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abdoumenfloyd
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ALGERIE ;JE T'AIME... “TRAVAILLONS TOUTES ET TOUS ENSEMBLE A L’INSTAURATION DE LA 2e REPUBLIQUE"
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Date de création :
17.01.2008
Dernière mise à jour :
21.07.2008
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24.07.2008
comment
22.07.2008
comment
22.07.2008
peut etre un regain d'espoir
19.07.2008
malaise generale
19.07.2008
non
18.07.2008
voila enfin la fin du grand walou !
18.07.2008
C'est vrai
17.07.2008
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Droits de l'Homme au Maroc ,Acquis “fragiles” et reculs “graves”, estime l’AMDH

Posté le 25.06.2008 par abdoumenfloyd

L'Association marocaine des droits humains (AMDH) a affirmé hier que les acquis en matière de droits de l'Homme au Maroc étaient “fragiles” et fait état de “grave” reculs. “La tendance générale montre la fragilité des acquis réalisés et la gravité des reculs qui les affectent”, a déclaré Khadija Riadi, présidente de l'AMDH lors d'une conférence de presse à Rabat où elle présentait un rapport couvrant 2007 et une partie de 2008. Mme Riadi a évoqué la dispersion violente d'une manifestation de chômeurs à Sidi Ifni (Sud) le 7 juin 2008, comme l'un des “exemples les plus flagrants” des atteintes aux droits de l'Homme. Une commission parlementaire s'est récemment constituée pour faire la lumière sur les affrontements de Sidi Ifni qui avaient fait officiellement 44 blessés. Pour 2007, l'AMDH a affirmé que les élections législatives ont été organisées dans le cadre d'une “Constitution non démocratique”.
Elle a assuré avoir relevé en 2007 sept cas d'enlèvements de citoyens, et dénoncé des poursuites judiciaires engagées contre des militants de l'AMDH “pour atteinte aux valeurs sacrées”, c'est-à-dire à la monarchie, à l'islam ou à la position officielle sur le conflit du Sahara occidental. L'AMDH a également dénoncé l'emprisonnement du journaliste Mustapha Hormatallah condamné en 2007 à sept mois de prison ferme “pour diffusion de documents confidentiels” sur la lutte antiterroriste, et le retrait récent de l'accréditation au directeur de la chaîne Al Jazira à Rabat, Hassan Rachidi. Sa chaîne ayant annoncé que l'intervention des forces de l'ordre à Sidi Ifni avait fait des morts, ce que nient les autorités. M. Rachidi est également poursuivi en justice pour avoir “diffusé de fausses informations” sur ces affrontements. “L'année 2007 a connu au Maroc des reculs concernant à la fois les droits civiques et politiques, et les droits économiques, sociaux et culturels”, résument les rédacteurs du rapport de l'AMDH. “C'est la même tendance qui a été observée pendant les premiers mois de 2008”, a ajouté Mme Riadi.




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Où est passé Mohammed VI ?

Posté le 25.06.2008 par abdoumenfloyd
Il se trouverait en Asie depuis le 20 mai dernier

L’opinion publique et la presse indépendante marocaines s’interrogent sur cette nouvelle absence prolongée du monarque et ses éventuelles répercussions sur la gestion des affaires du royaume, en raison de la centralisation entre ses mains de tous les pouvoirs.

Encore une fois, la présence du souverain alaouite hors du pays pour une longue durée suscite l’interrogation des Marocains, notamment les journaux indépendants. Le silence radio du palais royal à ce sujet alimente davantage les commentaires.
Les journaux Nichane, Al Ayyam et le Journal évoquent dans leurs dernières éditions “l’absence remarquée” du roi, parti pour un séjour privé en Chine et au Viêt-nam le 20 mai dernier. Mohammed VI n’est toujours pas rentré au Maroc et se trouverait aux dernières nouvelles en France. Selon le quotidien arabophone Al Ayyam, le roi “est parti en tournée non officielle en compagnie de nombre de ses serviteurs et assistants, à bord de deux avions gros porteurs”.
Cette longue absence, la deuxième du genre après celle de 45 jours en janvier et février derniers durant laquelle il avait séjourné en France et au Brésil, laisse les Marocains perplexes. La rumeur avait circulé à l’époque sur une opération chirurgicale qu’aurait subi le monarque, vite démentie par le palais royal. Cette situation a amené l’analyste marocain, Dr Abdelatif Hasni El Maghribi, à dire que cela pose “un grand problème parce que la majeure partie des prérogatives sont concentrées entre les mains du souverain, conformément à la Constitution”, ce qui veut dire que “chaque absence est synonyme de ralentissement de l’activité constitutionnelle et gouvernementale”. La même source considère que le gouvernement est totalement dépourvu de prérogatives, l’absence du roi a pour effet de créer une véritable vacance de pouvoir, alors que la menace sécuritaire plane sur le pays, et la gestion des récents évènements de Sidi-Ifni en est la parfaite illustration. Il est expliqué que l’opinion publique marocaine focalise sur ce sujet pour deux raisons.
La première est la situation de crise prévalant dans le pays, se traduisant par une contestation populaire, qui a conduit à des émeutes à Sidi-Ifni réprimées par la force des services de sécurité avec les dépassements que cela avait engendrés. Secundo, ce long séjour à l’étranger de Mohammed VI a pour conséquences de retarder la visite que devait effectuer au Maroc le chef du gouvernement espagnol, Jose Luis Rodrigues Zapatero, ainsi que le report des visites du souverain chérifien en Mauritanie et en Égypte. Outre cela, d’autres dossiers, notamment celui du Sahara occidental, dans lesquels seul le monarque peut trancher, demeurent en stand-by.
Dans un article sur cette absence, intitulé “Le roi hors champ”, le journal électronique l’Express a abouti à la conclusion que, “soit le souverain a confiance dans le faible gouvernement de Abbas al-Fassi, et certain qu’il peut résoudre tous les problèmes du pays, quelle que soit leur gravité sans recourir à lui, soit il se désintéresse de ce qui se passe dans son royaume du bonheur”.
L’article indique également que “si on veut être logiques, on doit s’interroger sur la part de responsabilité du roi dans tous les évènements que vit le pays, du moment qu’il est un gouvernant réel en possession de prérogatives dépassant mille fois celle du Premier ministre”. Se référant à l’adage européen “le roi règne, mais ne gouverne pas”, l’auteur de l’article conclut : “Chez nous, il n’y a pas de problèmes, qu’il vienne et qu’il gouverne.”

K. ABDELKAMEL

Malika Matoub : “Je veux savoir qui a tué Lounès !”

Posté le 25.06.2008 par abdoumenfloyd

Pouvez-vous revenir sur votre rencontre hier avec le procureur général de la cour de Tizi-Ouzou?

Malika Matoub : J’ai été reçue par le procureur général près la cour de Tizi-Ouzou. Je voulais être en présence de témoins sur ce qui allait se discuter. C’est pourquoi j’étais accompagnée d’une dizaine de représentants de différentes organisations de la société civile.

Vous confirmez donc l’engagement du procureur général au sujet de la tenue du procès avant la fin du mois en cours...

Bien sûr ! Il a été clair et affirmatif. Le procureur général dit que le procès va se tenir au courant de la session criminelle en cours.

Mais vous avez toujours contesté la tenue du procès sans un travail d’enquête sérieuse au préalable. Un travail non encore réalisé !

Je l’ai dit au procureur général. Il nous a rassuré que le jour de la tenue du procès, la famille pourrait déposer un mémorandum. Effectivement, nous avons des revendication dont la satisfaction est indispensable pour la tenue d’un procès qui permettrait à la vérité d’éclater.

Le procureur général pouvait-il demander un complément d’enquête?

Bien entendu. Il a les prérogation pour le faire dans la mesure où il le jugerait nécessaire. La loi l’autorise.

Comment tenir ce procès alors que vous avez tout le temps réfuté la thèse que ce sont Chénoui et Medjnoun, actuellement détenus, qui seraient, entre autres, les meurtriers de Lounès ?

Ce que je demande, c’est une véritable enquête. Tant qu’il n’y a pas d’enquête scientifique avec une reconstitution des faits et l’audience de toute personne impliquée, je n’adhérerais jamais à cette thèse.

Ce travail est préalable. Je refuse la désignation extraordinaire des accusés. Ceux qui ont désigné les deux personnes que vous citez dans votre question, notamment le chef des Patriotes de la région, doivent venir témoigner ? La famille de Chénoui a rendu public un communiqué dans lequel elle disait que c’est le chef Patriote de la région qui l’a interpellé.

C’est vrai, je ne suis pas là pour régler des comptes. Je demande juste que justice soit faite. Je veux savoir qui a tué mon frère. Je veux aussi savoir comment il a été tué.

C’est à la justice de faire ce travail et non pas aux communiqués de presse et aux écrits journalistiques. Ces derniers ne peuvent pas élucider cette affaire.

L’information de la tenue du procès a déjà circulé à maintes reprise. Ne peut-il pas s’agir que d’une promesses de plus?

C’est vrai qu’il y a quelques mois, la presse a annoncé sa tenue imminente cette fois-ci, c’est différent.
Le procureur général l’a dit publiquement. On ne peut pas m’induire en erreur.

J’étais avec des témoin et j’ai rendu public un communiqué à ce sujet. C’est au parquet d’assurer. La tenue du procès est encore remise aux calandres grecques.

Les activités organisées pour marquer l’anniversaire de l’assassinat de votre frère sont en deçà de ce qu’il mérite.
Pourquoi pas un grand événement surtout pour les 10 ans ?

Ce n’est pas une Fondation ou une association, dépourvues de moyens qui peuvent organiser des évènements grandioses.

Il faut que ce soit une institution étatique, avec les moyens adéquats, qui pourrait organiser ce genre d’évènement.

Toutefois pour cette année, nous avons réussi le concours de poésie Matoub Lounès

Un dernier mot ?

Nous continuerons à demander la vérité, toute la vérité sur l’assassinat de mon frère, je veux savoir qui a tué Lounès et comment il a été tué ?

Si nous voulons faire un saut vers l’avenir, on ne peut pas occulter cette affaire. Tant que le pouvoir fait la sourde oreille, on continuera à exiger cette vérité.


Entretien réalisé par Aomar Mohellebi

MATOUB ; Parcours, légende et destin d’un artiste particulier

Posté le 25.06.2008 par abdoumenfloyd
Le contexte historique de l’émergence de Matoub Lounès

Le bouillonnement culturel et militant ayant caractérisé le combat pour l’amazigité au milieu des années 70 ne fut pas un coup de tonnerre dans un ciel serein.

A la fin des années 60 et tout au long de la décennie qui suivra, une véritable renaissance culturelle s’est développée dans un système underground, en dehors des circuits administratifs, de la bureaucratie et de la censure du parti unique. Les cours informels de berbère assurés à l’université d’Alger par Mouloud Mammeri étaient assidûment suivis par des étudiants engagés dans le combat culturel ; ces cours seront brutalement interrompus par l’administration et la fougue de l’élite kabyle prit d’autres relais.

Un point de ralliement sera consigné par Bessaoud Mohand Arab en fondant, avec des amis, l’Académie berbère de Paris. Autour de cette institution bénévole graviteront des étudiants, des chanteurs émigrés et de simples travailleurs. Des relais seront implantés en Algérie, particulièrement à Alger et en Kabylie, par l’intermédiaire d’étudiants, de lycéens et de certaines personnes plus ou moins instruites acquises à la cause de la défense de la culture berbère. Mohamed Haroun, étudiant au lycée technique de Dellys, sera un fervent et efficace ambassadeur de cette institution au niveau de la Kabylie.

L’arbitraire du pouvoir avait interdit toute expression publique de la culture berbère : des élèves de lycées de Kabylie ont plusieurs fois été contraints de jouer des pièces de théâtre en arabe classique ; la télévision d’Etat ignorait complètement la dimension berbère de la culture algérienne en faisant l’impasse sur cette langue et en faisant un matraquage propagandiste sur et dans la langue arabe ; tous les signes qui renvoient à cette culture sont pourchassés, y compris par les forces de répression. La provocation alla jusqu’à programmer des chanteurs arabophones au cours d’une édition de la Fête des Cerises de Larbaâ Nath Irathène, ce qui entraîna de graves troubles et une féroce répression des populations.

Cette attitude ségrégationniste avait, comme de bien entendu, renforcé la conviction des femmes et des hommes de culture, des lycéens et des étudiants, quant à la justesse du combat amazigh. Cela se traduisit par un travail encore plus profond et plus élargi de tous ceux qui, souvent avec des moyens dérisoires, s’étaient investis dans la culture.

Loin de nous l’idée de procéder à un inventaire des œuvres et des personnalités qui allaient constituer le ferment de la lutte pour la culture berbère pendant les années qui ont précédé l’explosion d’Avril 1980 ; on ne peut cependant faire l’impasse sur certains hommes et certains symboles qui ont fini par faire corps avec la société : le chanteur et militant Ferhat Imazighen Imoula, Aït Menguellet, Ben Mohamed, Mohia, Slimane Azem, Mammeri, la JSK…

C’est dans ce contexte que surgit une voix rocailleuse, porteuse de rébellion et d’espoir à la fois. Matoub Lounès agrégera dans son action et son travail artistique les plus-values culturelles de ses prédécesseurs en y apportant sa touche personnelle faite de fougue, de combativité exceptionnelles. On ne pourra jamais dresser une liste exhaustive pour une période qui a fait intervenir également des anonymes, des militants sans ‘’statut’’ particulier. En tout cas, chanteurs, écrivains, animateurs d’associations et de revues interdites, animateurs villageois, tous ont contribué, d’une manière ou d’une autre, à l’éveil de la conscience berbère en Kabylie.

Même les organes officiels de l’Etat ont été investis, d’une manière subtile et intelligente, par les défenseurs de la démocratie et de la culture berbère ; nous faisons particulièrement allusion à la Radio d’expression kabyle, la Chaîne II, où ont pu s’exprimer des hommes et des femmes de grande valeur à l’image de Benmohamed, Boukhalfa, Hadjira Oulbachir, …etc. et à l’hebdomadaire “Algérie Actualités’’ où travaillaient des plumes prestigieuses comme Tahar Djaout, Abdelkrim Djaâd…qui ont pu éclairer l’opinion sur un certain nombre de sujets complexes liés à la culture.

Il s’ensuivit alors un bouillonnement culturel sans précédent suite auquel la société kabyle a renoué avec les grands symboles de sa culture et de son histoire : Massinissa, Jugurtha, Juba, Jean et Taos Amrouche, Feraoun, Abane Ramdane, Krim Belkacem, etc. Presque tous ces symboles ont servi dans la chanson de Lounès pour illustrer le combat des ancêtres, tirer les leçons de erreurs du passé et tracer des voies nouvelles pour l’émancipation politique, sociale et culturelle de la jeunesse algérienne en général et kabyle en particulier.

Une esthétique de la rébellion

Trop rares sont les poèmes de Matoub Lounès où la vie privée du chanteur soit assez éloignée des thèmes majeurs qu’il a eu l’occasion de traiter dans sa courte mais exaltante vie. Au cours d’une carrière artistique qui s’étale sur environ vingt ans- et que seul son destin tragique a pu arrêter à Tala Bounane un certain 25 juin 1998-, Matoub a carrément bouleversé le cours de la chanson kabyle en lui apportant un souffle nouveau marqué par la fougue et le rythme de la jeunesse, l’esprit rebelle et une sensibilité à fleur de peau. Pourtant, en venant à la chanson, il n’a pas trouvé le terrain vierge. Au contraire, une génération post-Indépendance, pleine d’énergie et d’imagination, a pu s’imposer auprès d’un auditoire assoiffé des mots du terroir et des rythmes ancestraux, catégories artistiques niées et malmenées par la culture officielle imposée par le parti unique. Ainsi, Aït Menguellet, Ferhat Imazighène Imula et Idir ont pu se mettre au diapason des aspirations de la jeunesse de l’époque, et le cours des événements a fait d’eux- peut-être à leur corps défendant- des ‘’porte-paroles’’ attitrés d’une population déçue par l’ère de l’après-indépendance faite d’arbitraire, de népotisme, de négation des libertés et de l’identité berbère. C’est dans ce contexte, dont le début de maturation peut être situé aux alentours de 1977, année du double trophée de la JSK (Coupe d’Algérie et championnat) qui a vu une jeunesse kabyle enthousiaste et déchaînée cracher les quatre vérités au président du Conseil de la révolution présent sur le stade du 5 Juillet à Alger. Pour punir la région pour une telle ‘’indiscipline’’, le gouvernement rebaptisa la JSK du nom de la JET (Jeunesse électronique de Tizi Ouzou), sujet qui fera l’objet d’une chanson de Matoub.

Sur ce terrain déjà abondamment fertilisé par une prise de conscience de plus en plus avancée, Matoub évoluera en apportant sa touche et son style personnels et qui se révéleront par la suite comme une véritable révolution dans la chanson kabyle en général.

Après les premières chansons où se mélangent amour, ambiance de fête et rébellion primesautière, thèmes bâtis sur des textes généralement courts et des rythmes vifs, Matoub Lounès épousera la ‘’courbe’’ des événements en s’en faisant parfois le ‘’chroniqueur’’, le commentateur et l’analyste.

Et le premier et le plus important événement que Matoub a eu à vivre dans sa région, alors qu’il était âgé d’un plus de vingt-cinq ans, était bien sûr le Printemps berbère d’Avril 1980. Pour toute la population de Kabylie, et même pour l’ensemble du pays, Avril 1980 est considéré comme le premier mouvement sortant des entrailles de la population après l’indépendance du pays en 1962. Tout ce qui s’est passé avant cette date- fussent-elles des émeutes- était circonscrit aux luttes du sérail et était géré en tant que tel. Le Mouvement Berbère de 1980, qui a commencé en mars et dont les plus gros troubles se sont étalés sur quatre mois- en vérité, ce Mouvement n’a jamais pris fin et tout ce que vivra la Kabylie des décennies plus tard est frappé du sceau d’avril 80-, allait constituer le bréviaire et le champ d’action de la poésie de Matoub. “L’Oued Aïssi’’, “Si Skikda i t n id fkène’’, et d’autres chansons aussi émouvantes et fougueuses les unes que les autres, sont le point de départ d’un parcours de chanson engagée que ne démentiront ni le temps ni les événements. ‘’Engagé’’, une épithète certes galvaudée, par le pouvoir politique d’abord- car il place et classe tous ses courtisans, artistes ou autres faux intellectuels, dans cette catégorie tant ‘’convoitée’’- et ensuite par de médiocres chansonniers à la recherche d’une hypothétique gloire qui viendrait, si c’est possible, de la débordante générosité du sérail. Mais tel que défini initialement, Matoub répond parfaitement- et jusqu’au drame- aux canons de l’engagement.

Partant de ce constat irréfutable, il s’avère que c’est sans grande surprise que l’on découvre à quel point la vie personnelle, et même intime, du chanteur vient se mêler, s’imbriquer et parfois se confondre au destin collectif que Matoub met en scène dans ces poèmes. Et ce n’est pas par hasard que les chansons qui excellent dans se genre d’ ‘’amalgame’’ volontaires soient les plus volumineuses, les plus longues. Que l’on s’arrête sur ‘’Azrou n’Laghrib’’ (1983), ‘’Ad Regmegh qabl imaniw’’ (1982) et l’inénarrable ‘’A Tarwa n’Lhif’’ (1986). Toutes les trois portent la marque d’une errance de l’auteur- où se mêlent éléments réels et quelques séquences de fiction poétique- associée à l’épopée de toute une région, un pays, une nation. D’autres textes plus courts adoptent la même architecture : ‘’A y ammi aâzizène, ayn akka tghabedh ghef allan ?’’, ‘’Tkallaxm-iyi di temziw, xellasgh awen ayn ur d ughagh’’, ‘’Ugadegh ak Rwin…’’, …etc.

Toujours présent

La Kabylie ne se résout pas encore à vivre sans la voix rocailleuse de vrai montagnard et sans la sensibilité fougueuse de l’écorché vif que fut Matoub Lounès. Sa pesante absence s’est imperceptiblement muée en une formidable et indicible présence auprès d’une jeunesse qui se reconnaissait totalement en lui et qui n’arrive pas encore, dix ans après son lâche assassinat à Tala Bounane, à faire son travail de deuil.

Plus qu’un simple phénomène culturel exclusivement lié à la chanson et à son mode d’expression, loin du show biz connu sous les cieux agités de l’Occident, l’attachement à l’idole Matoub est un fort symbole, une forme d’identification historique et culturelle, une plongée dans les mythes fondateurs de la Kabylie et un porte-étendard de la résistance à l’oppression et à l’arbitraire.

La vérité est que le travail accompli par les maîtres et les savants (les amusnaw modernes), à l’image de Mouloud Mammeri, pour la réhabilitation et la promotion de la culture berbère n’était pas accessible directement au commun des citoyens. Bien que Dda Lmulud eût déployé des efforts surhumains au début de l’ouverture démocratique- alors qu’il avait allègrement franchi le cap des 70 ans- pour porter le plus loin possible le message d’une renaissance amazigh, la mission avait bien besoin de médiateurs culturels agissant directement sur le terreau social existant sans sophistication intellectuelle ni complication conceptuelle. Ce fut le rôle joué naturellement par les hommes d’art et de culture de la trempe de Matoub Louenès.

Avec les mots simples de la tribu- auxquels il redonna sens et puissance -, il parvient à toucher toutes les franges de la société par ses belles métaphores, ses colères justifiées ou circonstancielles, ses envolées lyriques, ses poésies épiques et ses mélodies alliant authenticité et originalité.

Matoub devint un mythe de son vivant auprès des jeunes kabyles à la recherche de repères et de confiance en soi. Ses chansons étaient et sont toujours exécutées et répétées dans les fêtes, dans les écoles, dans les ateliers de travail. Elles sont écoutées à la maison, dans la voiture et sur la voie publique. Elles sont psalmodiées sur le frêne qu’on effeuille, sur l’olivier qu’on gaule et sur les bancs de l’école qu’on boude. Elles sont entonnées à gorge déployée et à poitrine bombée pendant les marches et manifestations. Elles sont susurrées a capella dans les chambres nues d’adolescents chagrinés, dans les cuisines de jeunes filles déscolarisées et dans les turnes et piaules silencieuses des cités universitaires.

Aucun espace public ou privé n’échappe à la matoubania. Son assassinat a été ressenti comme l’un des plus grands drames qu’ait eu à connaître la Kabylie depuis l’Indépendance du pays. Il faut avoir un cœur d’airain et une foi qui ébranle les montagnes pour ne pas désespérer, pour ne pas faillir, pour ne pas défaillir. Et c’est tout l’enseignement de Matoub, allant dans le sens de la pugnacité, de la bravoure et du dévouement total, qualités que s’est appropriée la nouvelle jeunesse de Kabylie pour forcer les horizons à s’ouvrir et le destin à s’accomplir.

Amar Naït Messaoud

Sarkozy clarifie la position de la France

Posté le 25.06.2008 par abdoumenfloyd

Un Etat palestinien reste une «priorité» pour la France, a réitéré hier, à Bethléem, le président français, en visite en Cisjordanie.

Lors de sa halte dans la ville de Bethléem, le président français, Nicolas Sarkozy, a réaffirmé les propos tenus en Israël, selon lesquels la «priorité» de la France restait la création d’un Etat palestinien, tout en réitérant son appel au «gel» de la colonisation juive. «Je l’ai dit à nos amis Israéliens, on ne résoudra pas l’injustice faite au peuple juif en créant les conditions d’une injustice pour le peuple palestinien», a déclaré M.Sarkozy lors d’une conférence de presse à l’issue d’un entretien avec le président palestinien, Mahmoud Abbas.
«La sécurité d’Israël est non négociable pour la France, mais la création d’un Etat viable, démocratique, moderne pour les Palestiniens est une priorité pour la France», a-t-il ajouté.
Revenant sur ce qu’il a déjà dit devant la Knesset (Parlement israélien) et dans une interview au journal palestinien Al-Quds, M.Sarkozy a affirmé: «La France demande le gel de la colonisation, y compris à Jérusalem-Est», à la fin d’une visite de trois jours en Israël et en Cisjordanie.
Comme en Israël, où il insista sur l’amitié qui lie la France à l’Etat hébreu, le président français a réaffirmé en Cisjordanie, que «la France est l’amie du peuple palestinien et nous mettrons au service de la création de votre Etat la même force et le même engagement mis au service de la sécurité d’Israël».
La position exprimée par le président français a le mérite de la clarté et rompt avec les louvoiements habituels des politiques occidentaux qui se veulent les amis d’Israël, sans pour autant mettre en garde l’Etat hébreu sur le fait qu’il faisait fausse route en créant des obstacles sur le chemin de la création de l’Etat palestinien.
De fait, le France vient de se positionner comme le pays européen le plus apte à jouer un rôle de premier plan dans la recherche d’une solution définitive au contentieux israélo-palestinien par la clarté de sa position sur le dossier du Proche-Orient, par la confiance existant entre Israéliens et Palestiniens, d’une part, et la France, d’autre part.
En fait, par ses prises de position courageuses, notamment sur le gel de la colonisation juive et le cas de Jérusalem-Est, le président Sarkozy a remis la France sur orbite dans un dossier jusqu’ici géré exclusivement par les Etats-Unis et pas toujours dans le sens attendu de la part du parrain du processus de paix au Proche-Orient, Washington faisait montre d’un parti pris pro-israélien qui n’a pas contribué à une bonne compréhension de la problématique israélo-palestinienne.
Un ami doit conseiller, si possible intelligemment, ce qu’a fait M.Sarkozy en disant ce qu’il fallait dire et ce qu’il estimait devoir dire à ses «amis israéliens». Cela a été rarement le cas pour M.Bush, tout au long de ses deux mandats. Il a même attendu la fin de sa magistrature pour faire mine de redécouvrir un contentieux vieux de six décennies.
La «vision» de M.Bush de deux Etats, exprimée vers la fin de son premier mandat s’est ensuite totalement diluée dans les faux-semblants.
M.Sarkozy a également rendu hommage à Mahmoud Abbas, qui est «pour la France, indique-t-il, un homme de paix, un interlocuteur en qui nous avons confiance». «C’est un homme que nous soutenons, c’est un homme aux côtés duquel la France se trouve», insiste le président français.
Ce dernier a eu, toutefois, des mots très durs envers le Hamas, avec lequel il exclut toute discussion, indiquant: «La France discute avec les hommes et les femmes courageux qui font de la politique et non pas du terrorisme. La France discute avec les hommes de paix et non pas les poseurs de bombes.» «On ne discute pas avec les terroristes», réitère le président Sarkozy. Le Hamas dirige la bande de Ghaza depuis le «coup de force» du 17 juin 2007, rappelle-t-on.

Othmane SIDDIK

Un entrepreneur enlevé à Tizi Ouzou

Posté le 25.06.2008 par abdoumenfloyd

Le cogérant d’une usine de fabrication de carrelages a été enlevé dans la nuit de mardi à mercredi à Ouacifs, à 40 km au sud de Tizi Ouzou. Agé de 33 ans, A. Ahcène, a été kidnappé aux environs d’une heure du matin au moment où il déposait ses ouvriers.

Ils étaient à bord d’un fourgon lorsque que six individus armés les ont interceptés près du village Izerkane. Les employés ont été relâchés et l’entrepreneur enlevé par les terroristes qui agissaient à visage découvert et armés de kalashnikovs. C’est le 28e rapt enregistré dans la wilaya de Tizi Ouzou depuis 2005. Le dernier en date remonte au 12 juin dernier. Il a été perpétré à Maatkas, à 21 km au sud de Tizi Ouzou. L’otage demeure toujours entre les mains de ses ravisseurs.


H. Azzouzi

Comment Al Jazeera a privé les Algériens de l’Euro 2008

Posté le 25.06.2008 par abdoumenfloyd

Retransmission des matches de la coupe d’Europe de football

Selon un responsable de l’UEFA, c’est Al Jazeera Sport qui a acquis l’ensemble des droits de retransmission des matches de l’Euro au Maghreb et au Moyen-Orient. Et à la demande de la chaîne qatarie, TF1 et M6 ont donc brouillé leur signal.

Comme lors de la coupe du monde 2006, les amateurs du football au Maghreb et au Moyen-Orient ne peuvent pas regarder les matches de la coupe d’Europe sur TF1 et M6. Ces deux chaînes françaises ont cessé brusquement d’émettre dans ces deux régions du monde à la veille du début de la compétition footballistique.

Raison principale : l’achat par la chaîne qatarie Al Jazeera Sport de tous les droits de retransmission auprès de l’UEFA, l’instance qui régule le football en Europe. L’information a été confirmée par un membre du service de communication de l’UEFA que nous avons joint par téléphone hier matin à Genève. Cet interlocuteur a en effet confirmé que c’est la chaîne qatarie qui a acheté l’ensemble des droits. « Il fallait choisir. Et la chaîne qatarie a payé beaucoup d’argent. C’est donc à elle que reviennent tous les droits de retransmission », nous a-t-il expliqué. A la question de savoir si la télévision algérienne pouvait elle aussi acheter les mêmes droits, le même interlocuteur a répondu par la négative. « On ne vend pas les droits à un seul pays, mais à toute une région. » Et de nuancer tout de même ses propos en révélant que « seuls le Japon et l’Australie ont pu acquérir des droits pour usage national ».

La balle était-elle donc dans le terrain de la TV algérienne ? Oui, répond le représentant de l’UEFA qui estime que c’est à l’unique d’acheter à son tour les droits de la chaîne qatarie.Tout en constatant l’injustice dont sont victimes des milliers de téléspectateurs de l’autre côté de la Méditerranée, un responsable technique de TF1 a reconnu que la chaîne a procédé au brouillage de tous les programmes. « La société qui a acheté les droits (il n’a pas voulu la nommer) nous a demandé de réduire la puissance de la diffusion. Du coup, les gens ne peuvent plus capter l’ensemble de nos programmes. » Et de reconnaître : « On ne peut rien faire, on n’a pas les droits et cette situation va se poursuivre jusqu’à la fin de l’Euro 2008. Après, tous nos programmes reprendront normalement. » Même scénario chez M6 qui indique ne pas pouvoir diffuser les matches sur internet. « On n’a pas les droits en dehors du territoire français », s’est exclamé un membre de la direction de la communication.

Cet épisode rappelle celui de la coupe du monde de 2006 lorsque des millions d’amoureux de football au Maghreb et au Moyen-Orient ont été privés de suivre les matches à cause des droits achetés exclusivement par la chaîne saoudienne ART. Que fait HHC pour débloquer la situation ? Rien ou presque, selon un ancien journaliste sportif basé à Paris. « Au lieu de rediffuser constamment les vieux matches de l’équipe algérienne et payer à prix fort des séries télévisées débiles et qui n’intéressent personne, le DG de l’ENTV ferait mieux d’acheter les droits de retransmission des coupes d’Europe ou du monde. Au moins on saura à ce moment-là où part l’argent des contribuables et HHC gagnerait en popularité. » Conseil à méditer…

Yacine Farah

Matoub Lounès : le procès de l’assassinat pour bientôt ?

Posté le 25.06.2008 par abdoumenfloyd

Faut-il y croire ? Le procureur général de Tizi-Ouzou a annoncé aujourd'hui à la mère et la sœur du chanteur assassiné Matoub Lounès que le procès des assassins présumés pourrait s’ouvrir dans quelques jours. Mais il n’a donné aucune date concernant la tenue de la première audience.

Le procureur a reçu les membres de la famille Matoub après un sit-in observé ce matin devant la cour de Tizi-Ouzou pour exiger que « toute la vérité sur l’assassinat de Lounes Matoub » soit établie.

Matoub Lounes a été tué le 25 juin 1998 à Tala Bounane entre Tizi-Ouzou et Beni-Douala par un groupe armé. Le procès de deux inculpés a été annoncé dans un premier à Alger, puis à Boumerdès pour enfin atterrir à Tizi-Ouzou. Il y a quelques mois une date pour la tenue du procès a été même avancée par une source judiciaire. Mais elle n’a jamais été tenue.

Le procès en question verra le jugement de deux mis en cause en détention : Malik Medjnoune arrêté le 28 septembre 1999, et Abdelhakim Chenoui un ancien islamiste armé qui s’était rendu aux autorités dans le cadre de la concorde civile en septembre 1999. Ils sont tous les deux poursuivis pour appartenance à un groupe armé et complicité de meurtre avec préméditation.

L.M. (avec TSA)

Les «esquives» de Bouteflika

Posté le 25.06.2008 par abdoumenfloyd


La visite de François Fillon s'est étalée, hier, sur les colonnes de l'ensemble de la presse parisienne. Premier voyage algérois d'un Premier ministre français depuis 1986, le déplacement a été suivi par une vingtaine d'envoyés spéciaux, tous supports confondus. Sans passer sous silence les «gains» de la visite, les journaux pointent l'attitude d'Alger au sujet de l'Union pour la Méditerranée (UPM). «Fillon se heurte au mutisme de Bouteflika», commente Libération. «Bouteflika se fait prier», note Le Figaro. «Bouteflika fait durer le suspense», enchaîne Les Echos. «Les hésitations de Bouteflika», relève Le Parisien. «Les bras chargés de contrats», le locataire de Matignon est «allé plaider, à Alger, la cause de l'UPM», écrit le premier journal, dont la ligne éditoriale ne ménage guère la majorité au pouvoir à Paris. A El Mouradia, le Premier ministre français «a eu droit à un accueil poli, sans enthousiasme».

Pour Libération, le suspense entretenu par Bouteflika est loin de signifier une prise de distance irrémédiable d'Alger par rapport à l'Union chère à l'Elysée. «Signe de l'intérêt qu'ils portent au projet, les Algériens ne la désignent plus que par son sigle, l'UPM». Pour autant, relève le journal, «ils en préfèrent la version originale, lancée par Sarkozy pendant sa campagne électorale» à la copie revue à l'aune des réserves de Berlin et de Bruxelles. «L'esquive du chef de l'Etat algérien était attendue par la délégation française, qui entretient un optimisme prudent», fait remarquer Le Figaro. Et le journal d'interpréter «les hésitations d'Abdelaziz Bouteflika» par des raisons «en partie liées au Proche-Orient».

Dans le feuilleton des visites croisées qui se succèdent depuis la restauration du dialogue politique franco-algérienne, le déplacement de Fillon résonne comme une singularité. Du moins dans l'esprit du Figaro. «La relation franco-algérienne était jusque-là incarnée par le tête-à-tête complexe des présidents». Désormais, «elle se diversifie avec l'entrée en scène» du locataire de Matignon. «Cette nouveauté contribue à décrisper les rapports. Elle ne les simplifie pas pour autant». Pour Thierry Oberlé, envoyé spécial du journal de droite, «dénué de passé algérien, Fillon a l'avantage de ne pas souffrir d'une image préconçue» au miroir des Algériens. «Mais il présente peut-être l'inconvénient d'exercer un emploi précaire» au regard d'un mandat quinquennal à l'Elysée. A la différence de ses confrères, Le Monde préfère plutôt titrer sur les paraphes de nouveaux outils de coopération dans les domaines du nucléaire et de la défense. «Au-delà de ces accords, c'est la relation franco-algérienne qui est relancée» au moment où Bouteflika «continue de laisser planer le doute sur sa venue à Paris» pour les besoins de l'acte de naissance de l'UPM. Et si le chef de l'Etat algérien venait à répondre aux abonnés absents à la mi-juillet ? Le Parisien se garde de parier sur cette hypothèse. «Venu à Alger deux fois, Sarkozy ne peut imaginer que l'Algérie de Bouteflika boude son projet» méditerranéen.

Quotidien Oran

Il y a dix ans était assassiné Matoub Lounès

Posté le 25.06.2008 par abdoumenfloyd

Ils ont tué Lounès le 25 juin 1998. Ils avaient essayé déjà, mais à chaque fois Lounès était reparu. » Ainsi s’annonçait le livre témoignage Pour l’amour d’un Rebelle écrit par son épouse, Nadia, et paru en 2000 à Paris aux Editions Robert Laffont. La vie de Lounès aura été jalonnée d’épisodes dramatiques qui ne faisaient que lui rappeler son statut de sursitaire dans une époque où l’intolérance produit des « chasseurs de lumières » qui privent le ciel de ses étoiles et la Terre de sa lumière.
Sinon, sa vie aura été celle d’un homme exceptionnel de part sa bravoure légendaire que le commun des humains avait cru ne relever que de l’imaginaire. En effet, ni l’anathème et les rumeurs assassines distillées intentionnellement pour le diaboliser et tenter de le mettre au ban de la société, ni les intimidations, les pressions et les menaces, ni même les attentats qui l’ont mutilé physiquement n’ont pu avoir raison de son courage et de son abnégation qui laissaient admiratifs plus d’un. Tel un phénix, il renaissait de ses cendres, à chaque fois que la folie et l’ignorance le frappaient. « Si vous croyez que vos balles peuvent me tuer, me revoilà, plus vivant que jamais », déclamait-il dans L’ironie du sort sortit en 1989. L’autre de ses qualités avérées et qui a souvent été à l’origine de pas mal d’incompréhensions, est sans nul doute sa singulière sincérité dans tout ce qu’il entreprenait, disait ou faisait. Il y a quelque temps, l’une de ses grandes amitiés, une grande dame faite de valeurs humaines et de principes politiques inébranlables, à l’image d’ailleurs de son grand ami Lounès, nous disait à juste titre qu’il « était versatile comme tous les grands artistes ». C’est méconnaître la part de l’humanité qui caractérise la personnalité du barde que de prendre sa franchise pour de l’inconstance. Beaucoup se rappellent encore de la controverse dont il avait été à l’origine, lors de la célébration du l0e anniversaire du Printemps amazigh lorsqu’il vilipenda les principaux acteurs du Mouvement culturel berbère (MCB) dans un discours qui avait failli transformer le grand gala en une arène de gladiateurs.

La déception était grande. Et pour cause, une célébration particulière qui intervenait pour la première fois en démocratie dans le multipartisme et dans la liberté, de sorte que des Imazighen du Maroc, de Djerba, de Libye, des Aurès, de Cherchell, de la vallée du M’zab, du Tassili, du Niger, de la Mauritanie et du Mali ainsi que des îles Canaries, tous ont tenu à marquer de leur présence ce grand moment de retrouvailles qui fut gâché par l’inattendue sortie au vitriol de Matoub. Certains, de retour chez eux, avaient, sous le coup de la colère, réservé un autodafé des œuvres de l’artiste qu’ils avaient aimé depuis ses débuts. Pourtant, une semaine après, il était l’invité de la coordination des étudiants de l’université de Hasnaoua pour donner une conférence sur « la musique populaire chaâbi » de El Anka à nos jours. La salle était pleine comme un œuf. Dehors, des milliers d’étudiants et de citoyens qui n’ont pas pu y accéder poireautaient. Le conférencier du jour s’avéra être un fin connaisseur de la musique et de son histoire. Mais ce que l’assistance attendait, c’était le débat qui allait suivre. Comme attendu, la première question d’une étudiante, visiblement émue, reprocha à Lounès, avec beaucoup de tendresse d’ailleurs, sa sortie du campus de Oued Aïssi en lui disant : « C’était sur toi que reposait tout notre espoir de réaliser notre union et c’est toi qui a aggravé la division ». Tout souriant et visiblement touché par la sincérité de l’étudiante, Lounès commença sa réponse par une plaisanterie, disant qu’il aurait dû ramener son mandole pour rechanter la chanson qui avait mis le feu aux poudres lors du gala avorté. Reprenant son air sérieux, il ajouta : « Tu sais ma fille, je veux rester authentique de sorte que ceux qui m’aiment sauront pourquoi et ceux qui me haïssent aussi. Mais, je vous donne ma parole aujourd’hui devant tout ce monde que si un jour, je me rends compte que j’ai tort, je n’hésiterai pas une minute à faire mon mea culpa et à me rapprocher de mes adversaires d’aujourd’hui pour leur demander pardon ». C’était là que, personnellement, Lounès m’avait reconquis par sa sincérité qu’il mettra d’ailleurs en œuvre, une année plus tard, en se réconciliant définitivement avec ceux qu’il avait vilipendés. Il avait eu tort, il s’en était rendu compte et il s’est corrigé en bon « homme libre ».

A ce titre, il chantera dans Regard sur l’histoire d’un pays damné : « ...Ce parti ou celui-là, je ne me gênerai pas à les torpiller haut et bas, sans relâche mais sans mépris... ». Et de poursuivre dans la langue pour laquelle il a voué toute sa vie : « ...Ma yella wthegh di gma assagi, tassa w ur ttugi... ». Il sera ainsi l’un des partisans les plus actifs de l’arrêt du processus dit électoral de 1991, qui allait mettre le destin du pays entre les mains du fanatisme religieux. A travers son album L’hymne à Boudiaf, sorti en 1993, il rendra un vibrant hommage à l’auteur de « L’Algérie avant tout » qui a su redonner espoir au peuple en six mois de gouvernance durant lesquels il avait incarné la rupture avec la langue de bois en vigueur et avec l’islamisme avec lequel il avait décidé d’en finir. Malgré la tourmente croissante provoquée par les attentats terroristes qui frappaient les services de sécurité et l’élite nationale dont des journalistes, des compétences mondiales, des militants qui payeront de leur vie leur engagement en faveur de l’Etat républicain, Matoub était de ceux qui ont choisi de rester parmi les leurs. Il prendra part aux assises du Mouvement pour la République (MPR) en novembre 1993 et participera à la grandiose marche du 29 juin 1994 à laquelle avait appelé ce mouvement transpartisan pour exiger toute la lumière sur l’assassinat du président Boudiaf. Un attentat à la bombe fait 2 morts et plus de 70 blessés. En cette année 1994, l’horreur intégriste avait atteint son point culminant. Passant à un stade de barbarie toujours plus abjecte, les islamîstes massacraient les femmes refusant le port du voile, syndicalistes, militants démocrates et citoyens qui refusent la soumission devant leur diktat. L’Etat était à genoux et donc incapable de garantir la sécurité aux citoyens. L’appel à la résistance était lancé et des groupes d’autodéfense se constituèrent aussitôt à travers les hameaux et villages. Avec comme seules armes des fusils de chasse, des armes blanches et la farouche détermination de ne pas laisser les hordes terroristes piétiner l’honneur des villages. Matoub soutient cette solution et encourage les réticents à se constituer dans le cadre de la résistance qui lui était chère et qu’il évoquera avec force sur scène lors de son ultime gala, début 1998, au Zénith de Paris. Démocrate, républicain et amoureux de l’Algérie jusqu’au bout des ongles, il était aussi un laïque qui s’assumait.

Il avait conscience des risques qu’il encourait en adoptant systématiquement des positions frontales vis-à-vis des tenants d’un ordre moyenâgeux, du pouvoir et des réconciliateurs du contrat de Rome sous l’égide de Sant’ Egidio qu’il qualifiera, lors d’une émission télévisée, de « haute trahison ». Il sera kidnappé par les intégristes en septembre 1994 et condamné à mort par un tribunal islamiste avant que ses ravisseurs ne se ravisent et le libèrent quinze jours plus tard sous une pression populaire impressionnante. La peur s’était emparée, pour la première fois, des maquis terroristes. Commencera alors une campagne de diffamation et de dénigrement visant à le détruire par l’anathème et l’immoralité en semant le doute quant à son rapt que certains qualifient encore à ce jour de « vrai faux » kidnapping. Il en sera affecté au plus profond de lui-même et il le fera savoir dans ses œuvres, notamment dans son livre témoignage Le Rebelle (Editions Stock, 1995) qu’il avait tenu à écrire dans le seul but de clouer le bec à ses détracteurs. Cette œuvre lui ouvrira grandes les portes de la consécration et se verra ainsi attribuer le Prix international de la mémoire en France et celui de la liberté d’expression au Canada dont les discours de haute facture, prononcés à ces occasions, témoignent, si besoin est, de la dimension politique et intellectuelle que l’artiste, qui était à l’apogée de son art, avait acquise. Son combat, Matoub le mènera avec courage et sincérité jusqu’au jour fatidique qui marquera à jamais la mémoire collective de tous les hommes et les femmes épris de justice et de liberté. Il sera lâchement assassiné le 25 juin 1998 sur la route menant à son village Taourirt Moussa par un groupe armé qui blessera grièvement son épouse et ses deux belles-sœurs qui l’accompagnaient ce jour-là. L’émotion était telle qu’une chape de tristesse et de douleur s’était abattue sur le pays. Jacques Chirac, entre autres, avait, rappelons-le, exprimé sa « profonde tristesse » devant cet acte ignoble qu’il avait fermement condamné.Le lendemain, le GSPC revendique officiellement cet acte abject. Ses détracteurs de toujours sont de suite montés au créneau pour ne pas rester en marge de l’émotion qui s’était emparée de tout un peuple et du même coup verser une larme de crocodile afin de tenter de faire oublier tout ce qu’ils avaient fait endurer au « barde flingué » durant les dernières années de sa vie.

Ainsi, s’accaparant sans scrupules le symbole dont certains avaient même jubilé à la nouvelle de sa mort, ceux-là mêmes qui sont allés trop vite en besogne en s’investissant dans une campagne sans précédent ; insinuant en public et accusant en privé ses amis d’en être complices, ils ont marqué en fait l’amorce d’une certaine pollution de la scène qui y atteindra son paroxysme entre 2002 et 2005. Il ne s’agît aucunement ici de réinviter l’ineptie et la bêtise pour évoquer la mémoire de Lounès, mais il est inconcevable de continuer à taire l’histoire pour faire dans le politiquement correct tout, en sachant qu’on aura failli au devoir de la sincérité et de la franchise qui faisaient de Matoub un artiste charismatique et redouté. La nostalgie est souvent exprimée par un peuple qui se sent plus que jamais orphelin de son artiste intronisé, malgré lui, guide spirituel. Pas un village, pas une rue en Kabylie ne manquent d’exposer un portrait géant ou une statue de Lounès, réalisés souvent par une jeunesse sans le sou.Un véritable phénomène de société qui est allé au-delà des frontières, puisque dans beaucoup de régions marocaines, ces portraits ornent les façades des places et des allées. A Grenoble, dans la commune de Saint-Martin-d’Hères, à Lyon, à Vaulx-en-Vélin, deux rues portent son nom depuis 2003 et Bertrand Delanoê, l’actuel maire de Paris, s’apprête à baptiser une rue de la capitale française du nom de Matoub Lounès. « Je veux qu’on consacre en cette année 2008 un moment très fort à un Berbère amoureux de Paris que j’ai bien connu, beaucoup apprécié et admiré. C’est Matoub Lounès. Pour son talent, sa fermeté mais aussi sa générosité, sa capacité à partager avec les autres sa sensibilité et pour sa gentillesse, consacrons un moment d’hommage de Paris autour du talent du message et aussi de notre fidélité à cet homme mort en aimant passionnément la liberté », affirmait le 28 mai dernier le maire devant le conseil de Paris, composé de l’ensemble des élus de la ville. Il a chanté tout haut ce qui rongeait son peuple de l’intérieur avec des mots de tous les jours et des formules qu’il puise tantôt dans le patrimoine populaire oral, tantôt dans sa propre inspiration.

La puissance de ses textes avait fait dire au caricaturiste Dilem que Matoub « produisait un kabyle nucléaire ». C’était sans doute cela qui explique l’incroyable amour dont il jouissait chez des pans entiers de la société, notamment chez les jeunes qui sentaient qu’il exprimait parfaitement leurs frustrations et les injustices qu’ils subissaient.Sa singulière proximité d’avec son peuple de telle manière que sa disponibilité était systématique est d’une générosité telle que la conscience collective en est, à ce jour, marquée indélébilement. Ce n’est pas par hasard que dix ans après son assassinat, il reste indétrônable dans les ventes chez les disquaires de toute la Kabylie et au-delà. Ce monopole qui, au passage, amasse bien des fortunes, semble être, selon des observateurs aguerris, promis à durer encore dans le temps. Aussi, il est légion d’entendre aujourd’hui ça et là des citoyens regretter l’absence de l’alchimiste du verbe devant la désorientation et le désenchantement ambiant que certains exploitent pour se corrompre et vendre leur âme au diable, par cette pensée qui en dit long : « Si Matoub était encore là, il n’en aurait pas été ainsi ». Aujourd’hui enfin, il s’agit de marquer une halte après dix ans (déjà !) sans lui et de se demander à la lumière des événements qui auront marqué l’après 25 juin : que reste-il du message et du combat de Matoub ?

Halim Akli (El-Watan)

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