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abdoumenfloyd
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ALGERIE ;JE T'AIME... “TRAVAILLONS TOUTES ET TOUS ENSEMBLE A L’INSTAURATION DE LA 2e REPUBLIQUE"
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17.01.2008
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CULTURE

NOUVEAU SPECTACLE de FELLAG--«Tous les Algériens sont des mécaniciens»

Posté le 08.09.2008 par abdoumenfloyd

Avec son nouveau spectacle «Tous les Algériens sont des mécaniciens» Fellag repart en tournée

Le one man show de l’humoriste kabyle « Fellag » sera en tournée à partir du mois de septembre prochain et fera une longue pause au Théâtre du Rond-point à Paris du 23 janvier au 15 février.

Le spectacle comme de coutume chez Fellag parle de la société algérienne et de ses tabous. L’histoire tourne autour moteur d’une voiture qui reste d’après l’humoriste le seul endroit du pays où la démocratie s’exerce en toute liberté, égalité, fraternité. Ainsi, On peut être démocrate, apostat, islamiste, évangéliste, athée, hindouiste, blanc, jaune, noir, un idiot international, un imbécile du Djurdjura ou un crétin des Alpes… Face à un carburateur grippé, une batterie à plat, un radiateur qui fuit, la nature humaine oublie ses discordes et renoue avec la solidarité originelle. Mais l’humour aussi est, à sa façon, une mécanique. En ce domaine, Fellag est le maître. Dans ce nouveau opus, il associe la crise de l’eau en Algérie à l’arrivée massive des Chinois dans le pays, la mécanique automobile, l’utilisation systématique de l’humour noir par ses concitoyens pour «graisser» les rouages de l’espoir et de l’équilibre psychologique qui ont trop souvent tendance à se rouiller. L’histoire de Salim qui occupait jadis le poste d’intendant général dans un lycée et sa femme Shéhérazade celui de professeur de français. Faisant partie de la génération des Algériens qui ont été formés en langue française, ils se sont retrouvés tous deux au chômage après que la loi sur l’arabisation de l’enseignement fut décrétée. Ils ont été priés de quitter le logement de fonction qu’ils occupaient à l’intérieur du lycée pour se retrouver avec leurs enfants à charge dans un bidonville à Alger. Ainsi, Dans la rue, il suffit qu’un chauffeur ouvre le capot de sa voiture pour que des dizaines de passants s’agglutinent autour et pointent leur nez dans le moteur pour voir ce qui ne tourne pas rond là-dedans. Ils passent en revue les différents composants du moteur et instaurent un débat riche et contradictoire sur les origines et les raisons de l’incident. Son spectacle tourne autour du moteur d’une voiture qui est le seul endroit du pays où la démocratie s’exerce en toute liberté, égalité, fraternité, dira l’humoriste. Chaque citoyen quelle que soit sa tendance politique ou religieuse est libre d’émettre, sans risque, son avis et le confronter à ceux des autres. La date du premier spectacle est fixée pour le 25 septembre prochain à Sartrouville. L’humoriste se produira également à Paris du 23 janvier au 15 février 2009.

Hacene Merbouti

Le professeur Charles-Robert Ageron n’est plus

Posté le 06.09.2008 par abdoumenfloyd

Rigueur scientifique et engagement anticolonial

Le professeur émérite Charles-Robert Ageron, spécialiste de l’histoire de la colonisation et grand connaisseur de l’Algérie est décédé mercredi dernier (3 septembre) à l’âge de 85 ans. Il est né en 1923 à Lyon. Agrégé d’histoire, il est nommé au lycée Gautier à Alger. En 1957, il devient professeur au lycée Lakanal de Sceaux.

Il se retrouvera attaché de recherche au CNRS (Centre national de recherche scientifique) entre 1959 et 1962, puis maître-assistant en histoire à la Sorbonne jusqu’en 1969. Sous la direction d’un autre géant spécialiste de l’histoire de l’Afrique du Nord, le professeur Charles-André Julien, Charles-Robert Ageron soutient en 1968 une thèse d’Etat sous l’intitulé " Les Algériens musulmans et la France : 1871-1919 ". Il officiera comme maître de conférences à l’université de Tours de 1969 à 1981, puis à l’université Paris XII où il sera couronné comme professeur émérite. Outre ses livres et thèses, le professeur Ageron a été président de la Société française d’histoire d’outre-mer et était directeur de la Revue française d’histoire d’outre-mer. " Le professeur Charles-Robert Ageron est un des historiens français qui ont le plus contribué à l’écriture de l’histoire maghrébine et œuvré courageusement pour la décolonisation de l’histoire algérienne. Il consacra passionnément plus d’une décennie de recherches dans les dépôts et fonds d’archives algériens et français pour réaliser une thèse sous la direction d’un autre éminent ‘’maître’’, le fameux Charles-André Julien, qui l’honora du bonnet de docteur en histoire ‘’Les Algériens musulmans et la France : 1871-1919’’. Sujet fort original et sensible, elle fut un véritable chef-d’œuvre d’où jaillit une authentique passion pour la terre, la culture et les hommes," écrit Kamal Filali de l’Université de Constantine (département d’histoire) dans le journal El Watan du 11 septembre 1996. Et il ajoute : "Depuis qu’il occupa la chaire de professeur agrégé en 1947, son combat politique n’a cessé de s’éclaircir et de se consolider en faveur d’une riche coopération scientifique franco-maghrébine basée sur le respect mutuel des deux cultures. Il résista courageusement à tous les soubresauts et les perturbations qu’avaient traversés les relations entre la France et l’Algérie pour y rester et œuvrer au rapprochement des deux communautés (…) Outre le professeur dispensateur de cours magistraux, Ageron était un infatigable chercheur de terrain et eut la chance de vivre, en témoin oculaire et en observateur lucide les élans historiques et grandes mutations vécues par l’Algérie depuis la Seconde Guerre mondiale."


Un sujet-passion : l’Algérie


Presque un demi-siècle après l’Indépendance de l’Algérie, l’historiographie de la période coloniale et celle de la guerre de Libération algérienne se nourrissent encore du retour de mémoire où, pour adopter un concept plus usité ces dernières années, du travail de mémoire. Comment en serait-il autrement pour un des épisodes les plus douloureux et les plus exaltants des peuples colonisés ?

L’écriture de l’histoire du peuple algérien pendant la longue nuit coloniale a été l’apanage des écrivains et historiens de la puissance occupante. On est, alors, à peine étonné des élucubrations d’un Louis Bertrand qui pensait et disait que, en mettant les pieds en Algérie, la France ne faisait que “retrouver une partie de l’Afrique latine’’ perdue pendant plusieurs siècles ; d’où la trouvaille qui a pu investir pour longtemps les bancs de l’école où on apprenait aux indigènes que leurs ancêtres étaient les Gaulois. La falsification de l’histoire et la scotomisation d’une partie de celle-ci avaient leurs théoriciens et idéologues ainsi que leurs praticiens dans les écoles et les médias.C’est véritablement un parti pris appartenant à une grande entreprise de déculturation/acculturation propre à l’idéologie coloniale.

Parallèlement, des recherches ethnographiques ont été réalisées par des personnalités officielles, des militaires ou des hommes d’église, qui ont pu révéler de grands pans de l’histoire d’Algérie contemporaine ou antique. Ces recherches, consignées dans des ouvrages spécialisés, ont connu une diffusion limitée. Leurs auteurs n’ont pu s’imposer dans le cercle des historiens que très difficilement tant était forte la volonté de maintenir la chape de silence sur les réalités historiques, sociales et culturelles d’une terre considérée comme le nouvel Eldorado de la plèbe et du lumpenprolétariat de la métropole et même de toute l’Europe méditerranéenne.

Des historiens tels Charles-Robert Ageron et Charles-André Julien ou des chercheurs versés dans la sociologie/anthropologie à l’image de Jacques Berque et Yves Lacoste, ont naturellement donné leurs lettres de noblesse à l’étude des sociétés maghrébines colonisées en mettant en relief la profondeur historique des peuples en question, les différentes civilisations qui les ont marqués et leur capacité à s’assumer en tant que sociétés organisées d’une façon autonome par rapport aux schémas coloniaux. "La plupart des chercheurs, universitaires ou journalistes qui ont travaillé sur la question algérienne connaissent bien désormais le nom de Charles-Robert Ageron. Avec le recul du temps, il apparaît de nos jours comme l'un des historiens les plus importants du Maghreb contemporain. En 2000, un colloque réunissant à la Sorbonne plusieurs dizaines d'historiens des quatre coins du monde a rendu hommage à l'érudition, à l'esprit méthodique, à l'obstination de ce chercheur infatigable. (...) Mais lorsque j'ai rencontré Charles-Robert Ageron en 1975, au moment où, jeune étudiant, je cherchais un directeur de thèse, ce professeur était bien isolé dans le monde universitaire. Il était alors sous le feu croisé des partisans d'un tiers-mondisme pur et dur qui lui reprochaient de ne pas suffisamment "s'engager" idéologiquement, et des partisans de "l'Algérie française" qui ne lui pardonnaient pas ses positions "libérales" pendant le conflit algérien," témoigne Daniel Rivet dans Etudes coloniales.

Un parcours exaltant

Les ouvrages de Charles-Robert Ageron ont bénéficié, en 2005, d’une réédition en France chez Bouchène sous le titre général Oeuvres complètes avec une préface fort instructive de Gilbert Meynier, professeur à l’université de Nancy II, spécialiste de l’histoire de l’Algérie. Le préfacier écrit notamment : " Charles-Robert Ageron resta au total dix ans à Alger, soit du lendemain de la conversion tactique essentielle du Parti du Peuple Algérien (PPA), sous la houlette de Messali Hadj, en Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD) suivant une voie légaliste et électorale. L'aboutissement fut ce climax de lutte nationale du FLN, sous la direction de Ramdane Abbane, que fut le mot d'ordre de grève des huit jours lancé par le CCE fin 1956. Il fut sanctionné par cette implacable répression d'Alger de 1957 que les historiens normés continuent de dénommer la " bataille d'Alger. " À Alger, Ageron approfondit sa découverte de la réalité coloniale. Il ne se fit pas remarquer pour autant par un gauchisme impénitent : il ne fut jamais ni porteur de valises, ni porte-parole du FLN, et il n'en fut pas même un porte-voix. Il était plutôt à ranger dans le groupe qu'on dénommait alors des " libéraux ", dont il fut l'un des cofondateurs. L'historien algérien Mahfoud Kaddache a dit avec pudeur combien une telle attitude parlait aux jeunes intellectuels algériens dont il était.

On retrouve Ageron dans leur journal L'Espoir, où il publia de nombreux articles, et qui finit par être interdit pendant la grande répression d'Alger de 1957. Il fut aussi actif dans toute une campagne d'information de la presse française pour laquelle il tenta de redresser les rumeurs dominantes et de les dévier du cours de la normalité colonialiste ordinaire d'alors. Bref, depuis le déclenchement de 1954, le destin de l'Algérie ne cessa de le retenir, à la pensée comme au cœur. Ce fut à Alger que Charles-Robert Ageron commença, avec des archives qui n'étaient alors que partiellement accessibles, à engager les recherches historiques sur l'Algérie qui allaient faire de lui son historien-clé. En 1957, il revint à Paris. Il exerça à Sceaux, au lycée Lakanal. Par la suite, il obtint d'être détaché au CNRS comme chargé de recherches. Ce fut au cours de ce détachement, en 1962, qu'il obtint un poste d'assistant d'histoire contemporaine à la Sorbonne. Il ne se rendit donc pas aux raisons de ses parents qui le poussaient à revenir à Lyon : il préféra rester à Paris, le lieu des archives et de la Bibliothèque nationale Richelieu, qui n'était pas encore l'actuelle Bibliothèque Nationale de France, ultra-moderne autant que gigantesque, des bords de Seine : il descendait donc au métro Bourse ou au métro Palais Royal alors que ses jeunes collègues aujourd'hui descendent à la station Quai de la Gare ou à la station Bibliothèque... À la Nationale, ou bien aux Archives nationales, ses amis et collègues avaient toutes les chances de le rencontrer tant il y fut longtemps assidu. Pendant toutes ces années 60, il travailla dur, sous la direction de Charles-André Julien - c'était alors le seul directeur de recherches imaginable - à la préparation de sa thèse d'État ; cela au prix du renoncement que connaissent tous les enseignants-chercheurs qui se sont coltinés à pareille épreuve. Expérience qu'Ageron lui-même a assimilée à un " labeur de bénédictin ". Maître-assistant en 1964, il soutint quatre ans plus tard son doctorat ès-lettres, lequel incluait alors la soutenance de deux thèses, l'une dite principale, l'autre dite secondaire.

La thèse principale avait pour titre Les Algériens musulmans et la France 1871-1919. Ce monument, qui est resté l'un des grands livres de référence sur l'histoire de l'Algérie, fut publié la même année aux Presses universitaires de France, dans une typographie serrée insoucieuse des yeux fragiles. De ce livre, Mahfoud Kaddache a écrit : " Le titre est déjà un programme, il s'agit des Algériens, nom auquel les autochtones aspirent, et non d'indigènes dont ils ne retenaient plus que la connotation péjorative. Le sujet, c'est la condition et le sort de ces Algériens face aux lois et aux mesures prises par l'administration coloniale. Et c'est là le vrai problème : quelles sont les conséquences des mesures politiques, économiques, sociales et culturelles prises par la colonisation à l'égard des Algériens et quelles sont les réactions et les aspirations de ces derniers.

C'est là l'objectif d'une histoire scientifique des peuples ayant subi la colonisation. " Il reste qu'Ageron n'est pas remplaçable, que cela plaise ou non. Il s'impose comme ces monuments numides que l'on aperçoit de loin lorsque, venant de Constantine et Aïn M'lila, on chemine vers le Sud sur les hautes plaines constantinoises. Ageron : le Medracen de l'histoire de l'Algérie contemporaine et des sociétés colonisées. Il a voulu - et il y a réussi dans une vaste mesure - à être ce qu'il appelle lui-même " un historien au sens le plus large possible ". De cette aspiration, on laissera André Miquel dire qu'elle fut en effet satisfaite et aboutie : rendant compte, en 1970, lui aussi, de la thèse d'Ageron dans la Revue d'Histoire moderne et contemporaine, ce grand savant - et poète en arabe - écrivait : " Ageron fait œuvre non seulement d'historien, mais de philosophe de l'histoire.” À lire son livre, on est saisi de l'évidence d'un certain déterminisme des sociétés humaines : ce qui les rend prisonanières des systèmes qu'elles secrètent ou subissent. " Certes, cette histoire continuera un jour à s'écrire sans Ageron.
Mais elle continuera à s'écrire, aussi, grâce à lui. "

Amar Naït Messaoud

Au pays d'Ali Zamoum...

Posté le 28.08.2008 par abdoumenfloyd

Il y a un jour où les morts se retournent dans leur tombe.

Et c'est aujourd'hui.

Ce 28 août, 54 ans après le serment d'Imoula, 14 jeunes algérois âgés de 21 à 35 ans, repêchés par l’équipage d'un bateau battant pavillon antiguais, au large d'Annaba, ont dormi en prison pour avoir voulu quitter leur pays par la mer...

Ce 28 août, je lis qu'un proche d'Ouyahia, 54 ans après le serment d'Imoula, se dit indigné du sort réservé aux résistants antiterroristes et « les honneurs accordés aux terroristes ».

Il y a un jour où les morts se retournent dans leur tombe.

Et c'est aujourd'hui.

Un jour où ils ne reconnaissent plus leur terre.

Et c'est aujourd'hui.

Ce 28 août, voilà quatre ans que tu es parti...

Ali ne voulait pas se libérer par la mer. Mais par le feu.

54 ans déjà...

* * *

Sur les cêdres de Tala-Guilef subsiste sa légende. Et l'odeur de l'encre, mêlée aux senteurs des maquis et des surreaux, l'odeur de l'encre qui a gravé en milliers d'exemplaires cette maudite Proclamation du 1er Novembre qui nous hante, qui nous sauve, qui nous obsède et qui nous colle à la peau...

Le serment trahi d'Ighil Imoula...Premier village à entrer en guerre contre l’occupant. Dernier village avant l'oubli.

Que reste-t-il d'Imoula après que tu entendis, ce printemps noir, la balle sortir...

Elle était chargée

Dans le canon

D’une mission rapide :

Fracasser le crâne de l’adolescent

Pour n’avoir pas hérité de la lâcheté du père...

Il voulait plus qu’un village nu, que ces promesses sous l'oreille de Dieu, un soir d’élections truquées.

Il ne votait pas. Ne croyait pas au message de Novembre.

Ton message.

Il revendiquait de savoir le miracle des bergers devenus maquignons au pays des moutons qui broutent au pied des figuiers.

* * *

Il y a un jour où les morts se retournent dans leur tombe.

Et c'est aujourd'hui.

Ce 28 août, voilà quatre ans que tu es parti...

Ali Zamoum, quand les cêdres restitueront-ils la légende ?

Ali Zamoum, quand les figuiers ressusciteront-ils la légende ?

« C’est l’arbre nourri, par les cadavres nus

Des morts aux visages troublants

Décapités à coups de haches

Ecartelés par les chevaux

Où crucifiés dans les églises »

Ils ont écrasé la violette et l’aubépine et jeté leurs cris dans l’histoire...

Elles prirent le nom d’Amzal et de Guermah

Et leur parfum embaume la patrie.

Ils ont tenu le fouet qui zébra à Lambèse, sable trahi souviens-toi,

Le dos nu de Saïd et Ferhat,

Et outragé Zaâmoum et Imoula...

* * *

Il y a un jour où les morts se retournent dans leur tombe.

Et c'est aujourd'hui.

Ce 28 août, voilà quatre ans que tu es parti...

Ali Zamoum, quand les cêdres restitueront-ils la légende ?

Tu les as vu étrangler le téton dénudé qui allaita sur la terre berbère de jeunes dieux et de vieux rêves...

Que dire à Yacine ?

Et que faire du banjo sans Lounès puisque même le frêne et le cerisier ne fleurissaient l’Akfadou que pour inspirer le poète ?

Tu as vu trembler le patriarche devant le sang adolescent : « Me restera-t-il un seul fils pour raconter ma mort ? »

Je t'entends dire aux cimetières :

« Vous ne nous diviserez pas ! C’est de l’union sacrée de la sève verte et de l’écorce orgueilleuse, que s’épanouissent nos racines... »

* * *


Zamoum, que reste-t-il d'Imoula ? Un autre serment,

Cet autre serment, qui s'égrène au fil des chapelets soumis et des sanglots de la mère, implacable, comme le temps qui nous sépare, sanglot après sanglot, de ce jour maudit, où nos enfants nous libéreront.
Que dire à Yacine ? S’il te survole, Zamoum, une feuille de ton figuier, ouvre ton cœur et tu liras, sur cette main éclatée les lignes d’un destin reconquis.

Nous le fêterons sur la colline oubliée, avec tous les retours :

Nedjma et tous nos amours interdits...Nedjma et l'oliveraie de Thala

Nedjma et le poing levé d’Icherriden

Nedjma et la fleur de Beni Douala...

Nedjma et le nouveau serment d'Imoula

Nedjma...


M.B.

Le testament de deux « fils de pute »

Posté le 17.08.2008 par abdoumenfloyd

A u quarantième jour de leur mort, nous l’ouvrirons.
Et nous saurons.

Nous saurons que la fabuleuse idée de dire oui à tout et à tout le monde, c'est comme si on n'existait pas. C’est un enfant du Rif qui le dit : Benjelloun.
Nous saurons qu’être intellectuel, c’est d’abord batailler contre son époque. C’est un enfant d’Alger qui le dit : Camus.
De l’enfant de Tunis, Moncef Marzouki, nous retiendrons la honte d’être troubadours de la bay’a.
Et nous nous rappellerons l’épitaphe d’Oulkhou : « Alors, dis et meurs ! »
Nous ouvrirons le testament de Mahmoud Derouiche et de Youcef Chahine et nous le placarderons sur le ventre de nos mères.
« Dire oui à tout et à tout le monde, c'est comme si on n'existait pas. »
C’est le testament laissé aux soubrettes d’Alger. Anxieuses et perplexes : « Sous quelle dictée vais-je écrire, celle du général Toufik ou celle de Bouteflika ? Tout est si flou, et j’ai un journal à vendre avant la levée du jour… »
C’est le testament pour les artistes-camelots, les créateurs indifférents à la grandeur et les cinéastes qui plantent leurs caméras près du coffre de Khalida Toumi.
Prêts à tourner la manivelle dans le sens du vent.
Ils maudissaient Zinet et tout ce qui a survécu d’Aloula, ils maudiront Chahine : « Qu’y a-t-il à réformer chez nos dictateurs dont chacun veut être le « Dieu » du monde arabe ? Changer tous les cinéastes en danseuses du ventre ? »
C’est le testament à tous ces rimeurs qui rivalisent d’obséquiosités en déclamant des vers grassement payés, à la gloire du maître. « Nous serons un peuple lorsque nous insulterons le sultan et le chambellan du sultan, sans être jugés », leur rappelle Derouiche.
En attendant le doigt qui leur désignera, enfin, le nom de leur nouveau maître, les dernières nouvelles du DRS et ce qu’il est advenu des karkabous et de la « ouhda thalitha »,les soubrettes d’Alger pleurent Darouiche, pleurent Chahine, à la façon des femmes pleureuses, les « hazniates », ces femmes dont on louait les services, selon l’antique tradition judéo-arabe, pour sangloter, gémir et implorer le Ciel lors des obsèques du défunt.

***

A u quarantième jour de leur mort, nous l’ouvrirons.
Et nous apprendrons de Derouiche et Chahine qu’on peut être artiste, arabe et indépendant, étranger à la baya’â.
« Wakh ya Moulay ! »
Qui peut se soustraire à la bay’a, dans nos dictatures sans se rendre coupable du pire péché, la fitna, la discorde ?
Le récalcitrant est alors éliminé.
Il devient mécréant, communiste, traître ou athée.
Il devient « fils de pute. »


***
A u quarantième jour de leur mort, nous l’ouvrirons.
Nous ouvrirons le testament de Mahmoud Derouiche et de Youcef Chahine et nous le placarderons sur le ventre de nos mères.
« Comment nait-on fils de pute ? »

Mohamed Benchicou

Extrait de la chronique parue dans le dernier numéro d’El-Khabar-Hebdo.
Lire la suite dans El-Khabar-Hebdo

Le Matin


Hommage à Mahmoud Darwich

Posté le 10.08.2008 par abdoumenfloyd

DÉPOSE ICI ET MAINTENANT

Dépose ici et maintenant la tombe que tu portes
et donne à ta vie une autre chance
de restaurer le récit.
Toutes les amours ne sont pas trépas,
ni la terre, migration chronique.
Une occasion pourrait se présenter, tu oublieras
la brûlure du miel ancien.
Tu pourrais, sans le savoir, être amoureux
d’une jeune fille qui t’aime
ou ne t’aime pas, sans savoir pourquoi
elle t’aime ou ne t’aime pas.
Adossé à un escalier, tu pourrais
te sentir un autre dans les dualités.
Sors donc de ton moi vers un autre toi,
de tes visions vers tes pas,
et élève ton pont
car le non-lieu est le piège
et les moustiques sur la haie irritent ton dos,
qui pourraient te rappeler la vie !
Vis, que la vie t’entraîne
à la vie,
pense un peu moins aux femmes
et dépose
ici
et maintenant
la tombe que tu portes !

POUR NOTRE PATRIE

Pour notre patrie,
proche de la parole divine,
un toit de nuages.
Pour notre patrie,
distante des attributs du nom,
une carte de l’absence.
Pour notre patrie,
petite comme un grain de sésame,
un horizon céleste … et un abîme caché.
Pour notre patrie,
pauvre comme les ailes de la grouse,
des Livres saints … et une blessure à l’identité.
Pour notre patrie,
aux collines assiégées déchiquetées,
les embuscades du passé nouveau.
Pour notre patrie, butin de guerre,
le droit de mourir consumée d’amour.
Pierre précieuse dans sa nuit sanglante,
notre patrie resplendit au loin, au loin,
elle illumine alentour …
mais nous, en elle,
nous étouffons chaque jour davantage !

À JÉRUSALEM

À Jérusalem, je veux dire à l’intérieur
des vieux remparts,
je marche d’un temps vers un autre
sans un souvenir
qui m’oriente. Les prophètes là-bas se partagent
l’histoire du sacré … Ils montent aux cieux
et reviennent moins abattus et moins tristes,
car l’amour
et la paix sont saints et ils viendront à la ville.
Je descends une pente, marmonnant :
Comment les conteurs en s’accordent-ils pas
sur les paroles de la lumière dans une pierre ?
Les guerres partent-elles d’une pierre enfouie ?
Je marche dans mon sommeil.
Yeux grands ouverts dans mon songe,
je ne vois personne derrière moi. Personne devant.
Toute cette lumière m’appartient. Je marche.
Je m’allège, vole
et me transfigure.
Les mots poussent comme l’herbe
dans la bouche prophétique
d’Isaïe : "Croyez pour être sauvés."
Je marche comme si j’étais un autre que moi.
Ma plaie est une rose
blanche, évangélique. Mes mains
sont pareilles à deux colombes
sur la croix qui tournoient dans le ciel
et portent la terre.
Je ne marche pas. Je vole et me transfigure.
Pas de lieu, pas de temps. Qui suis-je donc ?
Je ne suis pas moi en ce lieu de l’Ascension.
Mais je me dis :
Seul le prophète Muhammad
parlait l’arabe littéraire. "Et après ?"
Après ? Une soldate me crie soudain :
Encore toi ? Ne t’ai-je pas tué ?
Je dis : Tu m’as tué … mais, comme toi,
j'ai oublié de mourir.

LE CYPRÈS S’EST BRISÉ

Le cyprès n’est pas l’arbre mais le chagrin
de l’arbre ; il n’a pas d’ombre car il
n’est que l’ombre de l’arbre.

BASSÂM HAJJÂR

Le cyprès s’est brisé comme un minaret
et il s’est endormi
en chemin sur l’ascèse de son ombre,
vert, sombre,
pareil à lui-même. Tout le monde est sauf.
Les voitures
sont passées, rapides, sur ses branches.
La poussière a recouvert
les vitres … Le cyprès s’est brisé mais
la colombe n’a pas quitté son nid déclaré
dans la maison voisine.
Deux oiseaux migrateurs ont survolé
ses environs et échangé quelques symboles.
Une femme a dit à sa voisine :
Dis, as-tu vu passer une tempête ?
Elle répondit : Non, ni un bulldozer …
Le cyprès s’est brisé. Les passants sur ses débris ont dit :
Il en a eu assez d’être négligé,
il a sans doute vieilli
car il est grand
comme une girafe,
aussi vide de sens qu’un balai
et il n’ombrage pas les amoureux.
Un enfant a dit : Je le dessinais parfaitement,
sa silhouette est facile. Une fillette a dit :
Le ciel est incomplet
aujourd’hui que le cyprès s’est brisé.
Une jeune homme a dit :
Le ciel est complet
aujourd'hui que le cyprès s’est brisé.
Et moi, je me suis dit :
Nul mystère,
le cyprès s’est brisé, un point c’est tout.
Le cyprès s’est brisé !

RIEN NE ME PLAÎT

Rien ne me plaît,
dit le passager de l’autobus, ni la radio
ni les journaux du matin,
ni les fortins sur les collines.
J’ai envie de pleurer.
Le conducteur dit : Attends le prochain arrêt
et pleure seul tout ton saoul.
Une dame dit : Moi non plus. Moi non plus,
rien ne me plaît. J’ai guidé mon fils
jusqu’à ma tombe.
Elle lui a plu et il s’y est endormi
sans me dire adieu.
L’universitaire dit : Moi non plus, rien
ne me plaît. J’ai fait des études d’archéologie mais
je n’ai pas trouvé mon identité dans les pierres.
Suis-je vraiment moi ?
Un soldat dit : Moi non plus. Moi non plus,
rien ne me plaît. J’assiège sans cesse un fantôme
qui m’assiège.
Le conducteur dit, énervé : Nous approchons
notre dernière station, préparez-vous
à descendre …
Mais ils crient :
Nous voulons l’après-dernière station,
roule !
Quant à moi, je dis : Dépose-moi là. Comme eux,
rien ne me plaît,
mais je suis las de voyager.

Le poète palestinien Mahmoud Darouiche est mort

Posté le 10.08.2008 par abdoumenfloyd

Le poète palestinien Mahmoud Darouiche est décédé au Texas à la suite d'une opération du coeur, a annoncé à la chaîne de télévision Al Arabiya un médecin de l'hôpital de Houston où il était soigné. Il était âgé de 67 ans.

Considéré comme le "poète national" palestinien, l'oeuvre de Darouiche a été traduite en de nombreuses langues.

Elle évoquait la douleur des Palestiniens exilés comme lui après la fondation d'Israël il y a 60 ans mais aussi des thèmes plus larges.

Gros fumeur, Darouiche avait déjà subi deux opérations cardiaques par le passé.

Peu avant l'annonce de son décès, le ministre palestinien de la Culture, Tahani Abou Dakka, avait déclaré que le poète avait été placé sous assistance respiratoire deux jours après une intervention chirurgicale.

Reuters

Une clôture en apothéose à Tizi-Ouzou...

Posté le 21.07.2008 par abdoumenfloyd

La chaleur torride, qui a caractérisé mercredi passé la ville de Tizi-Ouzou, n’a pas empêché les citoyens d’être en parfaite symbiose avec les troupes folkloriques de la wilaya d’Illizi à l’occasion de la clôture de la Semaine culturelle d’Illizi à Tizi-Ouzou, qui s’est déroulée à la Maison de la culture Mouloud-Mammeri.

Il y avait en effet une ambiance impeccable lors de cette cérémonie qui a vu la présence du wali de Tizi-Ouzou, des directeurs de la culture de Tizi-Ouzou et Illizi, du directeur des affaires religieuse, du P/APC de Timizart, du fils de l’icône de la chanson terguie Athmane Bali en plus de la foule très nombreuse que la salle des spectacles de la Maison de la culture n’a pas pu contenir. L’animation musicale de la troupe des artistes du Tassili et le groupe targui a été une cerise sur le gâteau pour un Festival qui a connu un succès éclatant, ce qui n’est pas évident par ces temps caniculaires. “Ce succès n’est pas le fruit d’un travail en solo, il est l’aboutissement des efforts des organisateurs avec la précieuse collaboration du mouvement associatif et des APC” dira Ould Ali El Hadi dans une brève allocution de clôture. Le Festival des arts et cultures populaire, qui reste ouvert, s’est caractérisé cette année par une décentralisation des activités, un penchant vers la proximité pour “ toucher le maximum de citoyens dans les régions éloignées du chef-lieu de wilaya” indiquera M. Cherfaoui, le commissaire du Festival, en marge de la cérémonie de clôture. Les deux wilaya, Tizi et Illizi ont échangé des cadeaux, le P/APC de Timizart, offrira, pour sa part, un cadeau symbolique au commissaire du Festival d’Illizi. Rappelons enfin que plusieurs manifestations ont été programmées, dans le cadre de ce Festival, au niveau de la Maison de la culture de Tizi-Ouzou, les communes de DBK, Timizart et Larbaâ Nath Irathen.

A.Z

Retour sur Che, de Steven Soderbergh : Un film mensonger

Posté le 18.06.2008 par abdoumenfloyd

La principale raison, c’est que c’est un faux film, comme on dirait un faux en écriture. Tout le travail de Soderbergh est une dangereuse tromperie sur le sujet. Soderbergh a rayé tout ce qui est le véritable Che Guevara et ce qui a fait sa gloire et sa légende.

Il a centré sur l’individu en oubliant son côté héroïque. D’abord insister lourdement sur la maladie, le handicap de Che Guevara qui était asthmatique, comme tout le monde le sait, était-ce un élément fondamental pour expliquer la personnalité du Che ? C’est comme si on évoquait Camus uniquement à travers sa tuberculose ou Sartre pour son œil droit de travers... Le vrai Che Guevara n’est pas dans ce film, car rien de son engagement politique, son dévouement pour son pays d’adoption et pour le reste du monde où la révolution était en cours n’y est relaté. Si on n’inscrit pas Che Guevara dans cette réalité internationale historique, économique, sociale, on ne peut rien comprendre à son personnage. Et l’Américain Soderbergh n’a rien compris. Le parti pris de Soderbergh est de réduire Che Guevara à un homme ordinaire, à n’importe qui, alors que justement le Che n’était pas n’importe qui. Sinon, il ne serait pas une légende du XXe siècle ! Dans la forme aussi, le film de Soderbergh est tellement pesant, mal fichu que le spectateur lambda (on pense ici au public américain) risque fort de s’ennuyer souverainement et de déserter la salle. Un autre parti pris injuste de Soderbergh, c’est la longue et effroyable séquence de la mort de Che Guevara, filmé comme un chien qu’on abat. On a les larmes aux yeux, quand on voit de quelle cruelle manière le réalisateur assassine le Che une seconde fois. Celui dont Jean-Paul Sartre disait en 1960 : « Che Guevara est l’être humain le plus complet de notre époque », est dans ce film réduit à rien. A travers un regard un peu plus bienveillant, Richard Fleischer en 1969, avec Omar Sharif dans le rôle du Che et Richard Dindo en 1994 dans un documentaire sur Le Journal de Bolivie, ont évoqué la vie du Che de manière différente, plus honnête. Pas un Soderbergh qui a tenté de faire oublier que l’illustre « Commandanté » de la Sierra Maestra a dirigé la réforme agraire à Cuba, a présidé la Banque nationale (les billets portaient sa signature), occupé le poste de ministre de l’Industrie, en même temps, Che Guevara s’employait à faire sauter les verrous, à desserrer l’étau impérialiste autour de Cuba, en créant la Tricontinentale et en lançant son fameux appel pour faire « deux, trois Vietnam ! » Dans le film de Soderbergh il n’y a aucune trace de tout cela. Ni de ses voyages en Chine, au Japon, en Afrique, en Algérie à plusieurs reprises où il y a prononcé son dernier discours public le 24 février 1965. Si on enlève tout cela à Che Guevara, personne ne peut comprendre la suite, ni pourquoi il a décidé de tout plaquer à la Havane pour partir en Bolivie aux côtés des révolutionnaires qui voulaient renverser le régime pourri de Barrientos. En 2006, le jour même où il a été élu à la tête de la République de Bolivie, le président Morales a mis un grand portrait d’Ernesto Che Guevara dans la suite présidentielle du palais de La Paz. Preuve que l’héroïsme, le sacrifice, la bravoure du « Commandanté » demeurent comme un point d’ancrage très fort pour toute l’Amérique latine. Mais allez demander au pauvre Soderbergh de comprendre tout cela !

Azzedine Mabrouki

Des négationnistes dans le pouvoir algérien

Posté le 02.05.2008 par abdoumenfloyd

Le Dr Amine Zaoui et le Dr Abdelmadjid Chikhi sont deux membres éminents de l’intelligentsia algérienne, l’élite des élites. Universitaires au plus haut degré, grands commis de l’Etat, écrivains et poètes, ils assument les plus hautes responsabilités dans la préservation de la mémoire collective de la Nation. Amine Zaoui est le directeur général de la Bibliothèque Nationale, Conservateur du patrimoine culturel, gardien des trésors littéraires, manuscrits, et livres anciens. Abdelmadjid Chikhi est le directeur général des Archives Nationales, Conservateur de l’Histoire, gardien du temple de la mémoire.

Leurs compétences et leurs fonctions les ont hissés au rang de formateurs des élites. Parfaits bilingues, ils interviennent souvent sur les ondes de la radio et la télé dans des émissions littéraires et historiques. Ces deux érudits ont l’habitude d’organiser des rencontres publiques pour transmettre le Savoir aux universitaires et aux jeunes générations. C’est justement ce qu’ils envisageaient de faire dans un colloque pour commémorer le cinquantenaire de la conférence de Tanger… avant de se voir signifier un ordre de l’annuler.

C’est Abdelhamid Mehri, un des rares acteurs vivants de notre glorieuse Révolution présent à la conférence de Tanger en 1958, qui nous l’apprend dans sa lettre de protestation adressée au président Bouteflika: «J’ai participé, depuis deux mois ou plus, avec le frère, directeur général du Centre national des archives et le Docteur Amine Zaoui, directeur de la Bibliothèque nationale, à la préparation d’un colloque historique à caractère scientifique se rapportant au cinquantenaire de la conférence de Tanger qui a regroupé, en avril 1958, les partis qui ont conduit la bataille des indépendances en Tunisie et au Maroc, et le Front de libération nationale. J’ai été informé hier, 14 avril, que des instructions fermes, dont je ne connaissais pas la source, ont été signifiées aux deux institutions afin d’interrompre l’ensemble des dispositions et préparatifs de ce colloque et à renoncer définitivement à sa tenue», écrit l’ex-secrétaire général du FLN dans cette lettre datée du 15 avril.

Abdelhamid Mehri ignore les motifs et l’origine de cette annulation. «Je ne sais toujours pas se qui s’est produit. Abdelmadjid Chikhi et Amine Zaoui m’ont juste confirmé qu’ils avaient reçu des instructions pour tout arrêter. Mais ils ne m’ont pas donné la source qui a donné ces instructions». Il ajoute: «Je pense, Monsieur le président, que vous imaginez bien l’ampleur de la surprise, du choc et de l’embarras provoqués par cette décision et la gravité des interrogations qu’elle suscite. Il n’est guère besoin d’un surcroît d’explications, vous êtes, par votre passé et par votre position, suffisamment instruit pour percevoir toutes les dimensions de ces questions.» On imagine aisément le tollé qu’une telle infamie aurait provoqué dans des pays qui se respectent.

Mehri, qui n’a pas été «autorisé» à se rendre à Tanger, confirme ainsi indirectement les pressions qu’a subi le FLN pour boycotter la rencontre. Des informations ont même été publiées dans ce sens, avant de «préciser» que Belkhadem n’allait pas à Tanger en tant que chef du gouvernement. Ce témoignage de Mehri, ajouté au mauvais traitement médiatique des retrouvailles de Tanger, prouve que l’Etat algérien est infesté de négationnistes au plus haut niveau qui veulent interdire le devoir de mémoire, l’évocation de l’Histoire et donnent des instructions en ce sens à des institutions et à la presse qu’ils contrôlent.

Ce nouveau scandale ne doit pas en rester là. Il prouve à ceux qui font encore semblant de l’ignorer que le sabotage des fondements historiques et révolutionnaires de l’Etat est très profond. Ceux qui viennent ainsi piétiner notre mémoire en bafouant la noble mission de Zaoui et Chikhi sont les mêmes qui ordonnent aux magistrats de condamner des innocents «au nom du peuple». Ce sont eux qui, dans l’ombre qu’ils affectionnent, ordonnent aux banquiers de délivrer ou bloquer des crédits, ordonnent aux ministres de délivrer ou bloquer des agréments, etc…. Imbus de leur pouvoir occulte et dans leur sentiment d’impunité, ils s’imaginent que les hauts serviteurs de l’Etat et du peuple ne sont qu’à leur service… et ne se rebellent jamais.

Il ne s’agit même plus d’un combat politique, mais de dignité. On a empêché Amine Zaoui et Abdelmadjid Chikhi d’exercer leur métier, l’essence même de leur raison d’être. A travers eux, c’est toute l’élite algérienne qui subit une fois de plus l’humiliation, une grave insulte à son intelligence et à son honneur. De quel droit des renégats de l’Histoire, tapis dans l’ombre du pouvoir, ont-ils osé porter une telle atteinte à la probité intellectuelle. Et de quel droit ne doivent-ils pas être dénoncés. Doit-on espérer que les martyrs ressuscitent de leur tombe pour laver cet affront fait à la Révolution? Ces négationnistes, traîtres de la Nation, doivent être montrés du doigt, lâchés à la vindicte populaire et bannis des fonctions qu’ils occupent.

Lorsqu’il n’y a plus d’arbitre pour faire respecter les règles, lorsque l’entourage devient indifférent et impuissant, lorsqu’on porte atteinte à leur honneur, à leur réputation et aux fruits de toute une vie de labeur, il ne reste qu’une seule chose à faire à Amine Zaoui et Abdelmadjid Chikhi, ainsi qu’à toutes les élites. Imiter le plus célèbre des algériens, Zinedine Zidane, qui a lavé un simple affront verbal d’un coup de boule devant un milliard de téléspectateurs. Il a préféré défendre son honneur que soulever le trophée de la Coupe du monde. Son trophée, c’est d’abord sa dignité. Il en est sorti encore plus grand et son aura a dépassé les frontières du football.

Cette grave insulte à l’intelligence et à notre glorieuse Révolution peut-il enfin être compris comme un dernier signal d’alerte, un appel ultime à la révolte contre un pouvoir primitif, inculte, anti-révolutionnaire et anti-populaire qui dicte leur conduite aux intellectuels et aux grands commis de l’Etat assermentés. Les élites doivent enlever leurs lunettes, poser les stylos, dédaigner les privilèges, se relever et se battrent. «Arfaâ rassek ya ba !»

Par Saâd Lounès

Aimé Césaire : Le poète de la Négritude enterré parmi les siens

Posté le 20.04.2008 par abdoumenfloyd

AIMÉ Césaire vient d’achever sa riche traversée d’une longue vie tout entière dédiée à la poésie et à la promotion de la conscience noire, la Négritude, concept culturel, humaniste et politique, exposée à l’âge de 25 ans, dans son “Cahier d’un retour au pays natal”. Le poète de la Négritude, dramaturge et homme politique martiniquais est mort, jeudi 17 avril, à l'hôpital de Fort-de-France où il était hospitalisé depuis le 9 avril pour des problèmes cardiaques. Il avait 94 ans. Il a été enterré aujourd'hui dans son île natale.

Né le 26 juin 1913 au sein d'une famille nombreuse de Basse-Pointe, une commune du Nord-Est de la Martinique, bordée par l'océan Atlantique dont la «lèche hystérique» viendra plus tard rythmer ses poèmes, au pied de la Montagne Pelée dont les rares fureurs sont redoutables, « Papa Aimé » comme l’appelaient les Martiniquais tenait de son volcan une écriture poétique qu’il s’amusait à qualifier de péléenne. Mais, à la différence de son volcan, jamais au cours de sa longue vie, le poète ne s’est endormi. Sans cesse, il bousculera les désordres établis et les remettra fondamentalement en cause. Avec succès le plus souvent, sa rébellion ébranlera tous les conformismes.
Étudiant dans une France majoritairement acquise à l’idée des bienfaits de la colonisation et de la supériorité raciale du Blanc, il promeut le concept de « Négritude » englobant ainsi en un seul mot toutes les luttes des opprimés d’Afrique et d’Amérique.

Elève brillant du Lycée Schœlcher de Fort-de-France, Aimé Césaire poursuit ses études secondaires en tant que boursier du gouvernement français au Lycée Louis Le Grand, à Paris. C'est dans les couloirs de ce grand lycée parisien qu’il rencontre, dès son arrivée, Léopold Sédar Senghor, son aîné de quelques années, qui le prend sous son aile protectrice.

Près de ce Panthéon où la patrie reconnaissante honore ses grands hommes, les étudiants d’origine caribéenne découvrent au contact les uns des autres mais aussi de jeunes Africains une part de leur identité longtemps refoulée, la composante africaine dont ils prennent progressivement conscience au fur et à mesure qu'émerge une conscience forte de la situation coloniale.

Insulté un jour de 1934 dans la rue par un passant qui l’interpelle de manière condescendante : « Eh, petit nègre ! », Césaire décide de fonder, en septembre 1934, avec le Guyanais Léon Gontran Damas, le Guadeloupéen Guy Tirolien et les Sénégalais Senghor et Diop, un journal, L’Étudiant noir, laboratoire des engagements à venir, où apparaît pour la première fois le terme de «Négritude», un terme repris en flambeau pour faire face la tête haute. Le concept, forgé par Aimé Césaire en réaction à l'oppression culturelle du système colonial français, vise à rejeter d'une part le projet français d'assimilation culturelle et d'autre part la dévalorisation de l'Afrique et de sa culture, des références que le jeune auteur et ses camarades mettent à l'honneur. Construit contre le projet colonial français, le projet de la négritude est plus culturel que politique. Il s'agit, au delà d'une vision partisane et raciale du monde, d'un humanisme actif et concret, à destination des tous les opprimés de la planète. Cette parole, Aimé Césaire la porta haut et fort sur de multiples routes, politiques ou poétiques, la définissant comme « un cri nègre » voué à ébranler « les assises du monde ».

Quinze ans avant son célèbre Discours sur le colonialisme, il entend défendre la spécificité culturelle africaine dans sa multiplicité, et lutter contre l’assimilation culturelle véhiculée par l’idéologie colonialiste. Un combat moins politique et racial qu’humaniste. « Je suis de la race de ceux qu’on opprime », dira t il, ouvrant la voie à la décolonisation, mais aussi contribuant à « désaliéner » des peuples nourris d’une culture livresque exclusivement française.

Une conquête possible dont l’esprit empreint son premier recueil de poésie, Cahier d’un retour au pays natal, publié en 1939, où se rejoignent la négritude, les Antilles et l’Afrique, son histoire et la fraternité des communautés noires du monde entier.

Une poésie née de son action. Revenu à Fort-de-France avec sa femme Suzanne en 1939, il fonde, avec René Ménil, Georges Gratiant et Aristide Maugée, la revue Tropiques, puis, en 1947, avec Alioune Diop, la revue Présence africaine, qui seront deux formidables outils éditoriaux pour leurs revendications et la diffusion des littératures noires.Cette revue deviendra ensuite une maison d'édition qui publiera plus tard, entre autres, les travaux de l'égyptologue Cheikh Anta Diop, et les romans et nouvelles de Joseph Zobel.
Soutenu par André Breton, qui le surnomme « le nègre fondamental », rencontré pendant la guerre en Martinique et bientôt préfacier du Cahier et des Armes miraculeuses, Aimé Césaire est très influencé par le surréalisme, où il puise, autant que dans sa colère anticolonialiste, une langue rebelle. Car Aimé est avant tout un poète.

Si tout est poésie chez Césaire, tout est aussi par la force des choses politique. Il entre en « carrière » presque par hasard à son retour de France, après un séjour en Haïti, au sortir de la guerre qui avait vu le blocus de la Martinique par les États-Unis, très méfiants à l’égard du régime de Vichy, le régime répressif et raciste instauré par le vichyste Robert et l’éviction des conseils locaux des élus de couleur, remplacés par des descendants de colons békés.

En 1950, c'est dans la revue Présence Africaine que sera publié pour la première fois le Discours sur le colonialisme, charge virulente et analyse implacable de l'idéologie colonialiste européenne, où Césaire compare avec audace au nazisme auquel l'Europe vient d'échapper. Les grands penseurs et hommes politiques français sont convoqués dans ce texte par l'auteur qui met à nue les origines du racisme et du colonialisme européen.

Peu enclin au compromis, révolté par la position du Parti Communiste Français face à l'invasion soviétique de la Hongrie en 1956, Aimé Césaire publie une «Lettre à Maurice Thorez» pour expliquer les raisons de son départ du Parti. En mars 1958, il crée le Parti Progressiste Martiniquais (PPM), qui a pour ambition d’instaurer «un type de communisme martiniquais plus résolu et plus responsable dans la pensée et dans l'action». Le mot d'ordre d'autonomie de la Martinique est situé au cœur du discours du PPM.

Parallèlement à une activité politique continue (il conservera son mandat de député pendant 48 ans, et sera maire de Fort-de-France pendant 56 ans), Aimé Césaire continue son œuvre littéraire et publie plusieurs recueils de poésie, toujours marqués au coin du surréalisme (Soleil Cou Coupé en 1948, Corps perdu en 1950, Ferrements en 1960). À partir de 1956, il s'oriente vers le théâtre. Avec Et les Chiens se taisaient, texte fort, réputé impossible à mettre en scène, il explore les drames de la lutte de décolonisation autour du personnage du Rebelle, esclave qui tue son maître puis tombe victime de la trahison. La Tragédie du Roi Christophe (1963), qui connaît un grand succès dans les capitales européennes, est l'occasion pour lui de revenir à l'expérience haïtienne, en mettant en scène les contradiction et les impasses auxquels sont confrontés les pays décolonisés et leurs dirigeants. Une saison au Congo (1966) met en scène la tragédie de Patrice Lumumba, père de l'indépendance du Congo Belge. Une tempête (1969), inspiré de Shakespeare, explore les catégories de l'identité raciale et les schémas de l'aliénation coloniale.

Jusqu’à la fin, lisant les quotidiens ou les grands textes, Césaire aura conservé cette énergie d’insurrection qui a nourri tous ses actes, tenant verbe haut, riant de bon cœur. En 2005, il avait refusé de recevoir le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy en réaction contre la loi du 23 février reconnaissant « le rôle positif de la présence française outre-mer ».

En septembre dernier, une citation du poète était ajoutée à la définition du mot « colonisation » dans le Petit Robert, tirée de son Discours sur le colonialisme : « colonisation = chosification ».

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