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abdoumenfloyd
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ALGERIE ;JE T'AIME... “TRAVAILLONS TOUTES ET TOUS ENSEMBLE A L’INSTAURATION DE LA 2e REPUBLIQUE"
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17.01.2008
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ASSASSINATS

Algérie : le procès de l’assassinat de Matoub Lounes fixé au 9 juillet

Posté le 01.07.2008 par abdoumenfloyd

Le procès des assassins présumés du chanteur Matoub Lounes, tué le 25 juin 1998 dans un attentat perpétré par un groupe armé à Tala-Bounane sur la route départementale n° 100 reliant Tizi-Ouzou à Beni Douala, a été fixé au mercredi 9 juillet au tribunal de Tizi-Ouzou, a appris aujourd'hui toutsurlalgerie.com de source judiciaire.

Les deux prévenus, Malik Medjnoun et Abdelhakim Chenoui, ont été arrêtés en septembre 1999. Mais leur procès a été reporté à deux reprises : le 20 décembre 2000 puis le 5 mai 2001.

Le 9 juillet prochain, ils devront répondre des chefs d'accusation d’appartenance à un groupe armé et complicité de meurtre. Le 24 juin dernier le procureur général de Tizi-Ouzou, Taib Laazizi, en recevant la famille de Matoub Lounes, avait pris l'engagement de programmer le procès avant la clôture de la session criminelle en cours.




--

Que sont devenus les “Boudiafistes” ?

Posté le 30.06.2008 par abdoumenfloyd

16 ème anniversaire de l’assassinat du président du HCE

“Seize ans après la disparition du regretté président du Haut-comité d’Etat (HCE) Mohamed Boudiaf, son assassinat demeure toujours une énigme et on se pose encore la question qui se cache derrière l’assassinat de Boudiaf ?”, a déclaré, hier, Nacer Boudiaf (fils du défunt) lors de la cérémonie de recueillement au cimetière d’El Alia, à Alger. Près d’une cinquantaine de personnes ont tenu commémorer le 16ème anniversaire du décès de Mohamed Boudiaf.

Les officiels et les hommes politiques ont brillés par leur absence. Hormis Amara Benyounes, secrétaire général de l’UDR, les acteurs du monde politique , surtout ceux se revendicant durant les périodes electorales de feu Boudiaf, ont oublié la route vers le cimetière d’El Alia. La cérémonie de recueillement qui n’a pas duré plus d’une poignée de minutes a été surtout marquée par la présence de la famille du défunt, des compagnons de lutte et de quelques personnalités. L’absence de Fatiha Boudiaf, veuve du défunt était visible. Cette dernière, selon le fils du défunt, est hospitalisée au Maroc.

Une gerbe de fleurs a été déposée devant la sépulture du défunt au carrée des martyrs par un groupe de scouts et ce, en signe de reconnaissance au combat, à l’engagement et au parcours de Si Tayeb El Wattani.

En outre, Nacer Boudiaf a commenté l’absence très remarquée des officiels lors de cette cérémonie, “ c’est bien regrettable ; ce sont surtout des anonymes qui sont venus marquer cette date."

Par ailleurs, il dira que " nous avons compté sur la fondation Mohamed-Boudiaf mais malheureusement cette dernière n’existe que sur le papier ", tout en ajoutant que " la fondation en question laquelle est actuellement gérée par des anonymes qui n’ont rien avoir avec l’histoire et le combat du défunt, n’est pas reconnue par le gouvernement ; la seule mission qu’elle effectue c’est le recueillement traditionnel qu’organise la fondation au cimetière El Alia".

Pour sa part, Mme Djamila Khiar a indiqué que " Mohamed Boudiaf avait redonné espoir aux jeunes Algériens durant une période n’excédant pas six mois."

A l’occasion de la commémoration du 16ème anniversaire de la disparition du révolutionnaire que fut Mohamed Boudiaf, la fondation portant son nom organise des journées commémoratives consacrées au parcours du défunt et ce, depuis hier au 3 juillet prochain, à la Bibliothèque nationale.

L.O

La rue Matoub Lounès sera inaugurée le 3 juillet à Paris

Posté le 28.06.2008 par abdoumenfloyd
Elle est fixée dans le 19éme Arrondissement

C’est la première fois qu’une rue à Paris portera le nom d’une personnalité Kabyle.
“Rue Lounès Matoub, 1956-1998- chanteur Algérien d’expression berbère, assassiné en Kabylie le 25 juin 1998.”

C’est ce qui est écrit désormais sur la plaque et à laquelle devraient se référer les Français et les étrangers qui auront à traverser cette rue, située dans le 19éme arrondissement de la capitale française.

La rue Lounès Matoub donne sur le Boulevard Mac Donald, à quelques encablures de la salle de spectacles du Zénith. Cette rue qui fera la fierté de l’Algérie, puisqu’elle porte le nom de l’un de ses plus grands hommes, est aussi sise non loin d’autres rues comme la Rue André Gide (prix nobel de littérature) et la rue Aimé Césaire, un autre géant de la littérature. La sœur du Rebelle et sa mère devaient se rendre hier soir à Paris afin de prendre part à la cérémonie qui aura lieu le 3 juillet prochain. L’inauguration est prévue à 11 h en présence de Delanse Bertrand, Maire de Paris, et du maire du 19e arrondissement ainsi que d’un nombre important de personnalités algériennes et françaises. Un artiste français fera une intervention pour évoquer notre poète.

Malika Matoub, contactée hier par téléphone, nous a confié que l’inauguration d’une rue à Paris au nom de son frère “est une consécration méritée car Matoub a sacrifié sa vie pour l’Algérie et l’Amazighité.”

Désormais, plusieurs rues portent le nom de Lounès Matoub en France. Au total, neuf édifices et rues sont baptisées Lounes Matoub dans ce pays qui compte une forte communauté berbère.

En Algérie, une seule place porte son nom à l’entrée-ouest de la ville de Tizi-Ouzou !!!!

Aomar Mohellebi

LA D/K

Boumediene mort empoisonné en Syrie ?

Posté le 26.06.2008 par abdoumenfloyd

L’ex- ministre des affaires présidentielles et étrangères irakiennes, Hamed El Djabouri, affirme que le président Houari Boumediene est mort empoisonné suite à sa visite dans la capitale syrienne, Damas où il a assisté à son dernier sommet arabe. L’ex- ministre des affaires étrangères algérien Mohamed Seddik Benyahia, aurait lui, été victime d’un tir de missile irakien.

El Djabouri, qui témoignait dans l’émission «Chahid ala el Asr» (Témoin de l’Epoque), sur la chaine « El-Djazira », relate qu’il avait vu le président Boumediene se transformer en fantôme suite à l’effet du lithium. Il précise : «Boumediene a commencé à maigrir jusqu’à ressembler à un fantôme, ses cheveux sont tombés et ses os sont devenus si fragiles qu’ils se brisaient facilement». El Djabouri poursuit: « je savais de quoi souffrait le président Boumediene; il a été empoisonné avec un type de poison ravageur: le lithium, et j’ai eu à voir un cas similaire ici en Irak et l’issue est la mort pour quiconque en consommerait».

El Djabouri révèle qu’il se tenait constamment au courant de l’état du défunt président étant donné la place de l’Algérie dans le cœur des irakiens, et que le docteur Ahmed Taleb El Ibrahimi le renseignait sur l’évolution de la santé du président Boumediene –dieu ait son âme- et qu’il lui a confié, lors des derniers jours du président, que le «siège» s’est durci en ce qui concerne les visites quotidiennes de sorte qu’il était le seul à le voir ainsi que quelques personnes très proches car Boumediene avait réellement l’air d’un spectre.

D’autre part, El Djabouri, a levé le voile sur le meurtre de l’ex- ministre des affaires étrangères algérien Mohamed Seddik Benyahia, le 03 mai 1982 suite à l’explosion de l’avion qui le menait de l’Irak vers l’Iran. Rappelons que feu Benyahia agissait en médiateur pour faire cesser la guerre entre les deux pays.

Selon le témoin d’El Djazira, quelques mois après l’assassinat de Benyahia, l’ex- président Chadli Bendjedid aurait délégué son ministre des transports en Irak où il s’est réuni avec le défunt président Saddam Hussein et lui-même.

El Djabouri déclare que le ministre algérien des transports portait un grand registre qu’il a présenté à Saddam et qu’il l’a informé que l’Algérie avait ouvert une enquête sur l’assassinat de son ministre. Pour cela, l’Algérie a procédé à des prélèvements des débris de l’avion et du missile qui l’avait descendu. Des expertises ont été réalisées à l’aide d’experts et de militaires russes, et il est apparu que le missile était irakien, de fabrication russe et ses débris trouvés du côté de la frontière iranienne prouvent qu’il a été tiré à partir du territoire irakien.

Donc, continue El Djabouri, il a été prouvé par la suite que l’avion de Benyahia a été touché par un missile terre-terre tiré à partir d’un avion irakien. Pourquoi, s’interroge El Djabouri, le ministre algérien des transports a-t-il remis le registre à Saddam en lui disant que l’Algérie pensait que son ministre a été tué par des mains irakiennes ?

Saddam est resté pantois et n’a proféré aucun mot mais il était visiblement décontenancé et sur ces entrefaites, le ministre a pris congé en disant: «Au revoir Monsieur le Président».

El Djabouri est amer lorsqu’il relate l’entêtement de Saddam à s’engager dans une guerre avec l’Iran et son rejet de toute médiation musulmane ou africaine qui aurait pu le convaincre que cette guerre était fomentée par les américains. Saddam aurait refusé d’écouter le président Chadli lorsqu’il l’a rencontré, selon l’ex ministre irakien.

Chadli aurait confié à El Djabouri qu’il avait en vain tenté de convaincre Saddam de renoncer à la guerre contre l’Iran. L’ex président irakien avait également fait fi de la médiation pakistanaise, puis guinéenne. Pour El Djabouri, la guerre irako-iranienne a englouti les enfants des deux pays et gelé le processus de développement de l’Irak

Matoub gêne toujours !!!!!

Posté le 26.06.2008 par abdoumenfloyd
SANS COMMENTAIRE !!!!!

Des milliers de personnes lui rendent hommage dans son village de Taourirt-Moussa

Posté le 26.06.2008 par abdoumenfloyd

Matoub : 10 ans après

Il est, certes, physiquement assassiné, mais sa mémoire demeure toujours vivante parmi les siens. C’est le moins que l’on puisse dire du chanteur kabyle et chantre de l’amazighité, Matoub Lounès, lorsque l’on voit toute cette foule venue à Taourirt-Moussa pour prendre part à l’hommage organisé, hier, en sa mémoire.

À regarder cette marée humaine qui a afflué vers la demeure familiale des Matoub et aussi toutes cette émotion qui se lisait sur les visages, on dirait qu’on allait célébrer le premier, sinon le deuxième anniversaire de la mort du Rebelle, mais il suffisait de jeter un regard sur une des banderoles attachées çà et là pour comprendre qu’il s’agissait bel et bien du 10e anniversaire.
Il faisait pourtant chaud hier, quasiment aussi chaud que le 25 juin 1998 où la mort attendait le Rebelle au bout d’une des centaines de virages de la route de Béni Douala, mais ceci n’a pas empêché des milliers de personnes d’emprunter, pour la dixième fois pour les plus fidèles, le chemin sinueux et escarpé de Béni Douala pour ne pas manquer la célébration de la mémoire de celui que l’on considère toujours vivant, même si la mort a eu raison de son physique déjà maintes fois mutilé. La couleur de ce qui allait être l’événement à Taourirt a été déjà annoncée à Thala Bounane où, vers 10h, la route était déjà bloquée par une foule venue se recueillir sur le lieu où fut assassiné sous une torride chaleur et par les balles d’un groupe armé, un 25 juin 1998, celui qui se savait pourtant glisser lentement et dangereusement sur la pente fatale de sa destinée, mais continuait à provoquer la mort, à la narguer, et même parfois à l’appeler de ses vœux. C’était un rendez-vous jamais fixé, mais Thala Bounane, situé à quelques kilomètres à la sortie de la ville de Tizi Ouzou en allant vers Béni Douala, est devenu un lieu incontournable pour tous ces fans et tous ceux qui ne peuvent évoquer la chanson kabyle, l’identité berbère et le combat démocratique sans se référer à Matoub Lounès. Parmi la foule, on distingue la mère et la sœur du défunt rebelle, des délégués des archs, des représentants de plusieurs associations et de nombreux anonymes. Après un dépôt de gerbes de fleurs, l’inauguration d’une stèle et une brève allocution de Malika Matoub, tout le monde s’est engouffré dans des véhicules qui se sont ensuite dirigés en un long cortège vers Taourirt-Moussa où une foule déjà importante s’est formée devant la porte de la demeure des Matoub, devenue le siège de la fondation portant son nom, et aussi devant le tombeau de Lounès vers lequel il devenait au fil des minutes impossible de se frayer un chemin. Le crépitement des flashs des appareils photos devenait de plus en plus intense et les gerbes de fleurs ne cessaient de s’entasser formant une “montagne” bariolée ne laissant point apparaître la tombe de celui, qui de son vivant, était considéré comme le porte-parole des sans voix, et, qui, après sa mort, ne continue pas seulement de survivre à l’usure du temps, mais à constituer toujours un repère non des moindres pour tous ceux qui aspirent à vivre dans une véritable république démocratique. De nombreux véhicules immatriculés dans différentes wilayas du pays ont été observés dans les alentours de la maison des Matoub. Ce qui témoigne de la présence de délégations et de citoyens venus, si l’on se réfère aux numéros d’immatriculations de Béjaïa, Bouira, Alger, Tipasa, et d’autres encore.
À 11h, la foule, tel un seul homme, s’est tue pour observer une minute de silence suivie d’une prise de parole et de dépôt d’autres gerbes de fleurs. Même une délégation de la JSK composée de Meftah, Douicher, Berefane, Amaouche et le président du comité de supporters, Lazri, a tenu à être présente à ce 10e anniversaire. À l’occasion de son intervention, Malika Matoub n’a pas manqué de revenir sur le parcours de Lounès et sur l’évolution de l’affaire au niveau de la justice et surtout d’aborder l’entretien et les déclarations “rassurantes” du procureur général.
Cette intervention a été suivie par une déclamation de poèmes, en hommage au Rebelle, par de enfants qui n’étaient pas encore nés lorsque Matoub fut assassiné. Ce qui laisse comprendre que ça ne sera sûrement pas demain la veille que la mémoire de Matoub sera effacée.

Samir LESLOUS

Malika Matoub : “Je veux savoir qui a tué Lounès !”

Posté le 25.06.2008 par abdoumenfloyd

Pouvez-vous revenir sur votre rencontre hier avec le procureur général de la cour de Tizi-Ouzou?

Malika Matoub : J’ai été reçue par le procureur général près la cour de Tizi-Ouzou. Je voulais être en présence de témoins sur ce qui allait se discuter. C’est pourquoi j’étais accompagnée d’une dizaine de représentants de différentes organisations de la société civile.

Vous confirmez donc l’engagement du procureur général au sujet de la tenue du procès avant la fin du mois en cours...

Bien sûr ! Il a été clair et affirmatif. Le procureur général dit que le procès va se tenir au courant de la session criminelle en cours.

Mais vous avez toujours contesté la tenue du procès sans un travail d’enquête sérieuse au préalable. Un travail non encore réalisé !

Je l’ai dit au procureur général. Il nous a rassuré que le jour de la tenue du procès, la famille pourrait déposer un mémorandum. Effectivement, nous avons des revendication dont la satisfaction est indispensable pour la tenue d’un procès qui permettrait à la vérité d’éclater.

Le procureur général pouvait-il demander un complément d’enquête?

Bien entendu. Il a les prérogation pour le faire dans la mesure où il le jugerait nécessaire. La loi l’autorise.

Comment tenir ce procès alors que vous avez tout le temps réfuté la thèse que ce sont Chénoui et Medjnoun, actuellement détenus, qui seraient, entre autres, les meurtriers de Lounès ?

Ce que je demande, c’est une véritable enquête. Tant qu’il n’y a pas d’enquête scientifique avec une reconstitution des faits et l’audience de toute personne impliquée, je n’adhérerais jamais à cette thèse.

Ce travail est préalable. Je refuse la désignation extraordinaire des accusés. Ceux qui ont désigné les deux personnes que vous citez dans votre question, notamment le chef des Patriotes de la région, doivent venir témoigner ? La famille de Chénoui a rendu public un communiqué dans lequel elle disait que c’est le chef Patriote de la région qui l’a interpellé.

C’est vrai, je ne suis pas là pour régler des comptes. Je demande juste que justice soit faite. Je veux savoir qui a tué mon frère. Je veux aussi savoir comment il a été tué.

C’est à la justice de faire ce travail et non pas aux communiqués de presse et aux écrits journalistiques. Ces derniers ne peuvent pas élucider cette affaire.

L’information de la tenue du procès a déjà circulé à maintes reprise. Ne peut-il pas s’agir que d’une promesses de plus?

C’est vrai qu’il y a quelques mois, la presse a annoncé sa tenue imminente cette fois-ci, c’est différent.
Le procureur général l’a dit publiquement. On ne peut pas m’induire en erreur.

J’étais avec des témoin et j’ai rendu public un communiqué à ce sujet. C’est au parquet d’assurer. La tenue du procès est encore remise aux calandres grecques.

Les activités organisées pour marquer l’anniversaire de l’assassinat de votre frère sont en deçà de ce qu’il mérite.
Pourquoi pas un grand événement surtout pour les 10 ans ?

Ce n’est pas une Fondation ou une association, dépourvues de moyens qui peuvent organiser des évènements grandioses.

Il faut que ce soit une institution étatique, avec les moyens adéquats, qui pourrait organiser ce genre d’évènement.

Toutefois pour cette année, nous avons réussi le concours de poésie Matoub Lounès

Un dernier mot ?

Nous continuerons à demander la vérité, toute la vérité sur l’assassinat de mon frère, je veux savoir qui a tué Lounès et comment il a été tué ?

Si nous voulons faire un saut vers l’avenir, on ne peut pas occulter cette affaire. Tant que le pouvoir fait la sourde oreille, on continuera à exiger cette vérité.


Entretien réalisé par Aomar Mohellebi

MATOUB ; Parcours, légende et destin d’un artiste particulier

Posté le 25.06.2008 par abdoumenfloyd
Le contexte historique de l’émergence de Matoub Lounès

Le bouillonnement culturel et militant ayant caractérisé le combat pour l’amazigité au milieu des années 70 ne fut pas un coup de tonnerre dans un ciel serein.

A la fin des années 60 et tout au long de la décennie qui suivra, une véritable renaissance culturelle s’est développée dans un système underground, en dehors des circuits administratifs, de la bureaucratie et de la censure du parti unique. Les cours informels de berbère assurés à l’université d’Alger par Mouloud Mammeri étaient assidûment suivis par des étudiants engagés dans le combat culturel ; ces cours seront brutalement interrompus par l’administration et la fougue de l’élite kabyle prit d’autres relais.

Un point de ralliement sera consigné par Bessaoud Mohand Arab en fondant, avec des amis, l’Académie berbère de Paris. Autour de cette institution bénévole graviteront des étudiants, des chanteurs émigrés et de simples travailleurs. Des relais seront implantés en Algérie, particulièrement à Alger et en Kabylie, par l’intermédiaire d’étudiants, de lycéens et de certaines personnes plus ou moins instruites acquises à la cause de la défense de la culture berbère. Mohamed Haroun, étudiant au lycée technique de Dellys, sera un fervent et efficace ambassadeur de cette institution au niveau de la Kabylie.

L’arbitraire du pouvoir avait interdit toute expression publique de la culture berbère : des élèves de lycées de Kabylie ont plusieurs fois été contraints de jouer des pièces de théâtre en arabe classique ; la télévision d’Etat ignorait complètement la dimension berbère de la culture algérienne en faisant l’impasse sur cette langue et en faisant un matraquage propagandiste sur et dans la langue arabe ; tous les signes qui renvoient à cette culture sont pourchassés, y compris par les forces de répression. La provocation alla jusqu’à programmer des chanteurs arabophones au cours d’une édition de la Fête des Cerises de Larbaâ Nath Irathène, ce qui entraîna de graves troubles et une féroce répression des populations.

Cette attitude ségrégationniste avait, comme de bien entendu, renforcé la conviction des femmes et des hommes de culture, des lycéens et des étudiants, quant à la justesse du combat amazigh. Cela se traduisit par un travail encore plus profond et plus élargi de tous ceux qui, souvent avec des moyens dérisoires, s’étaient investis dans la culture.

Loin de nous l’idée de procéder à un inventaire des œuvres et des personnalités qui allaient constituer le ferment de la lutte pour la culture berbère pendant les années qui ont précédé l’explosion d’Avril 1980 ; on ne peut cependant faire l’impasse sur certains hommes et certains symboles qui ont fini par faire corps avec la société : le chanteur et militant Ferhat Imazighen Imoula, Aït Menguellet, Ben Mohamed, Mohia, Slimane Azem, Mammeri, la JSK…

C’est dans ce contexte que surgit une voix rocailleuse, porteuse de rébellion et d’espoir à la fois. Matoub Lounès agrégera dans son action et son travail artistique les plus-values culturelles de ses prédécesseurs en y apportant sa touche personnelle faite de fougue, de combativité exceptionnelles. On ne pourra jamais dresser une liste exhaustive pour une période qui a fait intervenir également des anonymes, des militants sans ‘’statut’’ particulier. En tout cas, chanteurs, écrivains, animateurs d’associations et de revues interdites, animateurs villageois, tous ont contribué, d’une manière ou d’une autre, à l’éveil de la conscience berbère en Kabylie.

Même les organes officiels de l’Etat ont été investis, d’une manière subtile et intelligente, par les défenseurs de la démocratie et de la culture berbère ; nous faisons particulièrement allusion à la Radio d’expression kabyle, la Chaîne II, où ont pu s’exprimer des hommes et des femmes de grande valeur à l’image de Benmohamed, Boukhalfa, Hadjira Oulbachir, …etc. et à l’hebdomadaire “Algérie Actualités’’ où travaillaient des plumes prestigieuses comme Tahar Djaout, Abdelkrim Djaâd…qui ont pu éclairer l’opinion sur un certain nombre de sujets complexes liés à la culture.

Il s’ensuivit alors un bouillonnement culturel sans précédent suite auquel la société kabyle a renoué avec les grands symboles de sa culture et de son histoire : Massinissa, Jugurtha, Juba, Jean et Taos Amrouche, Feraoun, Abane Ramdane, Krim Belkacem, etc. Presque tous ces symboles ont servi dans la chanson de Lounès pour illustrer le combat des ancêtres, tirer les leçons de erreurs du passé et tracer des voies nouvelles pour l’émancipation politique, sociale et culturelle de la jeunesse algérienne en général et kabyle en particulier.

Une esthétique de la rébellion

Trop rares sont les poèmes de Matoub Lounès où la vie privée du chanteur soit assez éloignée des thèmes majeurs qu’il a eu l’occasion de traiter dans sa courte mais exaltante vie. Au cours d’une carrière artistique qui s’étale sur environ vingt ans- et que seul son destin tragique a pu arrêter à Tala Bounane un certain 25 juin 1998-, Matoub a carrément bouleversé le cours de la chanson kabyle en lui apportant un souffle nouveau marqué par la fougue et le rythme de la jeunesse, l’esprit rebelle et une sensibilité à fleur de peau. Pourtant, en venant à la chanson, il n’a pas trouvé le terrain vierge. Au contraire, une génération post-Indépendance, pleine d’énergie et d’imagination, a pu s’imposer auprès d’un auditoire assoiffé des mots du terroir et des rythmes ancestraux, catégories artistiques niées et malmenées par la culture officielle imposée par le parti unique. Ainsi, Aït Menguellet, Ferhat Imazighène Imula et Idir ont pu se mettre au diapason des aspirations de la jeunesse de l’époque, et le cours des événements a fait d’eux- peut-être à leur corps défendant- des ‘’porte-paroles’’ attitrés d’une population déçue par l’ère de l’après-indépendance faite d’arbitraire, de népotisme, de négation des libertés et de l’identité berbère. C’est dans ce contexte, dont le début de maturation peut être situé aux alentours de 1977, année du double trophée de la JSK (Coupe d’Algérie et championnat) qui a vu une jeunesse kabyle enthousiaste et déchaînée cracher les quatre vérités au président du Conseil de la révolution présent sur le stade du 5 Juillet à Alger. Pour punir la région pour une telle ‘’indiscipline’’, le gouvernement rebaptisa la JSK du nom de la JET (Jeunesse électronique de Tizi Ouzou), sujet qui fera l’objet d’une chanson de Matoub.

Sur ce terrain déjà abondamment fertilisé par une prise de conscience de plus en plus avancée, Matoub évoluera en apportant sa touche et son style personnels et qui se révéleront par la suite comme une véritable révolution dans la chanson kabyle en général.

Après les premières chansons où se mélangent amour, ambiance de fête et rébellion primesautière, thèmes bâtis sur des textes généralement courts et des rythmes vifs, Matoub Lounès épousera la ‘’courbe’’ des événements en s’en faisant parfois le ‘’chroniqueur’’, le commentateur et l’analyste.

Et le premier et le plus important événement que Matoub a eu à vivre dans sa région, alors qu’il était âgé d’un plus de vingt-cinq ans, était bien sûr le Printemps berbère d’Avril 1980. Pour toute la population de Kabylie, et même pour l’ensemble du pays, Avril 1980 est considéré comme le premier mouvement sortant des entrailles de la population après l’indépendance du pays en 1962. Tout ce qui s’est passé avant cette date- fussent-elles des émeutes- était circonscrit aux luttes du sérail et était géré en tant que tel. Le Mouvement Berbère de 1980, qui a commencé en mars et dont les plus gros troubles se sont étalés sur quatre mois- en vérité, ce Mouvement n’a jamais pris fin et tout ce que vivra la Kabylie des décennies plus tard est frappé du sceau d’avril 80-, allait constituer le bréviaire et le champ d’action de la poésie de Matoub. “L’Oued Aïssi’’, “Si Skikda i t n id fkène’’, et d’autres chansons aussi émouvantes et fougueuses les unes que les autres, sont le point de départ d’un parcours de chanson engagée que ne démentiront ni le temps ni les événements. ‘’Engagé’’, une épithète certes galvaudée, par le pouvoir politique d’abord- car il place et classe tous ses courtisans, artistes ou autres faux intellectuels, dans cette catégorie tant ‘’convoitée’’- et ensuite par de médiocres chansonniers à la recherche d’une hypothétique gloire qui viendrait, si c’est possible, de la débordante générosité du sérail. Mais tel que défini initialement, Matoub répond parfaitement- et jusqu’au drame- aux canons de l’engagement.

Partant de ce constat irréfutable, il s’avère que c’est sans grande surprise que l’on découvre à quel point la vie personnelle, et même intime, du chanteur vient se mêler, s’imbriquer et parfois se confondre au destin collectif que Matoub met en scène dans ces poèmes. Et ce n’est pas par hasard que les chansons qui excellent dans se genre d’ ‘’amalgame’’ volontaires soient les plus volumineuses, les plus longues. Que l’on s’arrête sur ‘’Azrou n’Laghrib’’ (1983), ‘’Ad Regmegh qabl imaniw’’ (1982) et l’inénarrable ‘’A Tarwa n’Lhif’’ (1986). Toutes les trois portent la marque d’une errance de l’auteur- où se mêlent éléments réels et quelques séquences de fiction poétique- associée à l’épopée de toute une région, un pays, une nation. D’autres textes plus courts adoptent la même architecture : ‘’A y ammi aâzizène, ayn akka tghabedh ghef allan ?’’, ‘’Tkallaxm-iyi di temziw, xellasgh awen ayn ur d ughagh’’, ‘’Ugadegh ak Rwin…’’, …etc.

Toujours présent

La Kabylie ne se résout pas encore à vivre sans la voix rocailleuse de vrai montagnard et sans la sensibilité fougueuse de l’écorché vif que fut Matoub Lounès. Sa pesante absence s’est imperceptiblement muée en une formidable et indicible présence auprès d’une jeunesse qui se reconnaissait totalement en lui et qui n’arrive pas encore, dix ans après son lâche assassinat à Tala Bounane, à faire son travail de deuil.

Plus qu’un simple phénomène culturel exclusivement lié à la chanson et à son mode d’expression, loin du show biz connu sous les cieux agités de l’Occident, l’attachement à l’idole Matoub est un fort symbole, une forme d’identification historique et culturelle, une plongée dans les mythes fondateurs de la Kabylie et un porte-étendard de la résistance à l’oppression et à l’arbitraire.

La vérité est que le travail accompli par les maîtres et les savants (les amusnaw modernes), à l’image de Mouloud Mammeri, pour la réhabilitation et la promotion de la culture berbère n’était pas accessible directement au commun des citoyens. Bien que Dda Lmulud eût déployé des efforts surhumains au début de l’ouverture démocratique- alors qu’il avait allègrement franchi le cap des 70 ans- pour porter le plus loin possible le message d’une renaissance amazigh, la mission avait bien besoin de médiateurs culturels agissant directement sur le terreau social existant sans sophistication intellectuelle ni complication conceptuelle. Ce fut le rôle joué naturellement par les hommes d’art et de culture de la trempe de Matoub Louenès.

Avec les mots simples de la tribu- auxquels il redonna sens et puissance -, il parvient à toucher toutes les franges de la société par ses belles métaphores, ses colères justifiées ou circonstancielles, ses envolées lyriques, ses poésies épiques et ses mélodies alliant authenticité et originalité.

Matoub devint un mythe de son vivant auprès des jeunes kabyles à la recherche de repères et de confiance en soi. Ses chansons étaient et sont toujours exécutées et répétées dans les fêtes, dans les écoles, dans les ateliers de travail. Elles sont écoutées à la maison, dans la voiture et sur la voie publique. Elles sont psalmodiées sur le frêne qu’on effeuille, sur l’olivier qu’on gaule et sur les bancs de l’école qu’on boude. Elles sont entonnées à gorge déployée et à poitrine bombée pendant les marches et manifestations. Elles sont susurrées a capella dans les chambres nues d’adolescents chagrinés, dans les cuisines de jeunes filles déscolarisées et dans les turnes et piaules silencieuses des cités universitaires.

Aucun espace public ou privé n’échappe à la matoubania. Son assassinat a été ressenti comme l’un des plus grands drames qu’ait eu à connaître la Kabylie depuis l’Indépendance du pays. Il faut avoir un cœur d’airain et une foi qui ébranle les montagnes pour ne pas désespérer, pour ne pas faillir, pour ne pas défaillir. Et c’est tout l’enseignement de Matoub, allant dans le sens de la pugnacité, de la bravoure et du dévouement total, qualités que s’est appropriée la nouvelle jeunesse de Kabylie pour forcer les horizons à s’ouvrir et le destin à s’accomplir.

Amar Naït Messaoud

Matoub Lounès : le procès de l’assassinat pour bientôt ?

Posté le 25.06.2008 par abdoumenfloyd

Faut-il y croire ? Le procureur général de Tizi-Ouzou a annoncé aujourd'hui à la mère et la sœur du chanteur assassiné Matoub Lounès que le procès des assassins présumés pourrait s’ouvrir dans quelques jours. Mais il n’a donné aucune date concernant la tenue de la première audience.

Le procureur a reçu les membres de la famille Matoub après un sit-in observé ce matin devant la cour de Tizi-Ouzou pour exiger que « toute la vérité sur l’assassinat de Lounes Matoub » soit établie.

Matoub Lounes a été tué le 25 juin 1998 à Tala Bounane entre Tizi-Ouzou et Beni-Douala par un groupe armé. Le procès de deux inculpés a été annoncé dans un premier à Alger, puis à Boumerdès pour enfin atterrir à Tizi-Ouzou. Il y a quelques mois une date pour la tenue du procès a été même avancée par une source judiciaire. Mais elle n’a jamais été tenue.

Le procès en question verra le jugement de deux mis en cause en détention : Malik Medjnoune arrêté le 28 septembre 1999, et Abdelhakim Chenoui un ancien islamiste armé qui s’était rendu aux autorités dans le cadre de la concorde civile en septembre 1999. Ils sont tous les deux poursuivis pour appartenance à un groupe armé et complicité de meurtre avec préméditation.

L.M. (avec TSA)

Il y a dix ans était assassiné Matoub Lounès

Posté le 25.06.2008 par abdoumenfloyd

Ils ont tué Lounès le 25 juin 1998. Ils avaient essayé déjà, mais à chaque fois Lounès était reparu. » Ainsi s’annonçait le livre témoignage Pour l’amour d’un Rebelle écrit par son épouse, Nadia, et paru en 2000 à Paris aux Editions Robert Laffont. La vie de Lounès aura été jalonnée d’épisodes dramatiques qui ne faisaient que lui rappeler son statut de sursitaire dans une époque où l’intolérance produit des « chasseurs de lumières » qui privent le ciel de ses étoiles et la Terre de sa lumière.
Sinon, sa vie aura été celle d’un homme exceptionnel de part sa bravoure légendaire que le commun des humains avait cru ne relever que de l’imaginaire. En effet, ni l’anathème et les rumeurs assassines distillées intentionnellement pour le diaboliser et tenter de le mettre au ban de la société, ni les intimidations, les pressions et les menaces, ni même les attentats qui l’ont mutilé physiquement n’ont pu avoir raison de son courage et de son abnégation qui laissaient admiratifs plus d’un. Tel un phénix, il renaissait de ses cendres, à chaque fois que la folie et l’ignorance le frappaient. « Si vous croyez que vos balles peuvent me tuer, me revoilà, plus vivant que jamais », déclamait-il dans L’ironie du sort sortit en 1989. L’autre de ses qualités avérées et qui a souvent été à l’origine de pas mal d’incompréhensions, est sans nul doute sa singulière sincérité dans tout ce qu’il entreprenait, disait ou faisait. Il y a quelque temps, l’une de ses grandes amitiés, une grande dame faite de valeurs humaines et de principes politiques inébranlables, à l’image d’ailleurs de son grand ami Lounès, nous disait à juste titre qu’il « était versatile comme tous les grands artistes ». C’est méconnaître la part de l’humanité qui caractérise la personnalité du barde que de prendre sa franchise pour de l’inconstance. Beaucoup se rappellent encore de la controverse dont il avait été à l’origine, lors de la célébration du l0e anniversaire du Printemps amazigh lorsqu’il vilipenda les principaux acteurs du Mouvement culturel berbère (MCB) dans un discours qui avait failli transformer le grand gala en une arène de gladiateurs.

La déception était grande. Et pour cause, une célébration particulière qui intervenait pour la première fois en démocratie dans le multipartisme et dans la liberté, de sorte que des Imazighen du Maroc, de Djerba, de Libye, des Aurès, de Cherchell, de la vallée du M’zab, du Tassili, du Niger, de la Mauritanie et du Mali ainsi que des îles Canaries, tous ont tenu à marquer de leur présence ce grand moment de retrouvailles qui fut gâché par l’inattendue sortie au vitriol de Matoub. Certains, de retour chez eux, avaient, sous le coup de la colère, réservé un autodafé des œuvres de l’artiste qu’ils avaient aimé depuis ses débuts. Pourtant, une semaine après, il était l’invité de la coordination des étudiants de l’université de Hasnaoua pour donner une conférence sur « la musique populaire chaâbi » de El Anka à nos jours. La salle était pleine comme un œuf. Dehors, des milliers d’étudiants et de citoyens qui n’ont pas pu y accéder poireautaient. Le conférencier du jour s’avéra être un fin connaisseur de la musique et de son histoire. Mais ce que l’assistance attendait, c’était le débat qui allait suivre. Comme attendu, la première question d’une étudiante, visiblement émue, reprocha à Lounès, avec beaucoup de tendresse d’ailleurs, sa sortie du campus de Oued Aïssi en lui disant : « C’était sur toi que reposait tout notre espoir de réaliser notre union et c’est toi qui a aggravé la division ». Tout souriant et visiblement touché par la sincérité de l’étudiante, Lounès commença sa réponse par une plaisanterie, disant qu’il aurait dû ramener son mandole pour rechanter la chanson qui avait mis le feu aux poudres lors du gala avorté. Reprenant son air sérieux, il ajouta : « Tu sais ma fille, je veux rester authentique de sorte que ceux qui m’aiment sauront pourquoi et ceux qui me haïssent aussi. Mais, je vous donne ma parole aujourd’hui devant tout ce monde que si un jour, je me rends compte que j’ai tort, je n’hésiterai pas une minute à faire mon mea culpa et à me rapprocher de mes adversaires d’aujourd’hui pour leur demander pardon ». C’était là que, personnellement, Lounès m’avait reconquis par sa sincérité qu’il mettra d’ailleurs en œuvre, une année plus tard, en se réconciliant définitivement avec ceux qu’il avait vilipendés. Il avait eu tort, il s’en était rendu compte et il s’est corrigé en bon « homme libre ».

A ce titre, il chantera dans Regard sur l’histoire d’un pays damné : « ...Ce parti ou celui-là, je ne me gênerai pas à les torpiller haut et bas, sans relâche mais sans mépris... ». Et de poursuivre dans la langue pour laquelle il a voué toute sa vie : « ...Ma yella wthegh di gma assagi, tassa w ur ttugi... ». Il sera ainsi l’un des partisans les plus actifs de l’arrêt du processus dit électoral de 1991, qui allait mettre le destin du pays entre les mains du fanatisme religieux. A travers son album L’hymne à Boudiaf, sorti en 1993, il rendra un vibrant hommage à l’auteur de « L’Algérie avant tout » qui a su redonner espoir au peuple en six mois de gouvernance durant lesquels il avait incarné la rupture avec la langue de bois en vigueur et avec l’islamisme avec lequel il avait décidé d’en finir. Malgré la tourmente croissante provoquée par les attentats terroristes qui frappaient les services de sécurité et l’élite nationale dont des journalistes, des compétences mondiales, des militants qui payeront de leur vie leur engagement en faveur de l’Etat républicain, Matoub était de ceux qui ont choisi de rester parmi les leurs. Il prendra part aux assises du Mouvement pour la République (MPR) en novembre 1993 et participera à la grandiose marche du 29 juin 1994 à laquelle avait appelé ce mouvement transpartisan pour exiger toute la lumière sur l’assassinat du président Boudiaf. Un attentat à la bombe fait 2 morts et plus de 70 blessés. En cette année 1994, l’horreur intégriste avait atteint son point culminant. Passant à un stade de barbarie toujours plus abjecte, les islamîstes massacraient les femmes refusant le port du voile, syndicalistes, militants démocrates et citoyens qui refusent la soumission devant leur diktat. L’Etat était à genoux et donc incapable de garantir la sécurité aux citoyens. L’appel à la résistance était lancé et des groupes d’autodéfense se constituèrent aussitôt à travers les hameaux et villages. Avec comme seules armes des fusils de chasse, des armes blanches et la farouche détermination de ne pas laisser les hordes terroristes piétiner l’honneur des villages. Matoub soutient cette solution et encourage les réticents à se constituer dans le cadre de la résistance qui lui était chère et qu’il évoquera avec force sur scène lors de son ultime gala, début 1998, au Zénith de Paris. Démocrate, républicain et amoureux de l’Algérie jusqu’au bout des ongles, il était aussi un laïque qui s’assumait.

Il avait conscience des risques qu’il encourait en adoptant systématiquement des positions frontales vis-à-vis des tenants d’un ordre moyenâgeux, du pouvoir et des réconciliateurs du contrat de Rome sous l’égide de Sant’ Egidio qu’il qualifiera, lors d’une émission télévisée, de « haute trahison ». Il sera kidnappé par les intégristes en septembre 1994 et condamné à mort par un tribunal islamiste avant que ses ravisseurs ne se ravisent et le libèrent quinze jours plus tard sous une pression populaire impressionnante. La peur s’était emparée, pour la première fois, des maquis terroristes. Commencera alors une campagne de diffamation et de dénigrement visant à le détruire par l’anathème et l’immoralité en semant le doute quant à son rapt que certains qualifient encore à ce jour de « vrai faux » kidnapping. Il en sera affecté au plus profond de lui-même et il le fera savoir dans ses œuvres, notamment dans son livre témoignage Le Rebelle (Editions Stock, 1995) qu’il avait tenu à écrire dans le seul but de clouer le bec à ses détracteurs. Cette œuvre lui ouvrira grandes les portes de la consécration et se verra ainsi attribuer le Prix international de la mémoire en France et celui de la liberté d’expression au Canada dont les discours de haute facture, prononcés à ces occasions, témoignent, si besoin est, de la dimension politique et intellectuelle que l’artiste, qui était à l’apogée de son art, avait acquise. Son combat, Matoub le mènera avec courage et sincérité jusqu’au jour fatidique qui marquera à jamais la mémoire collective de tous les hommes et les femmes épris de justice et de liberté. Il sera lâchement assassiné le 25 juin 1998 sur la route menant à son village Taourirt Moussa par un groupe armé qui blessera grièvement son épouse et ses deux belles-sœurs qui l’accompagnaient ce jour-là. L’émotion était telle qu’une chape de tristesse et de douleur s’était abattue sur le pays. Jacques Chirac, entre autres, avait, rappelons-le, exprimé sa « profonde tristesse » devant cet acte ignoble qu’il avait fermement condamné.Le lendemain, le GSPC revendique officiellement cet acte abject. Ses détracteurs de toujours sont de suite montés au créneau pour ne pas rester en marge de l’émotion qui s’était emparée de tout un peuple et du même coup verser une larme de crocodile afin de tenter de faire oublier tout ce qu’ils avaient fait endurer au « barde flingué » durant les dernières années de sa vie.

Ainsi, s’accaparant sans scrupules le symbole dont certains avaient même jubilé à la nouvelle de sa mort, ceux-là mêmes qui sont allés trop vite en besogne en s’investissant dans une campagne sans précédent ; insinuant en public et accusant en privé ses amis d’en être complices, ils ont marqué en fait l’amorce d’une certaine pollution de la scène qui y atteindra son paroxysme entre 2002 et 2005. Il ne s’agît aucunement ici de réinviter l’ineptie et la bêtise pour évoquer la mémoire de Lounès, mais il est inconcevable de continuer à taire l’histoire pour faire dans le politiquement correct tout, en sachant qu’on aura failli au devoir de la sincérité et de la franchise qui faisaient de Matoub un artiste charismatique et redouté. La nostalgie est souvent exprimée par un peuple qui se sent plus que jamais orphelin de son artiste intronisé, malgré lui, guide spirituel. Pas un village, pas une rue en Kabylie ne manquent d’exposer un portrait géant ou une statue de Lounès, réalisés souvent par une jeunesse sans le sou.Un véritable phénomène de société qui est allé au-delà des frontières, puisque dans beaucoup de régions marocaines, ces portraits ornent les façades des places et des allées. A Grenoble, dans la commune de Saint-Martin-d’Hères, à Lyon, à Vaulx-en-Vélin, deux rues portent son nom depuis 2003 et Bertrand Delanoê, l’actuel maire de Paris, s’apprête à baptiser une rue de la capitale française du nom de Matoub Lounès. « Je veux qu’on consacre en cette année 2008 un moment très fort à un Berbère amoureux de Paris que j’ai bien connu, beaucoup apprécié et admiré. C’est Matoub Lounès. Pour son talent, sa fermeté mais aussi sa générosité, sa capacité à partager avec les autres sa sensibilité et pour sa gentillesse, consacrons un moment d’hommage de Paris autour du talent du message et aussi de notre fidélité à cet homme mort en aimant passionnément la liberté », affirmait le 28 mai dernier le maire devant le conseil de Paris, composé de l’ensemble des élus de la ville. Il a chanté tout haut ce qui rongeait son peuple de l’intérieur avec des mots de tous les jours et des formules qu’il puise tantôt dans le patrimoine populaire oral, tantôt dans sa propre inspiration.

La puissance de ses textes avait fait dire au caricaturiste Dilem que Matoub « produisait un kabyle nucléaire ». C’était sans doute cela qui explique l’incroyable amour dont il jouissait chez des pans entiers de la société, notamment chez les jeunes qui sentaient qu’il exprimait parfaitement leurs frustrations et les injustices qu’ils subissaient.Sa singulière proximité d’avec son peuple de telle manière que sa disponibilité était systématique est d’une générosité telle que la conscience collective en est, à ce jour, marquée indélébilement. Ce n’est pas par hasard que dix ans après son assassinat, il reste indétrônable dans les ventes chez les disquaires de toute la Kabylie et au-delà. Ce monopole qui, au passage, amasse bien des fortunes, semble être, selon des observateurs aguerris, promis à durer encore dans le temps. Aussi, il est légion d’entendre aujourd’hui ça et là des citoyens regretter l’absence de l’alchimiste du verbe devant la désorientation et le désenchantement ambiant que certains exploitent pour se corrompre et vendre leur âme au diable, par cette pensée qui en dit long : « Si Matoub était encore là, il n’en aurait pas été ainsi ». Aujourd’hui enfin, il s’agit de marquer une halte après dix ans (déjà !) sans lui et de se demander à la lumière des événements qui auront marqué l’après 25 juin : que reste-il du message et du combat de Matoub ?

Halim Akli (El-Watan)

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