Lycée Louis Le Grand, à Paris. C'est dans les couloirs de ce grand lycée parisien qu’il rencontre, dès son arrivée, Léopold Sédar Senghor, son aîné de quelques années, qui le prend sous son aile protectrice.

Près de ce Panthéon où la patrie reconnaissante honore ses grands hommes, les étudiants d’origine caribéenne découvrent au contact les uns des autres mais aussi de jeunes Africains une part de leur identité longtemps refoulée, la composante africaine dont ils prennent progressivement conscience au fur et à mesure qu'émerge une conscience forte de la situation coloniale.

Insulté un jour de 1934 dans la rue par un passant qui l’interpelle de manière condescendante : « Eh, petit nègre ! », Césaire décide de fonder, en septembre 1934, avec le Guyanais Léon Gontran Damas, le Guadeloupéen Guy Tirolien et les Sénégalais Senghor et Diop, un journal, L’Étudiant noir, laboratoire des engagements à venir, où apparaît pour la première fois le terme de «Négritude», un terme repris en flambeau pour faire face la tête haute. Le concept, forgé par Aimé Césaire en réaction à l'oppression culturelle du système colonial français, vise à rejeter d'une part le projet français d'assimilation culturelle et d'autre part la dévalorisation de l'Afrique et de sa culture, des références que le jeune auteur et ses camarades mettent à l'honneur. Construit contre le projet colonial français, le projet de la négritude est plus culturel que politique. Il s'agit, au delà d'une vision partisane et raciale du monde, d'un humanisme actif et concret, à destination des tous les opprimés de la planète. Cette parole, Aimé Césaire la porta haut et fort sur de multiples routes, politiques ou poétiques, la définissant comme « un cri nègre » voué à ébranler « les assises du monde ».

Quinze ans avant son célèbre Discours sur le colonialisme, il entend défendre la spécificité culturelle africaine dans sa multiplicité, et lutter contre l’assimilation culturelle véhiculée par l’idéologie colonialiste. Un combat moins politique et racial qu’humaniste. « Je suis de la race de ceux qu’on opprime », dira t il, ouvrant la voie à la décolonisation, mais aussi contribuant à « désaliéner » des peuples nourris d’une culture livresque exclusivement française.

Une conquête possible dont l’esprit empreint son premier recueil de poésie, Cahier d’un retour au pays natal, publié en 1939, où se rejoignent la négritude, les Antilles et l’Afrique, son histoire et la fraternité des communautés noires du monde entier.

Une poésie née de son action. Revenu à Fort-de-France avec sa femme Suzanne en 1939, il fonde, avec René Ménil, Georges Gratiant et Aristide Maugée, la revue Tropiques, puis, en 1947, avec Alioune Diop, la revue Présence africaine, qui seront deux formidables outils éditoriaux pour leurs revendications et la diffusion des littératures noires.Cette revue deviendra ensuite une maison d'édition qui publiera plus tard, entre autres, les travaux de l'égyptologue Cheikh Anta Diop, et les romans et nouvelles de Joseph Zobel.
Soutenu par André Breton, qui le surnomme « le nègre fondamental », rencontré pendant la guerre en Martinique et bientôt préfacier du Cahier et des Armes miraculeuses, Aimé Césaire est très influencé par le surréalisme, où il puise, autant que dans sa colère anticolonialiste, une langue rebelle. Car Aimé est avant tout un poète.

Si tout est poésie chez Césaire, tout est aussi par la force des choses politique. Il entre en « carrière » presque par hasard à son retour de France, après un séjour en Haïti, au sortir de la guerre qui avait vu le blocus de la Martinique par les États-Unis, très méfiants à l’égard du régime de Vichy, le régime répressif et raciste instauré par le vichyste Robert et l’éviction des conseils locaux des élus de couleur, remplacés par des descendants de colons békés.

En 1950, c'est dans la revue Présence Africaine que sera publié pour la première fois le Discours sur le colonialisme, charge virulente et analyse implacable de l'idéologie colonialiste européenne, où Césaire compare avec audace au nazisme auquel l'Europe vient d'échapper. Les grands penseurs et hommes politiques français sont convoqués dans ce texte par l'auteur qui met à nue les origines du racisme et du colonialisme européen.

Peu enclin au compromis, révolté par la position du Parti Communiste Français face à l'invasion soviétique de la Hongrie en 1956, Aimé Césaire publie une «Lettre à Maurice Thorez» pour expliquer les raisons de son départ du Parti. En mars 1958, il crée le Parti Progressiste Martiniquais (PPM), qui a pour ambition d’instaurer «un type de communisme martiniquais plus résolu et plus responsable dans la pensée et dans l'action». Le mot d'ordre d'autonomie de la Martinique est situé au cœur du discours du PPM.

Parallèlement à une activité politique continue (il conservera son mandat de député pendant 48 ans, et sera maire de Fort-de-France pendant 56 ans), Aimé Césaire continue son œuvre littéraire et publie plusieurs recueils de poésie, toujours marqués au coin du surréalisme (Soleil Cou Coupé en 1948, Corps perdu en 1950, Ferrements en 1960). À partir de 1956, il s'oriente vers le théâtre. Avec Et les Chiens se taisaient, texte fort, réputé impossible à mettre en scène, il explore les drames de la lutte de décolonisation autour du personnage du Rebelle, esclave qui tue son maître puis tombe victime de la trahison. La Tragédie du Roi Christophe (1963), qui connaît un grand succès dans les capitales européennes, est l'occasion pour lui de revenir à l'expérience haïtienne, en mettant en scène les contradiction et les impasses auxquels sont confrontés les pays décolonisés et leurs dirigeants. Une saison au Congo (1966) met en scène la tragédie de Patrice Lumumba, père de l'indépendance du Congo Belge. Une tempête (1969), inspiré de Shakespeare, explore les catégories de l'identité raciale et les schémas de l'aliénation coloniale.

Jusqu’à la fin, lisant les quotidiens ou les grands textes, Césaire aura conservé cette énergie d’insurrection qui a nourri tous ses actes, tenant verbe haut, riant de bon cœur. En 2005, il avait refusé de recevoir le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy en réaction contre la loi du 23 février reconnaissant « le rôle positif de la présence française outre-mer ».

En septembre dernier, une citation du poète était ajoutée à la définition du mot « colonisation » dans le Petit Robert, tirée de son Discours sur le colonialisme : « colonisation = chosification ».

Je n’irai pas au Salon de Paris pour ma propre colère.… Par Mohamed Benchicou

Posté le 15.03.2008 par abdoumenfloyd
Qu’il est pénible d’être forcé au partage du choix hypocrite des tyrans arabes ! Invité au Salon du livre de Paris où je dois signer mon dernier livre, j’ai décidé de ne pas m’y rendre, mais pour ma propre colère et, de grâce, elle n'a rien à voir avec l'immense escobarderie des dirigeants arabes et de ces organisations d’éditeurs satellisées que je vois même s’éprendre d’une affection soudaine pour le poète israélien Aaron Shabtaï ! Ah, mais si Aaron Shabtai était tunisien ? Il subirait le sort de Toufik Ben Brik, exilé dans son propre pays ou, pire celui de Mohamed Abbou, deux ans au pénitencier du Kef, les agrafes sur la bouche, pour avoir dénoncé le régime de Ben Ali. Et si Aaron Shabtai était syrien ? Il serait, comme Michel Kilo, dans une sombre prison damascène pour avoir rêvé de la paix au Liban. Et s’il était libyen, séoudien ou soudanais ? Aaron Shabtai serait embastillé dans le désert comme tous les proscrits de ces dictatures arabes où le délit de dire est réservé aux âmes pécheresses et celui de se taire aux commis du régime. Mais le poète est israélien, ce qui l’autorise à écrire librement ceci à propos de son pays, Israël :

Le signe de Caïn n’apparaîtra pas

Sur le soldat qui tire

Sur la tête d’un enfant

Depuis une colline au dessus de l’enceinte

Autour du camp de réfugiés

Le poète est israélien, ce qui l’autorise à écrire ceci, toujours à propos de son pays, Israël et du choix du Salon international du livre de Paris, qui s’est ouvert hier, d’en faire l’invité d’honneur à l’occasion de ses 60 ans : « Je ne pense pas qu’un Etat qui maintient une occupation, en commettant quotidiennement des crimes contre des civils, mérite d’être invité à quelque semaine culturelle que ce soit. Ceci est anti-culturel ; c’est un acte barbare travesti de culture de façon cynique. Et je ne veux pas, moi, y participer. » Depuis, le poète israélien a gagné la soudaine et encombrante sympathie des dictatures arabes qui boycottent le Salon de Paris et celle de l’obligeante communauté d’éditeurs qui leur est asservie. « Regardez, même Shabtaï… » Ah mais ce choix est celui d’un esprit libre ! Que n’avez-vous, Majestés, encouragé la floraison d’autres Shabtaï chez vous puisque l’israélien vous épate tant ? Et puisque vous n’avez pas vocation à cultiver des Shabtaï, au moins, ne trucidez pas ceux qui aspirent à le devenir ! Quel régime arabe, parmi ceux qui applaudissent aujourd’hui le choix du poète, aurait toléré qu’on le compare aux incendiaires de Guernica ?

C’est dire à quel point il est pénible d’être forcé de partager le choix fourbe de nos autocraties arabes et de leurs offices qui se réclament, pour les besoins de la propagande, de valeurs qu’elles sont les premières à combattre ou à mépriser.

Je n’irai pas au Salon de Paris pour ma propre colère. Et je n’aime que les colères nues. Je trouve celle du syndicat algérien des éditeurs de livres, un brin captieuse, quelque peu orientée et en tout cas, assez inhabituelle pour prêter à méfiance. Justifier le boycott par le refus de cautionner « la dérive idéologique » du Salon de Paris c’est bien, mais que ne l’a-t-on fait lors de « la dérive » du Salon d’Alger quand se pratiquait, il y a six mois à peine, l’autodafé d’un livre algérien ? Et que ne s’était exprimée cette aptitude à l’indignation quand la « dérive » frappait l’écrivain tunisien Toufik Ben Brik, renvoyé d’Alger, le mois dernier, à la demande du président Ben Ali ? Et puis, cette indignation est suspecte par le fait même qu’elle se laisse tracter par une hypocrite surenchère verbale des régimes arabes à propos d’Israël. Hypocrite parce qu’elle nie un fait incontestable, l’existence d’Israel et sa reconnaissance par la Palestine, hypocrite parce qu’elle masque un mouvement diplomatique souterrain arabe qui se dirige vers la normalisation avec Tel-Aviv et dont l’Algérie est une des actrices principales.

Aussi je n’emprunterai pas ma colère aux cercles de l’imposture arabe mais plutôt à celles de confrères israéliens, ceux du quotidien Haaretz, que je trouve plus authentique, Haaretz qui appelle au boycott du Salon de Paris parce qu’il juge indécent que «des écrivains israéliens viennent à Paris recevoir des honneurs pendant que des mères palestiniennes restent coincées dans le froid aux check-points». Haaretz dont les journalistes venaient d’être acculés à cette terrible observation : l’armée israélienne a tué en deux jours plus de Palestiniens que les roquettes du Hamas n'avaient tué d'Israéliens pendant des mois et des mois !

Oui, on ne saurait prendre part à un Salon qui glorifie un Etat au moment même où il extermine des enfants ! C’est tout.

Quel écrivain peut supporter d’avoir accompagné un jour, une heure, par son silence, le sanglot d’un orphelin ? Cela me paraît une idée si insoutenable que je m’étonne que des écrivains irréprochables ait cru judicieux de défendre le diable et les incendiaires de Guernica. J’aurais aimé n’avoir jamais lu Marek Halter comparant, dans Le Monde, le boycott à un autodafé, ni notre irremplaçable Boualem Sansal plaidant pour l’indifférence dans Le Figaro.

Dommage pour Paris ? Mais Paris a toujours été le mémorial des contrats insensés avec l’avenir, même quand nous avions l’âge du gamin de Gaza et que les avions de Bigeard bombardaient nos hameaux décharnés. Nous ne savions pas que notre délivrance allait venir aussi de plumes opiniâtres qui, à Saint-Germain, sous le nom de Simone de Beauvoir défendant Djamila Boupacha ou aux Buttes-Chaumont, dans les bibliothèques de Maspero et des « 121 » dénonçant Massu, sur les pupitres de Montmartre, ceux des Lettres Nouvelles de Maurice Nadeau et des Editions de Minuit de Jérôme Lindon, ont choisi de nous faire un signe de la main qui isolait le bourreau.On était gamins, et on ne savait pas.Mais depuis, on l’a su.

Mohamed Benchicou

Yasmina Khadra : « Le discours de Shimon Peres est inacceptable et je ne m’inclinerai jamais »

Posté le 15.03.2008 par abdoumenfloyd

Dans un entretien à El Khabar, le directeur du Centre culturel algérien à Paris, l’écrivain Yasmina Khadra évoque les raisons qui l’ont poussé à boycotter le salon du livre de Paris.

El Khabar : Confirmez-vous le boycott du salon du livre de Paris ?

Mohamed Moulessehoul : Effectivement, j’ai pris la décision de boycotter le salon du livre de Paris, et cela reste une décision personnelle qui n’a rien à voir avec la vague de boycotts de tous les écrivains arabes et algériens.

El Khabar : Quelles sont les raisons de ce boycott alors ?

Mohamed Moulessehoul :Je ne veux pas participer à ce salon car ma conscience ne me le permet pas, et je crois que le discours prononcé par le président israélien a renforcer ma décision, car il a qualifié les boycotteurs d’ignorants et d’autres termes qui ne l’honorent pas. Par ailleurs, je ne peux pas participer à un salon destiné, en réalité, à défendre une cause politique, et qui demeure très éloigné du domaine culturel pour lequel il a été créé à l’origine.

El Khabar :Devons-nous comprendre, de vos propos, que vous soutenez tous ceux qui ont boycotté ce salon ?

Mohamed Moulessehoul :Je ne les soutiens pas car je ne les connais pas. Chacun est responsable de ses décisions, car il est motivé par ses propres raisons. J’ai appris, dans ma vie, à sauvegarder mon honneur, car même si mon parcours littéraire allait prendre une autre trajectoire à Paris, j’ai préféré autre chose. Je ne veux pas m’incliner, je crois à la paix, et cela n’est pas le chemin de la paix, à mon avis.

El Khabar :Ne craignez-vous pas un acharnement des médias français à votre encontre, ce qui pourrait avoir une incidence sur votre parcours littéraire ici en France ?

Mohamed Moulessehoul : Non mon frère, je suis ici en France depuis un certain temps, et je ne cèderai jamais aux pressions. Je n’ai peur de personne, et je n’ai aucune raison d’avoir peur. Il est sûr que je ne retournerai pas en arrière.

Source: El Khabar

Sansal et le péché d’indifférence

Posté le 13.03.2008 par abdoumenfloyd

Qui distribue les cartes, je vous le demande, pour que tout s’enchaîne et s’embrouille ou s’enchaîne dans l’embrouille entre un livre entièrement dédié au péché d’indifférence à la Shoah écrit par Boualem Sansal et proclamé livre phare d’un Salon du livre de Paris qui invite Israël, non comme pays mais comme Etat, pour célébrer sa naissance en sa soixantième année et glisse ainsi de la traditionnelle invitation d’un pays à la célébration de la naissance d’un Etat ? La difficulté n’est pas mince, vous le saviez, car, si la dénomination de pays pour la totalité des territoires de la planète ne pose pas problème, on ne parle jamais du pays Israël, mais de l’Etat d’Israël, disjoignant ainsi dans la forme cet Etat sans frontières du territoire qui le porte ou le supporte : la Palestine.

Un Etat et le pays

Et sa création toute récente n’explique pas cette difficulté culturelle, puisque nous sommes en pleine manifestation du livre, à inventer une histoire suffisante à Israël pour résoudre cette équation que, si l’Etat s’appelle Israël le pays s’appelle Palestine. Le nom de la Chine, de l’Inde, du Sénégal, du Maroc ou de tout autre pays du monde, même né de la décolonisation la plus récente, renvoie à une occupation des sols, à des populations, à des arts et une culture ancestraux, à des proto nations quand elles ne sont pas des nations achevées. Les organisateurs de ce salon ont encore compliqué l’opération ou tout fait pour la compliquer en voulant à la fois inviter Israël (à la place de l’Egypte qui était initialement prévue) et célébrer son anniversaire. Outre que l’anniversaire est une affaire de famille qui aurait fait de tous les autres participants des invités à une fête intime franco-israélienne ou franco-française au point où en est Sarkosy des signaux désordonnés qu’il émet sur cet Etat et sur la Shoah, ils ont politisé ce salon, car –diable !– pourquoi l’anniversaire, pourquoi la fête pour le cadet de la famille, sinon sanctifier l’idéologie qui l’a fondé, le sionisme, et accepter comme normale l’occupation des terres, une colonisation directe, la dernière dans l’histoire de l’humanité ?
C’est probablement ce pas de trop, ce glissement de l’invitation d’un Etat à la célébration de sa naissance et donc des idées qui le fondent qui ont donné ce caractère politique, cette impossibilité de ne pas y voir une consécration idéologique, à cette édition du Salon qui a accueilli, par ailleurs, bien des Etats posant problème, du point de vue européen et particulièrement français si offensif sur les droits de l’Homme et les valeurs démocratiques au point d’en faire une nouvelle idéologie de l’ingérence néo-coloniale à qui l’humanitaire sert d’oripeau de substitution aux anciennes, mais aujourd’hui invendables, missions civilisatrices d’un colonialisme de la canonnière. Il ne restait plus que d’inscrire sur le fronton du lieu ce poème de Primo Levi qui culpabilise l’humanité entière pour les malheurs sans nombre et les drames sans nom vécus par les Juifs du fait du nazisme et que Boualem Sansal reprend, en son point de bascule et centre de gravité, dans son dernier roman, promu avant l’heure au destin de procès sans appel de l’indifférence à la Shoah. Car ce Salon ne nous concerne pas seulement pour ce que ses organisateurs ont voulu en faire mais aussi parce que nous sommes les coupables annoncés par le réquisitoire légitimant cette naissance d’Israël. Et ce roman, que la censure bête et méchante va soustraire à la lecture des Algériens décrétés sous tutelle morale et mentale et incapables de se faire une idée par eux-mêmes, est l’acte le plus abouti de la mauvaise foi de la concurrence victimaire, de la compétition entre les souffrances et elles sont nombreuses, du génocide des Amérindiens aux massacres coloniaux en passant par deux siècles de traite des Noirs.

Réquisitoire contre l’Algérie

Le hors texte de ce roman nous avait déjà intrigués. Tant d’entretiens avec la presse parisienne pour donner à ce livre, le Village de l’Allemand, un point de départ «réaliste», un ancrage dans une historicité, un reflet d’une réalité cachée au plus profond du pays Algérie. Ce village de l’Allemand que serait Aïn D’heb, un cul-de-sac dans la région de Sétif. Cet Allemand ne serait pas tout à fait inventé.
Le village existe, la dénomination existe. Il se trouve que ce village a bien été construit par Henri Dunant, un Suisse qui y a installé des moulins et ramené de son pays quelques colons pour travailler la terre donnée en concession à une banque suisse. Henri Dunant sera plus tard le fondateur de la Croix-Rouge. Pour la presse parisienne, rien d’étrange que par l’injustice d’une légèreté historique, le fondateur de la Croix-Rouge serve de point de départ à une histoire de nazis mais le ton était donné : tout n’est pas que fiction dans ce roman et en son déroulement, ce passage étrange dans lequel Sansal fait dire à un nazillon, fils d’un nazi pur et dur, comment la Croix-Rouge a aidé à exfiltrer des SS et des criminels de guerre après la défaite de l’hitlérisme. Toujours dans le hors-texte, une fois «établie» la «vraisemblance» historique, le roman devient la pièce à conviction du réquisitoire dressé contre l’Algérie pour indifférence à la Shoah, pour le crime de ne pas l’enseigner dans les écoles (il n’y a aucun lien avec l’idée de Sarkosy d’en faire une matière d’enseignement pour les élèves du cours moyen en France ?), pour son interdiction dans l’espace médiatique. La charge est violente et peu importe que N. Abba, poète et seul journaliste algérien à avoir assisté au procès de Nuremberg, ait consacré à la Shoah une série documentaire à l’ENTV.
Nous ne sommes pas dans la vérité historique, n’est-ce pas, puisqu’il s’agit d’un roman et que l’auteur a droit à une liberté absolue de création ? Oui, à charge pour lui de ne pas essayer de faire passer sa fiction pour un récit historique. Et dans le texte, maintenant, par cette obsession de donner à son écrit les apparences d’une réalité, il entre carrément dans l’imposture.
Reprenons : dans ce village de l’Allemand vivait un ancien nazi recruté par l’ALN pour former les maquisards (ils seront passés par de bonnes mains) et qui, après l’indépendance, s’installera dans ce village de Aïn D’heb, rebaptisé Aïn Deb, honoré et vénéré par les habitants jusqu’au jour de sa mort dans un massacre collectif perpétré par les GIA. Il avait deux fils qu’il a envoyés, enfants, en France chez un compagnon de la guerre de libération qui avait préféré l’air de l’ancienne puissance coloniale –tout un symbole !- Le premier est un cador, marié, mondialisé dans son boulot, possédant pavillon, et le second un jeune tout ordinaire d’une grande cité de banlieue maniant ce français coloré des émigrés.
Rien n’est plus urgent pour l’aîné que de revoir le lieu où il est né et où est mort ce père qu’il n’a jamais connu. Il trouve dans une malle des documents –papiers officiels, lettres, photos, décorations militaires, etc.– qui prouvent son passé d’officier nazi. Fort bien. Il pouvait en rester à ce niveau de fiction, non, il quitte ce terrain pour nous extraire de ces documents une décision signée par Houari Boumediene –rien que ça, Boumediene, en personne- le nommant instructeur militaire, et, comme si cela ne suffisait pas, son aîné trouve une photo le montrant aux côtés du colonel. Il devait être bien naïf le colonel de confier ses hommes à un ancien nazi ou alors bien consentant. Le coup est direct.
En même temps qu’il donne l’impression de la vérité historique au lecteur, il donne à la présence de ce nazi la consistance de la connivence idéologique. Au moins ! Bien sûr, le statut revendiqué ou octroyé d’écrivain et de créateur devait soustraire Sansal aux petites vicissitudes des historiens de prouver leurs assertions. Le stratagème est connu : le créateur en l’occurrence ne traite pas de l’histoire mais des thèses qui lui donnent sens. Il fait alors traiter de ces thèses mais quelle horreur, de discuter à un artiste sa liberté de penser et de créer. On tombe immédiatement dans la controverse idéologique, la lutte des partis pris, les anathèmes. Il nous fait admettre une fois pour toutes le «relativisme» historique, l’inessentiel de la vérité factuelle, le droit de renvoyer dos à dos les acteurs historiques.
Sauf pour la Shoah, bien sûr. Elle est le Crime, le Mal, l’Absolu de l’Horreur. Et une fois installée l’illusion de vérité, le livre va s’y employer. En fait, il va s’employer à deux thèses d’inégale importance. La première jette l’opprobre sur notre guerre de libération, coupable de sympathies nazies au plus haut niveau de sa direction avec cette intrusion de Boumediene avec, dans le livre, la construction en filigrane qu’elle fera de nous les victimes de nos propres choix dans cette guerre quand le cadet va découvrir la parenté, mieux, l’identité entre l’islamisme qui nous a frappés de terreur et le nazisme qui nous a, sinon inspirés, du moins hanté.

Un livre, une prise de position

Ce nazi inventé efface d’un trait de fiction les Juifs de l’intérieur innombrables qui ont participé à notre guerre de libération et les Juifs encore plus innombrables qui, de l’extérieur, l’ont soutenue, aidée, financée et parfois au plus haut point de la générosité , comme l’a fait Henri Curiel.
La deuxième thèse, et elle est la plus importante, se construit dans la recherche de la vérité sur son père par l’aîné. Enfin, c’est ce que dit l’aîné dans son journal intime, mais, à la lecture on suit plutôt un homme à la recherche d’une culpabilité à la mesure du désastre nazi.
De page en page, l’aîné s’enfonce dans la mesure de la tuerie. Elle devient l’absolu comme devient absolue sa propre culpabilité d’être le fils de son père qui se transforme petit à petit en culpabilité tout court dans la relation avec le père, une culpabilité qui est la sienne de ne pas avoir mesuré l’ampleur du fait puis la culpabilité de toute l’humanité, non seulement de ne pas avoir vu les choses venir, de n’avoir pas arrêté le bras des nazis, non seulement d’avoir pu avoir maison, enfants et bonheur mais de ne pas vivre dans l’expiation permanente. L’aîné se suicide, laissant à son cadet son journal intime, les documents récupérés et quelque chose d’infiniment précieux aux yeux de l’auteur, la transmission d’une vérité sur ce qui transcende toute douleur, tout malheur, toute souffrance : la Shoah.
Le suicide est l’expiation non pour les crimes du père mais pour son propre crime d’ignorance, pour sa propre force exercée à se faire une vie, un métier, une femme, une maison, un bonheur ordinaire de réussite professionnelle et sociale auquel ne parvient pas son cadet trop pris dans sa condition d’origine, trop englué dans ses démêlés avec le béton des cités, l’arc-en-ciel des langues et des couleurs. Mais s’il est incontestablement un écrivain qui sait écrire et construire un roman, Sansal ne transmet aucune émotion : les sentiments de l’aîné sont trop construits, son texte est trop hanté par la thèse qu’il nous met constamment sous le nez avec une insistance trop lourde.
Dans ce livre, il déploie une technique vide et seuls échappent à cet intellectualisme de la faute quelques passages sur la vie en banlieue; là, sa prise de position s’efface car inutile. Le suicide de l’aîné sonne ou résonne comme un devoir de pénitence pour nous : l’idéal serait que nous vivions en nous lamentant et en nous frappant la poitrine d’avoir osé survivre à la faute de la Shoah. Le réalisme moins lourd à supporter est que nous l’enseignions à nos enfants avant même leur langue et vivions dans le repentir permanent. La boucle est bouclée.
Ce roman nous livre, sans jeu de mots, les soubassements idéologiques et politiques de célébration de la naissance d’Israël, un Etat pas un pays : l’obligation de culpabilité pour des crimes que nous n’avons pas commis et qui sont considérés en tant que Crime avec un C majuscule. Et nous sommes nous Algériens au premier rang de ses négateurs non par le hasard de l’oubli, de l’insouciance ou du souvenir de nos propres morts, de notre propre condition de colonisés au moment des faits, mais par adhésion passive ou inconsciente au nazisme, coupables parmi les coupables.
En boycottant ce salon, les maisons d’édition et des hommes de lettres ont refusé ces équations éculées. A partir d’aujourd’hui, elles ouvrent un Salon à Alger, dans les espaces de la Bibliothèque nationale. Elles l’ont placé sous le signe d’un vieux, d’un très vieux pays, la Palestine, et l’ont soustrait à la concurrence victimaire. Les enfants palestiniens brûlés par les bombes ne sont pas moins humains que les enfants juifs déportés, et Ghaza n’est pas une moindre horreur que le ghetto de Varsovie, Deïr Yassine ou Kfar Kassem ne sont pas une moindre horreur qu’un camp d’extermination. Il fallait le dire.

Par Mohamed Bouhamidi, in La Tribune du 13 mars 2008

Poème pour toutes les femmes de ma terre…par : MOHAMED BENCHICOU

Posté le 08.03.2008 par abdoumenfloyd
Que ne m'as-tu, mère, faite capucine
Que j'étouffe dans ma soutane
Mes vingt années de grâce bédouine
Et vos vingt siècles d'irrévérence ?

Tu ne m'avais rien dit de ce vertige mutin,
Secrète volupté des anciennes guerrières,
Péché furtif des amantes de Grenade,
Qui vous envoûte femmes de ma terre
Depuis les premières coupes berbères
Et qui me prit, mère, au premier lait de ton sein...

Femme de ma terre,
Je ne me pardonne aucune joie
Que celle, sereine et inassouvie
De t’aimer
Et j’ai vu Dieu oser un péché :
Profaner la laideur du monde
Par ta beauté

J'ai perdu, fils, l'heure où se féconda notre honneur,
Comment te dire le ventre qui enfanta nos rêves ?
Prête-moi un peu de ta mémoire
Que je rallume quelques étoiles :
Djamila, Louisette, rappelle-toi...
Et que j'éclaire, tatouée sur ma chair amnésique
La balafre de la Casbah :
Hassiba, tremble ma peau !
Et d'une lune sur nos montagnes,
Tu entendras avec moi, au nom d'Ourida,
Se lever encore quelques fleurs sauvages...

Et surtout, fils, prend un peu de ma mémoire
Que je cesse de faire pleurer le ciel
A l'idée que nos enfants nous libèrent,
Et que j'oublie un peu leur nom :
Katia, Amal, Nour-El-Houda...
Vierges immolées
Pour éclairer leurs frères

Dans la nuit des hommes au sabre vert...
Katia, Amal, Nour-El-Houda...
Alger, ta race incessante de félines égorgées...
Combien nous faudrait-il d'offrandes
Et de mères démoniaques
Pour te délivrer de tes cerbères
Et te rendre à tes amants ?

Femme de ma terre,
Tu es ma part de ma terre,
Le sucre qui manque à mes fruits
Le sel du pain de ma mère
La qsida de mes longues nuits.
Miroir de mes joies anciennes.

Elles nous regardent,
Souviens-toi,
Elles nous regardent, le sais-tu ?
Là, de ce sol assoiffé,
Ce sont elles,
Chaque fois qu’un bégonia, à l’improviste
Viens décorer ma sereine baie d’Alger
A chaque verte fleur sous-marine
Qui se pose sur le corail orangé d’El Kala
Ce sont elles,
A chaque rose insolente qui se forme sur le sable
Pour divertir le Hoggar de sa solitude
Ou qu’un gai hortensia étourdi
S’égare sur les pistes rocailleuses d’Ain-Sefra...
Ce sont elles !
Les sirènes de ma terre,
Fauves indomptables,
Ce sont elles qui nous embrassent
Par ces tendres baisers déposés sur leur terre
Pour nous rappeler que de ce sol martyrisé
Au plus fort moment du désespoir
Quand la mort et l’avenir ne faisaient plus qu’un
Il a toujours surgi des plantes rebelles
Dont elles furent des espèces immortelles
Et qui firent refleurir la liberté.

Femme de ma terre,
Je ne me pardonne aucune joie
Que celle, sereine et inassouvie
De t’aimer
Et j’ai vu Dieu oser un péché :
Profaner la laideur du monde
Par ta beauté
J'ai perdu, fils, l'heure où se féconda notre honneur,

Comment te dire le ventre qui enfanta nos rêves ?

Cinq rue des Abderames :
Notre orgueil porte une adresse.
Un laurier pour trois cadavres...
Cinq rue des Abderames.
C'est l'heure de la lune et du muletier,
Ta tête blonde contre deux chars
Tes vingt ans et la haine de Bigeard :
Néfissa arrête la fontaine,
La poseuse de bombe va mourir...
Cinq rue des Abderames...
Derrière cette porte, fils
A l'odeur d'un églantier,
Tu chercheras l'offrande de Hassiba
Entre les seins désespérés de la Casbah.

Je n'irai plus dans ta nouvelle rue
Qu'ai-je à dire à cette foule orpheline
Vêtue de tes serments,
Et de la prophétie des Aurès,
Que j'ai vu implorer le néant,
Autour d'un soldat inconnu,
De la sauver de l'infini ?
Ne pourrais-tu, un jour
Allumer un réverbère sur nos doutes
Qu'on donne un âge à nos fiertés,
Un visage à nos illusions
Et un nom à nos mères ?

Femme de ma terre,
Tu es ma part de ma terre,
Le sucre qui manque à mes fruits
Le sel du pain de ma mère
La qsida de mes longues nuits.
Miroir de mes joies anciennes.

Femme de ma terre,
Ta peau léchée par nos vents...
Vents des oliviers de Sig
Salés par les vagues d’Oran ;
Vents Kabyles au goût de figues,
Chargés de colères félines
Qui font rougir les printemps ;
Ou vents du sud, amants des bédouines,
Qui soulèvent le sable et le temps...
Tous nos zéphyrs sont en toi
Même celui de Annaba
Tamisant ta peau de soie...
Et je leur ouvre grande ma porte
Quand je caresse ta joue ronde
Et je m’abandonne feuille morte
Pour qu'en eux je vagabonde
Au son du luth et d'une gasba...

Comment te dire le ventre qui enfanta nos rêves ?

Les murs d'El-Harrach m'ont parlé de toi, Lila...
Il y résonne encore tes dix-huit ans
Quelques soupirs de Sarrouy
Et tout le cauchemar du Paradou.
A quel instant de solitude as-tu gravé,
Sur mes parois de quarantaine,
La fille de Barberousse, l'inconnue des Baumettes,
Et la rescapée de Chebli ?
Mes murs te racontent, Lila :
« Violée, l'âme écrasée »
Ils disent que tu n'as pas parlé.
Mes murs te décrivent, Lila :
« Allongée nue, toujours nue...
Et les brutes qui passaient... »
Mes murs te délivrent, Lila
« Et le corps gavé de douleurs
S'était mis à flotter au dessus des tortionnaires... »

Aurons-nous assez de larmes pour laver ce souvenir
Des balafres du fer et du chalumeau ?
Ce corps est lourd, Ourida
Et tu l'as jeté du haut d'un trop fol espoir,
A l'appel d'une ode sacrée
Et de notre fable inachevée...
Ce corps est lourd, Ourida
Il est retombé sur nos veuleries,
Gravé là, sur le ciment gris de Sarrouy,
Et le soir ils ont fait un serment
Aux mères et aux cieux :
« D'un caftan d'or et d'étincelles
D'un séroual de feu
Et de la plus belle pelisse de Dieu
Nous vêtirons ce corps outragé... »
Et l'édile avait ajouté :
« Témoignez, témoignez, témoignez ! »

Ton siècle est mort, Ourida
Et le prochain s'est oublié.
Mais que nous reste-t-il de colère
Pour blâmer le poète ?

Femme de ma terre,
Je ne me pardonne aucune joie
Que celle, sereine et inassouvie
De t’aimer
Et j’ai vu Dieu oser un péché :
Profaner la laideur du monde
Par ta beauté

Comment te dire, fils, le ventre qui enfanta nos rêves ?

J'ai retrouvé une voix de toi
Sous quarante années de silence
Et je l'ai reconnue à sa crinière
Entre mille voix anonymes...

Tu ne l'as pas vue sortir, je le sais
Mais sur Alger il pleuvait ce jour-là...
C'était toi, qui d'autre ?
Tes seins brûlés à la cigarette
Les côtes brisées par la haine
Vierge éternelle, notre pucelle sans armure
Captive d'un rire gras du para violeur...
C'était toi, qui d'autre ?
Tu as hurlé à la nouvelle
Qu'il survivait dans Alger ces cavernes d'El-Biar
Où se broient toujours les vies des jouvencelles.
C'était toi, qui d'autre ?
Cette voix qui fit perler de sang noir
Le fusain de Picasso
La plume de l'avocate
Et les yeux indignés de Simone de Beauvoir.
C'était toi, qui d'autre ?
Ce cri, comment te dire,
C'était le seing d'une audace algérienne :
« Boupacha... Boupacha...»

A un soprano napolitain,
Sous quarante années de silence,
Au milieu du doute et de la nuit,
Sur un chemin de figues blessées,
Juin d'un printemps noir,
J'ai volé cette voix de toi
Qui chantait ta chanson :
La vie et l'amour ...
Canti di Vita e d'Amore...

Mais qu'as-tu vraiment chanté d'autre, Djamila
Même quand le téton pliait sous le feu
Et que le corps saignait pour ton peuple,
Qu'as-tu chanté d'autre
Qu'un rêve de la galette noire,
Qu'une prophétie insensée

Qu'une soif de sève pour les épis brisés,
Qu'une clameur d'un nouveau siècle,
Qu'un nouveau poème pour Alger ?

Femme de ma terre,
Tu es ma part de ma terre,
Le sucre qui manque à mes fruits
Le sel du pain de ma mère
La qsida de mes longues nuits.
Miroir de mes joies anciennes
La soupe a refroidi, Katia
Et notre porte se dénude de ton odeur...
Ne pourrais-tu, Houda, écourter la nuit sur la plaine ?
Le soleil ne se lève plus sans ton ombre.
Sur Haouch Boudoumi guette avec moi les hirondelles
Houria, à l'une d'elle tu reconnaîtras une mèche d'Amel.

Je suis fatigué, fils,
De ma prison et de toutes les prières qu'on m'a confiées
Mais sache, avant de t'en aller,
Si tu redoutes le chemin noir,
Que désormais nous savons tout du chandelier.
D'une flammèche nue et têtue,
Les sirènes de ma terre,
Violées, torturées puis égorgées,
En soixante années de calvaires,
Les sirènes de notre terre
Ont éclairé nos odyssées,
Allumé un bout d'orgueil
Et donné un nom à nos mères…

M.B.

Le 8 mars 2008

Le poète israëlien Aaron Shabtai dit NON au salon du livre de Paris

Posté le 07.03.2008 par abdoumenfloyd
Aaron Shabtaï, un des plus grands poètes israéliens contemporains et le plus apprécié des traducteurs de drames grecs en hébreu explique dans cet entretien pourquoi il n'ira pas au salon du livre de Paris dédié au 60 ans de la fondation de l'Etat d'Israël, son pays.

Silvia Cattori : En décembre 2007, ayant appris que votre nom figurait parmi les noms de quarante écrivains israéliens invités au Salon du Livre de Paris, dont Israël sera le « pays hôte d’honneur », vous avez affirmé qu’il est impossible de participer à un « événement culturel où Israël, qui commet des crimes contre des civils quotidiennement », est, lui aussi, invité. Apparemment, trente-neuf écrivains israéliens ne considèrent pas leur participation comme problématique ?

Aharon Shabtai : Ce salon sera inauguré par le président français, Nicolas Sarkozy, ainsi que par le président israélien, Shimon Peres. Dans ces conditions, aller au Salon du Livre de Paris en tant qu’écrivain, figurant dans la délégation officielle israélienne, cela signifie que vous vous drapez dans les couleurs du drapeau israélien. Tous les jours, Israël perpètre des crimes de guerre, et inflige des punitions collectives aux Palestiniens. Il n’y a aucune raison de célébrer quoi que ce soit. Israël viole toutes les lois internationales. Pas seulement la Convention de Genève. La Cour Internationale de Justice de La Haye a condamné la muraille illégale qu’Israël a érigée sur le territoire palestinien confisqué.

Ce salon du livre, ainsi d’ailleurs que toute autre sorte de manifestation où l’État d’Israël est invité, n’est pas un moyen de promouvoir la paix au Moyen-Orient, ni un moyen d’apporter la justice aux Palestiniens. Il s’agit uniquement de propagande, visant à donner à Israël une image de pays libéral et démocratique.
Un État qui perpétue une occupation militaire et commet, quotidiennement, des crimes à l’encontre de civils, ne mérite pas d’être invité à une manifestation culturelle quelle qu’en soit la nature. Nous ne saurions accepter d’être considéré comme faisant partie de cet Israël là, qui n’est pas un pays démocratique, mais bien un pays d’apartheid. Nous ne saurions soutenir cet État, en quoi que ce soit.

Silvia Cattori : Donc, en invitant l’État d’Israël à célébrer ses soixante années d’existence, la France et les organisateurs de ce Salon sont en train, à votre avis, de faire une énorme erreur ?

Aharon Shabtai : Cela n’est pas une erreur ! C’est une politique ! Je pense que, pour M. Sarkozy, c’est une façon de participer à l’occupation israélienne [3]. Il y a une collaboration entre les gouvernements européens et Israël. L’invitation d’Israël en fait partie. Sans l’aide des États-Unis, et désormais, sans l’aide de la France, Israël ne pourrait pas poursuivre une telle politique à l’encontre des Palestiniens. Cette aide donne à Israël le feu vert pour attaquer et tuer des Palestiniens, en particulier à Gaza. Il est très regrettable de constater que la France, l’Allemagne et les autres pays européens – qui ont un passé de persécution à l’encontre des juifs – participent, aujourd’hui, à la persécution, par Israël, des Palestiniens et des peuples arabes et musulmans.

Silvia Cattori : Que répondez-vous à ceux qui disent qu’il faut ne faut pas mélanger la culture et la politique ?

Aharon Shabtai : Pourquoi les séparer ? Dans la tradition européenne, comme chez les Grecs, des écrivains, tels Voltaire, Rousseau et Thomas Mann, ont toujours lutté contre l’oppression et pour la liberté. Les intellectuels et les écrivains progressistes se sont de tout temps engagés dans la critique politique.

Silvia Cattori : Donc, vous condamnez ceux qui s’apprêtent à participer à ce Salon, comme Amoz Oz, Avraham B. Yehoshua, Aharon Appelfeld, David Grossman, Zeruya Shalev, Etgar Keret, Orly Castel-Bloom, et autres ?

Aharon Shabtai : Oui ! Bien entendu ! Je les condamne, car, en agissant comme ils le font, ils contribuent à la propagande israélienne, et ils collaborent avec les occupants israéliens !

Silvia Cattori : Les avez-vous appelés à se joindre à votre action de boycott ?

Aharon Shabtai : Mais des écrivains tels Amoz Oz, David Grossmann et autres, ne veulent absolument pas boycotter Israël ! Je n’attends rien d’eux : ce sont des ambassadeurs d’Israël. Ils sont tout à fait coutumiers de la collaboration avec le gouvernement israélien ; ils font partie de l’appareil de propagande israélien. Aussi, il est tout-à-fait naturel, pour eux, d’aller partout où Israël est officiellement invité. Ils travaillent pour le gouvernement israélien.

Silvia Cattori : Ces écrivains israéliens sont donc bien des « collaborateurs » ?

Aharon Shabtai : Oui, bien sûr. Ces invitations sont, en effet, généralement lancées par un gouvernement qui perpétue le maintien du peuple palestinien sous une occupation militaire. Je pense que tout intellectuel, que tout écrivain, doit refuser de participer à toute réunion durant laquelle un anniversaire d’Israël puisse être célébré. Au lieu d’y aller, ils doivent aider les Palestiniens à recouvrer leurs droits, leurs terres et leur eau.

Il est de notre devoir de combattre les discriminations et les persécutions israéliennes ; d’avoir la même attitude que celles qu’eurent les écrivains, durant la lutte contre le régime d’apartheid sud-africain ; l’attitude qu’eurent des écrivains progressistes radicaux comme Brecht, Aragon, Breton, qui organisèrent, sous le nazisme, un Congrès et s’efforcèrent de lutter autant qu’il était possible contre la discrimination et la persécution dont les juifs étaient les victimes.

Silvia Cattori : Est-il vrai alors que le gouvernement israélien se sert des Israéliens œuvrant dans les domaines des arts et des lettres dans le cadre de son réseau de relations publiques, pour mener sa guerre d’information, comme un moyen visant à afficher un visage avenant d’Israël ?.

Aharaon Shabtai : Oui ; le régime israélien utilise des artistes, ces créateurs, comme des agents de relations publiques ; tout-à-fait à la manière dont les écrivains soviétiques, à l’époque de l’URSS, étaient mobilisés par le régime.

Ainsi, les écrivains israéliens se rendent, aujourd’hui, à Paris, en tant que collaborateurs d’un régime odieux, et comme partie prenante à ce régime. Dans une telle situation, quand de tels crimes sont perpétrés, jour après jour, par Israël à l’encontre des Palestiniens, quiconque ne coupe pas tous liens avec le gouvernement israélien – c’est une donnée objective – collabore avec Israël, et fait œuvre de propagandiste pour cet Etat.

Yasmina Khadra “refuse d'appartenir au système”

Posté le 27.02.2008 par abdoumenfloyd
Nommé récemment à la tête du Centre culturel algérien à Paris, l'écrivain Mohamed Moulessehoul (Yasmina Khadra) a offert une réception aux artistes vivant dans la capitale française. Il y avait les réalisateurs Merzak Allouache et Okacha Touita, la chanteuse Houria Aïchi et tant d'autres. Visiblement agacé par les critiques de ceux qui l'accusent d'avoir été récupéré par le pouvoir politique, il a répondu dans une petite allocution qu'il était libre comme le vent et qu'il n'appartenait à aucun système. Il a présenté le CCA comme un lieu appartenant à tous les Algériens et auquel il veut redonner une âme. Preuve d'une nouvelle ligne, Idir s'y produira bientôt en concert. Ce sera la première fois pour l'auteur de Vava Inouva qui vit en France depuis plus de 30 ans.

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